CHAPITRE DERNIER
Conclusion et sommaire de tout ce discours.
Eveillez-vous donc, nos chers frères, reconnaissez enfin que l'on vous abuse, et que l'on vous déguise noire doctrine, alin de vous la rendre odieuse. Mais admirez que votre ministre, dans le temps qu'il déclame le plus contre nous, est tellement pressé en sa conscience, par la force toute-puissante de la vérité, qu'il vous montre lui-raôme dans notre Eglise la sûreté infaillible de voire salut. Vous en ôles bien peu soigneux, si vous ne considérez attentivement une vérité de cette importance. Elle vous paraîtra évidente si vous pesez sérieusement en vous-mêmes les raisons que je vous ai proposées, et que je vous représenterai en peu de paroles pour vous en rafraîchir la mémoire.
Souffrez premièrement que je vous demande quel obstacle vous trouvez à notre salut. Vous direz que c'est la doctrine que nous professons; mais ce n'est pas le sentiment de votre ministre. Car il vous a enseigné en termes formels que nos ancêtres se pouvaient sauver, jusqu'à l'an 1543, en la communion de l'Eglise romaine; loulofois il n'ignore pas, et nous lui avons prouvé assez clairement que la créance qu'il professait était entièrement conforme à la nôtre dans les points principaux de nos controverses.
La présence réelle du corps du Sauveur dans le sacrement de l'Eucharistie, la transsubstantialion et la messe, la communion des laïques sous la seule espèce du pain, la vénération des images, la primauté du Pape et les indulgences , et les autres articles dont j'ai parlé, sont ceux que vous combattez avec plus d'ardeur : et néanmoins on ne peut nier, après les raisons que j'en ai données, que nos pères ne les reçussent dans le temps auquel on vous a prêché qu'ils pouvaient obtenir la vie éternelle en l'unité de l'Eglise romaine.
Ils étaient si certainement établis, que tous ceux qui s'y opposaient étaient condamnés par l'autorité de l'Eglise, et que l'on exigeait d'eux sur tous ces articles une profession de foi spéciale, sans laquelle on les séparait de la communion ecclésiastique.
J'aurais pu produire en ce lieu plusieurs témoignages irréprochables ; mais le seul concile de Constance, achevé il y a plus de deux cents ans' , suffît pour confirmer celte vérité.
Les décisions de la foi , qui avaient été faites en ce saint concile, avaient la môme autorité dans toute l'Eglise que celles du concile de Trente y ont maintenant; d'où il s'ensuit qu'il était impossible de vivre en la communion de l'Église romaine, sans croire ce qui avait été prononcé.
Aussi ceux qui ne voulaient pas s'y soumettre élevèrent dès ce temps-là autel contre autel : ils se firent des Eglises nouvelles et séparées, comme les hussiles , les picards , et les autres sectes de la Bohème.
En effet, il n'est pas concevable qu'on demeure en la communion d'une Eglise, sans tenir la doctrine qu'elle professe, sans participer à ses sacrements et au service par lequel elle adore Dieu. Il faudrait être bien téméraire j3our nier que le 1. An. un.
service public de l'Eglise , en l'an 1543 , fût le sacrifice de nos autels, et que les sacrements s'y administrassent en la forme dont nous usons. Pour ce qui regarde la foi , l'Eglise ne pouvait nous la déclarer d'une manière plus authentique et plus solennelle, que par ses conciles universels.
Toutes ces choses n'empêchent pas que votre ministre n'ait enseigné, dans son Catéchisme, que nos ancêtres se pouvaient sauver en la communion de l'Eglise romaine : nous disons que nous avons môme droit, et nous attendons de tous les bons juges une sentence aussi favorable. .
Je sais que votre catéchiste répond, que l'ignorance de nos ancêtres a pu excuser leurs erreurs; mais cela ne s'accorde pas avec les principes qu'on vous enseigne.
Vous dites que nous sommes inexcusables, parce que nous résistons à la vérité, après que vous nous l'avez si bien enseignée. Voilà une grande accusation; mais si vous la voulez soutenir, par quelle adresse défendrez-vous vos nouveaux frères les luthériens, à qui vous prêchez depuis plus d'un siècle la créance de vos Eglises louchant le sacrement de l'Eucharistie? Ils l'entendent, ils la rejettent, ils la condamnent, ils refusent la communion que vous leur offrez ; toutefois vous les avouez pour vos frères , et vous les admettez à la lable , à laquelle vous ne devez recevoir que ceux que vous estimez vrais fidèles.
Vous serez contraints de répondre que la doctrine des luthériens ne détruit pas les fondements de la foi ; et c'est en effet pour celte raison que vous vous êtes unis avec eux , ainsi que nous l'avons montré clairement. Mais c'est par là que vous appuyez notre cause, et que vous la rendez infaillible.
Je demande si ce que nos pères croyaient de la sainte messe , de l'administration de l'Eucharistie , de la transsubstantiation et des autres points, renversait les fondements de la foi.
Certes, si la doctrine de nos ancêtres eût détruit les fondements de la foi, il n'y aurait point eu de salut pour eux, et l'ignorance ne les aurait pas excusés, comme votre calôchisle l'enseigne. Car nous convenons les uns les autres , que l'ignorance n'est pas une excuse dans les articles fondamentaux : autrement nous serions obligés d'excuser, et les hérétiques, et les inlidèles, auxquels Dieu par un secret jugement n'a pas révélé ses mystères.
Il faut donc nécessairement que vous confessiez que nos pères n'erraient pas dans les fondements; et qu'ensuite vous disiez le môme de nous , puisqu'il parait si évidemment que nous professons la même doctrine.
Que si l'on demeure d'accord que ces grands articles de notre créance ne nuisent pas à notre salut, nous laissons aux personnes sensées de peser en elles-mêmes, d'un jugement sain, ce qu'elles doivent croire des autres.
Ici votre catéchiste s'élève , et pour mettre quelque différence essentielle entre nos ancêtres et nous, il dit que nous avons ruiné celle salutaire confiance en Jésus-Christ seul, en laquelle nos itères ont été sauvés. C'est là qu'il se réduit comme dans son fort; et il parait que c'est l'unique raison pour laquelle il ne craint pas de nous condamner. En elTet,
REFUTATION DU CATEGIIISME
nous confessons que, s'il est ainsi, nous sommes clignes du dernier supplice.
Pour autoriser un si grand reproche , il nous objecte que le concile de Tronic a rejclc la juslificalion par la foi, et établi le mérite dos œuvres. Mais s'il n'a que celte seule raison pour nous séparer d'avec nos ancêtres, il s'appuie sur un mauvais fondement; puisque ses propres auteurs ont dû lui apprendre que la doctrine que nous prêchons était déjà crue au treizième siècle : et nous avons promis de lui faire voir que nous la tenons de l'ancienne Eglise.
Il a recouru aux vieux Rituels dont usaient nos pères : et nous lui montrerons dans ces Rituels que le mérite des bonnes œuvres passait pour certain, puisque les fidèles y sont exhortés dans les assemblées ecclésiastiques de se confesser aux jours solennels, afin que leurs amrres soiejil méritoires' .
Il tire de ces anciens Rituels la forme de consoler les agonisants, par laquelle il justifie que nos pères avaient toute leur confiance au Sauveur. Or nous lui faisons lire dans les Agendes que nos derniers évèques ont fait publier cette même confession, cette même foi , cette môme espérance au Libérateur, laquelle k son avis sauvait les fidèles qui vivaient dans l'Eglise romaine en l'an 1543.
Quand nos Rituels s'en tairaient , toutes les prières ecclésiastiques témoigneraient assez cette vérité. Nous ne demandons que par Jésus-Christ, nous ne rendons grâces que par Jésus-Christ, nous ne nous présentons devant Dieu qu'au nom et par les mérites de Jésus-Christ. Ce nom salutaire du Médiateur conclut toutes les oraisons de l'Eglise , et nous sommes très-assurés que c'est en ce nom seul qu'elles sont reçues.
Lorsque nous honorons la mémoire des apôtres et des martyrs, et des autres fidèles de Dieu , qui régnent avec lui dans sa gloire, nous le prions au nom de son Fils qu'il ait agréables les oraisons que les saints ses serviteurs lui oITrent pour nous. N'est-ce pas déclarer assez nettement, que nous n'espérons rien de leur assistance, si leurs vœux ne sont présentés par notre Sauveur?
C'est que nous sommes persuadés qu'encore que l'Eglise de Dieu sur la terre, et les esprits bienheureux dans le ciel, ne cessent jamais de prier, il n'y a que Jésus qui soit exaucé, parce que les autres ne le sont qu'à cause de lui.
Bien plus, il n'y a que Jésus qui prie, parce que premièrement, c'est son Esprit-Saint qui forme en nos cœurs toutes nos prières, et après, c'est que nous sommes ses membres, et c'est ce divin chef qui fait tout en nous. C'est pourquoi le grave Tertullien (lit si bien dans son Traité de la Pé7iile7ice^ : «Si l'Eglise, c'est Jésus-Christ, lorsque tu te » prosternes devant les genoux de tes frères, tu » touches Jésus-Christ, tu pries Jésus-Christ. » Quand ils versent des larmes sur toi , c'est Jé- » sus qui souffre , c'est Jésus qui prie Dieu son » Père. On obtient toujours aisément ce qu'un fils demande. •