Luc, X. 20. — 2. PS. c.\Lvui. 5. — 3. TU., m
REFUTATION DU CATECHISME
eau divine, et consume nos ordures comme un feu céleste; et de plus qu'étant la sainteté même, non content de nettoyer nos péchés , il répand en nous la justice. D'où elle conclut enfin, en troisième lieu, que Dieu justifie les hommes pécheurs, en leurrcndant le don de justice, comme dit l'Apùtre : « De même que par le péché d'un seul la mort a » régné; beaucoup plus ceux qui reçoivent l'abon- » dance de grâce et du don de justice régneront en )i la vie par un seul Jésus-Christ'. » Ainsi, la justification, selon nous, n'est pas seulement un acte de juge par lequel Dieu nous renvoie absous; c'est une action de Créateur et de Tout-Puissant, par laquelle opérant en nos cœurs , il nous fait agréables à sa majesté, en nous communiquant la justice que son Fils notre Sauveur nous a méritée.
Commençons à faire entendre cette vérité par un principe dont notre adversaire convient avec nous sans s'être aperçu de la conséquence. Il reconnaît , au livre de son' Désespoir, que la grâce qui nous justitie lave les péchés, et que ce lavement, c'est la juslificalion même'. Qn'W recherche donc dans les Ecritures comme Dieu nous lave; et il verra comme il justilie.
Ecoulons le divin Psalmiste dans les gémissements de sa pénitence : Vous me laverez, dit-il ', d Seigneur, et je serai blanchi par-dessus la neige. Que signifie cette céleste blancheur, sinon l'abondance du don de justice'^ qui rend nos âmes plus éclatantes; d'où il résulte clairement que Dieu lave, et ensuite qu'il justifie par finfusion de la grâce?
Mais expliquons plus amplement, par les Ecritures, les trois points que nous avons proposés, qui renversent toute la doctrine de nos adversaires; et pour nous acquitter de notre promesse, montrons dans la suite du même discours, et la gloire du Fils de Dieu très-bien établie dans la créance que nous professons, et la témérité de nos adversaires qui l'accusent de nouveauté.
Premièrement, nous disons ainsi. L'action par laquelle Dieu nous justifie ne peut pas être simplement un acte de juge; car le juge agissant seulement en juge n'ôte pas le péché du coupable. Aussi est-ce un des principes de nos adversaires, que les péchés demeurent en nous lors même que nous sommes justifiés^ Toutefois nous apprenons par les Ecritures que Dieu ôte les péchés en justifiant. Donc la justification du pécheur n'est pas seulement un acte de juge. Toute la force de ce raisonnement consiste en ce point, que Dieu en justifiant Ote les péchés, qui est le premier que nous devons éclaircir.
Que la grâce justifiante ne couvre pas seulement les péchés, mais qu'elle les ôte. — Pour entendre solidement celte vérité, observons que la rémission des péchés est l'un des premiers articles de l'alliance que Dieu a conlractée avec nous par Notre Seigneur Jésus-Chrisl. C'est pourquoi l'Ecriture divine nous exprime celte grâce en plusieurs façons, afin qu'elle entre en nos cœurs plus profondément. Elle dit que Dieu oublie les péchés, qu'il
1. Rom,, V. 17. — 2. Dcsfsp. de la Trad , ch. 6. — 3. Psat., h. 9. — -4. liom., V. 17.
5. L^ApMre dit que nous sommes lavés des péchés, en tant quMls ue nous sont point imputés ; et nous savons que ce qui ne nous est point imputé ne laisse point d*6tre en uous. Ferry. Désesp. de la Trad., ch. 0.
ne les impute point, qu'il les couvre; elle dit aussi qu'il les lave cl qu'il les elTace , qu'il les éloigne de nous et qu'il les détruit. El encore que toutes ces façons de parler nous expriment la rémission des péchés; les unes signifient ce bienfait plus parfaitement que les autres : tellement que, pour en comprendre toute l'étendue, il faut nécessairement le considérer dans tous les passages conférés ensemble , et non pas en chacun d'eux pris séparément.
Ce principe si certain, si indubitable , découvre le mauvais procédé de nos adversaires. Car d'autant qu'ils voient en quelques endroits que la rémission nous est proposée, en ce que nos péchés sont couverts , et ne nous sont pas imputés ; ils s'arrêtent à celle seule façon de parler, à laquelle il fallait joindre les autres pour avoir la définition tout entière. Que s'ils les avaient bien examinées, au lieu de quelques passages de l'Ecriture qui disent que nos péchés sont couverts , ils auraient trouvé les livres sacrés pleins de textes qui témoignent qu'ils ne sont plus. Ils auraient entendu David qui publie, qu'autant que le levant est loin du couchant, autant Dieu éloigne de nous nos iniquités'. Le prophète Michée leur aurait appris que Dieu jette 7ws péchés au fond de la mer-. Ils auraient ouï la voix de Dieu môme parlant en son prophète Isaïe : C'est moi, c'est moi, dil-il', qui efface les péchés à caiise de moi. Le Psalmiste les aurait encore assurés que si Dieu le lave, il sera blanchi comme neige''. Enfin , tout le Nouveau Testament leur aurait prêché , que nos péchés sont lavés au sang de l'Agneau^. Certes, nous ne pouvons pas faire cette injure à Dieu , que de croire que ce qu'il éloigne, demeure; que ce qu'il efface, soit encore en nous; que les ordures qu'il lave, ne soient point ôtées. Et en efiet , laver une ordure ce n'est point la couvrir, mais la nettoyer : d'autant plus que Dieu y emploie, non le sang des taureaux et des boucs, mais le sang innocent de son propre Fils, lequel étant infiniment pur, nettoie notre conscience des œuvres de mort, comme l'apôtre saint Paul l'enseigne aux Hébreux". Ainsi, qui pèsera bien ces passages, il dira que, selon la sainte Ecriture, Dieu pardonne les péchés en les détruisant; qu'il ne les impute point, parce qu'il les lave; qu'il les couvre, à cause qu'en les effaçant, il fait qu'ils ne paraissent plus à sa vue , c'est-à-dire, qu'ils ne sont plus.
Sentiment de saint Augustin sur cette matière , et que la convoitise n'est point péché dans les baptisés. — De là vient que saint Augustin répondant aux pélagiens, qui lui objectaient que le baptême, selon sa doctrine , ne donnait pas la rémission de tous les péchés , et qu'il ne les ôtaitpas, mais qu'il les rasait, comme on rase les cheveux, disaient-ils , dont la racine demeure en la tête; soutient « qu'il » n'y a que les infidèles qui osent assurer une telle » chose, et nier que le baptême ôte les péchés '. » Et encore qu'il soit celui de tous les docteurs qui a sans doute le mieux entendu les langueurs et les
1. P.ial., en. IS. — 2. Mich., vu. 19. —3. /s., XLiii. 25. — 4. Psnl., L. 5. — 5. ApocaUjp., l. 5. — 6. Heb., i.<l. U.
7. nuis hoc adversiis Pelagianos nisi infidelis nffirmet t Dicimus ergo baptisma dare omnium induhjenti'im peccatorum , et auferrc criminu.non t-aden-, Cont. duas Epist. l'elag., lib. i, cap. 13, n. 20; tom. x, col. 423.
DU SIEUR PAUL FERRY
maladies de notre nature , ensuite du principe qu'il a posé , que la grâce du baptême ôte les péchés, il parle ainsi de la convoitise, combattant d'une même force les hérétiques pôiagiens et les calvinistes : « Bien qu'elle soit nommée péché , ce n'est pas, » dit-il, qu'elle soit péché : mais elle est ainsi ap- » pelée , parce qu'elle est faite par le péché; comme «en voyant l'écriture d'un homme, on l'appelle » souvent sa main, parce que c'est la main qui l'a » faite'. » Et ce grand homme passe si avant, qu'il ne veut pas même que la convoitise soit au nombre de ces péchés pour lesquels nous disons tous les jours ; Remettez-nous nos dettes^. Ce qui montre combien il est convaincu que la grâce justifiante ôte les péchés. Car c'est en conséquence de cette doctrine qu'il enseigne positivement que la convoitise n'est pas un péché dans les baptisés; parce que si elle était un péché en eux, il s'ensuivrait que les péchés ne sont point ôtés, puisque la convoitise demeure. Il me serait aisé de produire beaucoup d'autres passages de saint Augustin non moins formels ni moins décisifs : mais celui-ci doit suffire aux pieux lecteurs; d'autant plus que le sieur Ferry, au chapitre premier de son Désespoir, bien qu'il combatte notre créance par l'autorité de saint Augustin, ne laisse pas néanmoins de dire que selon la doctrine de ce grand homme , « la convoi- » tise n'est plus après le baptême , quant à la » coulpe, quant à la condamnation, à l'imputa- » lion; mais qu'elle est en elTet. « D'où il s'ensuit manifestement, que la convoitise n'ayant plus de coulpe, elle n'a plus aussi de péché; parce que le péché, comme chacun sait, consiste essentiellement en la coulpe.