Pug. 131. — 6. Pag
■ 3. Pag. met 47
■ 4. Pag.
tait donc leur intention de vivre en l'Eglise, liés avec elle de communion, et toutefois détachés de cœur. Ainsi ils ne la regardaient pas connue réformée : mais toute corrompue qu'ils la supposaient, ils voulaient demeurer en sa communion , pourvu qu'ils en pussent retirer leur cœur, ce qui enferme une doctrine contradictoire, digne certes des ennemis de la vérité.
Quelle étrange confusion de pensées! S'il est vrai que l'Eglise romaine était la IBabylone dont parle saint Jean , si c'est d'elle qu'il est écrit : Sortez de Babylone , mon peuple , était-il besoin d'employer la force pour en éloigner les fidèles, et d'où vient que la parole de Dieu ne sulïisait pas? Mais le ministre s'est bien aperçu qu'elle ne pouvait pas être cette Babylone, puisqu'elle donnait encore des enfants à Dieu. Car en-quelle Ecriture nous lira-t~il que la prostituée de l'Apocalypse engendre les enfants légitimes, et les conserve en son sein jusqu'à la mort? Ainsi , pressé en sa conscience , et non point persuadé par la vérité, il tombe nécessairement en des contradictions manifestes. 0 hérésie toujours chancelante, toujours incertaine, qui n'o^e dire ni qu'elle voulait demeurer, ni qu'elle est sortie volontairement, de peur d'être contrainte de confesser et sa rébellion et son schisme! Eveillez-vous enfin , ô pauvres errants ! voyez le triomphe de la vérité dans le désordre de vos ministres, et dans vos réponses contradictoires. Si vos pères ont été schismatiques, en se séparant de la vraie Eglise, qui conduisait à Dieu ses enfants; vous qui entreprenez leur défense, vous qui persistez dans leur schisme, vous attirez sur vous leur condamnation. Retournez donc à l'unité sainte qui a sauvé nos pieux ancêtres, ainsi que votre ministre le reconnaît. Enfants des schismatiques, revenez à la mère des orthodoxes.
CHAPITRR II.
De la durée perpétuelle de l'Eglise visible; que le ministre la reconnaît ; et que l'Eglise prétendue réformée confesse sa nouveauté , et prononce sa condamnation.
L'unité catholique doit être ancienne, et par conséquent le schisme est toujours nouveau. Ainsi la nouveauté visible de nos adversaires les fait reconnaître pour schismatiques , et montre que l'Eglise n'est point parmi eux, parce qu'elle ne peut jamais être dans la nouveauté.
La force de ce raisonnement est fondée sur ces trois propositions, que j'entreprends de prouver par ordre : Que la durée de l'Eglise est perpétuelle : Que cette Eglise perpétuelle doit être visible, et que le ministre l'avoue dans son Catéchisme : Que l'Eglise prétendue réformée prononce elle-même sa condamnation, parce qu'elle confesse sa nouveauté. Pour entendre solidement ces trois vérités, il faut que nous remontions jusqu'au principe, et que nous considérions les desseins de Dieu dans l'établissement de l'Eglise.
Nous disons que l'Eglise a été fondée pour être le lieu de concorde auquel il plaît à notre grand Dieu d'unir les choses les plus éloignées; d'où il s'ensuit manifestement que sa durée n'a point de limites , non plus que sa grandeur et son étendue; et comme, selon les anciennes prophéties, il n'y a point de mers ni de nations qui puissent borner ses
HEFUTATION DU CATÉCHISME
conquêtes, aussi n'y aura-t-il aucun lemps qui la vuie jamais ruinée. Car do môme que la foi de l'E^îlisc doit unir en Noire Seigneur .Icsus-Ghrist toutes les contrées de la terre, elle doit aussi unir tous les tenijjs; de sorte que ceux-là s'aveuglent volontairement qui nient que sa durée soit perpétuelle.
El certes , les Ecritures divines nous représentent deux sortes de siècles, le siècle présent et le siècle futur. Ce dernier a son étendue pendant toute l'éternilé ; le premier ne finira qu'à la résurrection générale. Il faut que Jésus règne en l'un et en l'aulre; et le royaume qu'il a sur la terre est l'image de son royaume céleste. De même donc que le Fils de Dieu sera élernelleraent béni dans le ciel, aussi ne cessera-l-il jamais d'avoir des adorateurs sur la terre. Or il est certain par les saintes Lettres, que Dieu ne reçoit les adorations que dans son temple, qui est l'Eglise. Ainsi elle sera toujours en ce monde, jusqu'au dernier jugement. C'est pourquoi les prophètes ont dit, et les apôtres l'ont confirmé , que le règne de Jésus-Christ n'aurait point dô- fin , parce que l'Ecriture nous montrant deux siècles dans lesquels le Fils de Dieu doit régner, il faut nécessairement que son règne remplisse la durée de l'un et de l'autre.
Vinibilité de l'Eglise. — Si nous voulons maintenant connaître que celte Eglise perpétuelle doit être visible , laissons les conjectures humaines , et jugeons des qualités de l'Eglise par l'intention de Celui qui l'a instituée.
Deux raisons ont oblige le Sauveur du monde à lui donner une forme visible. L'une de ces raisons regardait les hommes; l'autre , l'établissement de sa propre gloire.
Si nous étions de ces intelligences célestes, lesquelles étant dégagées de toute matière, vivent d'une pure contemplation , il ne serait pas nécessaire de nous unir autrement qu'en esprit : mais puisque nous sommes des hommes mortels, il était certainement convenable que la Providence divine liât notre communion par quelques signes sensibles.
Mais la principale raison, c'est que Jésus-Christ, fondant son Eglise , veut que sa doctrine y soit professée, pour y être glorifié comme dans son temple devant Dieu et devant les hommes. C'est pouniuoi il l'a mise sur la montagne, pour attirer les infidèles , ou pour les confondre.
De là vient qu'il l'a revêtue de signes externes , qui ne permettent pas qu'elle soit cachée. Il lui a donné ses saints sacrements, qui sont les sceaux sacrés de la communion des fidèles, par lesquels nous portons en nos corps les livrées de Jésus- Christ notre capitaine. Il y a établi des pasteurs et une forme de gouvernement, qui unit tout le corps de l'Eglise.
Le Fils de Dieu , le Verbe éternel , invisible par sa nature, voulant être le chef de l'Eglise, a daigné se rendre sensible à nos yeux, en se revêtant d'une chair humaine ; et pendant le cours de sa vie mortelle , il a assemblé près de sa personne une sainte société , à laquelle il a ordonné de s'étendre par toute la terre : c'est ce qu'il a appelé son Eglise, c'est-à-dire, une assemblée de fidèles qui doit confesser son nom et son Evangile; par conséquent il veut qu'elle soit visible.
De cette Eglise ainsi établie, Jésus-Christ, la parole du Père, qui porte toutes choses par sa puissance , a dit et prononcé dans son Evangile , que jamais elle no serait renversée. Les parles d'enfer, dit-il ', ne précaudront point contre elle. Aussi malgré les persécutions et les hérésies, c'est-àdire, malgré la fureur du diable et ses artifices, cette Eglise appuyée sur cette parole demeure et demeurera toujours immobile.
Je m'étendrais davantage à prouver cette vérité , si le ministre non content de la confesser, ne l'avait lui-môme prouvée jjar ces trois raisons^. La première , c'est que Jésus-Christ étant près de retourner à son Père, et envoyant ses disciples par toute la terre pour enseigner et baptiser les nations, ce qui regardait le minislcre visible de l'Eglise , ajoute aussitôt après , pour en montrer la durée perpétuelle : Je suis toujours avec vous jusqu'à la fin du monde^. La seconde , c'est que l'apôtre saint Paul parlant du sacrement de la sainte table, dit que la mort du Seigneur y est annoncée jusqu'à ce qu'il vienne ''. La troisième est prise du même apôtre , et expliquée dans le Catéchisme en ces termes : « Il dit que l'œuvre du ministère , et l'as- » semblage des saints , et l'édification du corps de » Christ , se continuera jusqu'à ce que nous soyons » tous parvenus à la perfection d'icelui , c'est-à-dire, » que le nombre des élus de Dieu soit accompli, et » que l'Eglise soit achevée. »
Il prouve, par ces trois raisons , que le ministère de la religion chrétienne doit durer jusqu'à la fin du monde. Or il est clair que ce ministère comprend l'établissement des pasteurs, cl l'usage de la prédication et des sacrements. Ainsi comme c'est par ces trois moyens que l'Eglise chrétienne est rendue visible, il faut nécessairement qu'il avoue qu'elle l'est et le sera sans interruption , jusqu'à ce que le Fils de Dieu vienne pour juger les vivants et les morts ; si bien qu'il résulte de son discours, que c'est à l'Eglise visible que la durée perpétuelle a été promise; et par là celte imagination d'Eglise invisible , qui est l'unique asile de nos adversaires, est manifestement réfutée par les principeê de leur ministre.
Que si la durée de l'Eglise visible est perpétuelle, il |)arall jilus clair que le jour, qu'elle doit s'étendre dansions les siècles par une continuelle succession; et en elTet, le ministre avoue que l'œuvre du ministère SE coNTiNUEitA jusqu'à ce que le nombre des élus soit accompli.
De là vient que toutes les véritables Eglises sont apostoliques, parce qu'elles sont toutes descendues des Eglises apostoliques par une succession non interrompue , et ainsi elles sont réputées de la même race. « Une race, dit Tertullien^, se doit rapporter » à son origine. C'est pourf(uoi, toutes les églises » ne sont que cette Eglise unitiue et première que » les apôtres de Jésus-Christ ont fondée. Elles sont » toutes premières et apostoliques, parce qu'elles » se sont associées à la môme unité, » et qu'elles ont le même principe.
1. Mallh., XVI. 18. — 2. Pag. 29. — 3. Matth., xxviii. 20. — 4. 1. Cor., XI. 26.
5. Oinnes genus ad originem. suam conseatur necrs.ie est; itague tôt ac lantœ Ecclesiœ una est illa ah aposlotis prima ex qud omnes. Ita omnes primœ et omnes npostolicœ, dum unam omnes probant unitatem. Lie Priescr., c. 20.
DU SIEUR PAUL FERRY
Ces maximes étant supposées avec le consentement du ministre, je tire cette conséquence infaillible, qu'il suffit pour condamner une Eglise qu'elle n'ait pas la succession. Et dans quel abime se cachera donc l'Eglise prétendue réformée, qui, de peur qu'on ne doute de sa nouveauté, ne craint pas de la confesser elle-même? Car en l'article trente et un de sa Confession de foi générale, après avoir posé ce principe, que nul ne se doit ingérer de son autorité propre pour gouterner l'Eglise; sentant bien qu'elle prononçait sa condamnation, elle tâche de s'en garantir par celte défense qui la condamne encore plus évidemment. « Il a fallu » quelquefois, dit-elle, et même de notre temps, » auquel l'état de l'Eglise était interrompu , que i> Dieu ait suscité gens d'une façon extraordinaire , c pour dresser l'Eglise de nouveau, qui était en » ruine et désolation. » Ne diriez-vous pas qu'elle s'étudie à nous convaincre de sa nouveauté? Considérons toutes ses paroles; et nous verrons qu'il n'y en a aucune qui ne soit contre elle.
L'élat de l'Eglise était interrompu. Que signifie ici l'état de l'Eglise, sinon le ministère ecclésiastique? Il était interrompu, nous dit-elle; mais le catéchiste, au contraire, enseigne à son peuple qu'il devait être continué jusqu'à la résurrection générale. Il a fallu, poursuit l'hérésie, que Dieu ait suscité gens d'une façon extraordinaire. Pourquoi celle façon extraordinaire? n'est-ce pas qu'elle s'aperçoit elle-même qu'elle n'a pas la succession légitime? Mais ces gens, suscités extraordinairement, ont dressé de noureau l'Eglise. Elle avoue sa nouveauté par sa propre bouche. Et ils l'ont, ditelle, dressée de nouveau, parce qu'elle était en ruine et désolation. C'est donc injustement qu'ils ont usurpé la belle qualité de réformateurs , puisqu'ils ne veulent pas réformer l'Eglise ancienne , mais qu'ils en veulent dresser de nouvelles; et nous voyons par leur procédé que la réforraation de l'Eglise ancienne était le prétexte, et qu'en faire une nouvelle, c'était le dessein.
Concluons donc de tout ce discours que la durée de l'Eglise est perpétuelle; que d'ailleurs elle ne peut subsister sans avoir une forme visible selon les principes du catéchiste; et que l'Eglise prétendue réformée, qui non-seulement ne peut montrer sa succession, mais qui confesse sa nouveauté, ne peut pas être cette sainte Eglise à laquelle le Fils de Dieu a promis qu'il serait toujours avec elle. Que si elle n'est pas l'Eglise de Jésus -Christ, elle n'a aucune part à ses grâces; et elle ne peut attendre autre chose que la damnation éternelle , si ce n'est qu'ayant honte de sa nouveauté , elle revienne à l'unité ancienne dont elle s'est injustement séparée.