De Bapt., Ub. il, n. 7, tom. ix, col
est le sacrilège du schisme? Certes, rien ne doit être plus nécessaire qlie les causes de séparation ; et il n'y a rien de plus mal fondé que celles que vous prenez pour prétexte.
Considérez, en vos consciences, s'il n'est pas vrai que, de tous les points de notre doctrine , celui qui vous choque le plus, c'est la réalité incompréhensible du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Calvin combattant celte foi , dit que la véritable raison pour laquelle on ne reçoit pas son opinion, « c'est que le diable enchantant les esprits, les jette » en une horrible folie'. » Ce grand prophète ne savait pas que ses descendants prêcheraient un jour que la doctrine de la réalité « n'a aucun venin ; » qu'elle ne nous engage en rien qui soit contraire » ou à la piété , ou à la charité , ou à l'honneur de » Dieu, ou au bien des hommes^, » et que ceux qu'il décriait dans ses livres, comme frappés d'une si horrible folie par les enchantements de Satan, deviendraient des membres de son Eglise, par un décret solennel d'un de ses synodes.
Encore que vos frères les luthériens ne conviennent pas avec nous de toutes les circonstances qui accompagnent cette miraculeuse réalité; néanmoins nous sommes d'accord dans le point le plus essentiel de la question. Que si la créance que nous professons n'a rien, dans le point principal, qui donne une juste cause de séparation, jugez quelle apparence il y a que l'on en puisse trouver dans les accessoires.
Pour ce qui regarde l'adoration, Calvin reconnaît en termes formels, que c'est une suite de la présence réelle. « En quelque lieu, dit-il', que soit » Jésus-Christ, il ne sera licite de le frauder de son » honneur et service. Qu'y a-t-il donc de plus » étrange que de le mettre sous le pain, et de ne » l'adorer pas? » Après il répond nettement à toutes les objections qu'on peut faire.
Je passe en peu de mots ces raisonnements que les docteurs catholiques ont si bien traités : et si j'en touche ici quelque chose, ce n'est pas pour expliquer à fond ces matières; mais afin que nos adversaires, touchés du désir de sauver leurs âmes, s'en fassent informer plus soigneusement , et s'ouvrent le chemin à la vie, que nous leur souhaitons en Notre Seigneur.
Mais puisqu'il a plu à la Providence que le Catéchisme du sieur Ferry donnât de si grands avantages à la bonne cause, il me semble que la charité nous oblige d'y faire une réflexion sérieuse, non point certes pour insulter à nos adversaires, mais pour procurer leur salut par tous les moyens que Dieu nous présente. C'est pourquoi j'entreprends de leur faire voir que les maximes de leur ministre ne leur laissent aucune cause légitime sur laquelle ils puissent fonder leur séparation.
Pour entendre cette vérité, il ne faut que rappeler en notre mémoire les choses qui ont déjà été expliquées. Premièrement, que nos adversaires enseignent qu'il y a certaines erreurs en la foi pour lesquelles on ne se doit pas séparer, et qu'afin qu'une erreur nous oblige à rompre , il faut qu'elle renverse les vrais fondements de la foi et de l'espérance du chrèlien^ Secondement, que l'Eglise ro-
1. Liv. IV, Inst., c. 17. — 2. Voyez ci-dessus, pag. 157, col. I. — S.Cont. Hesbus. — 4. Ci-dessus, st'Cf. ï,ch. Aeto.
RÉFUTATION DU CATÉCHISME
inaiiic L'inil oncoro v(^rilal)lc EfJtlise en l'an ir>'i3, puisiiiie l'on y i)ouvait faire son saliil'. Ajoutons, pour Iroisiènie principe, qu'il n'esl pas possible que la vraie Eglise erre dans les fondements de la foi : car dès lors elle perdrait le litre d'Eglise; puisque la preiniôre marque de la vraie Eglise, selon les principes de nos adversaires^, c'est qu'elle professe la saine doctrine; ce qui se doit entendre principalement de ses maximes essentielles et fondamentales, sans lesquelles il n'y a iioint de christianisme.
De là il s'ensuit, sans difliculté, que ni la transsubstantiation, ni la messe , ni , pour dire en un mot, tous les autres points qui étaient crus si certainement du temps de nos pères , ne peuvent donner à nos adversaires un juste fondement de séparation; et cependant il est véritable qu'ils comprennent les princi|)aux articles controversés.
Et afin que le catéchiste connaisse combien sont fortes les conséquences que nous tirons d'un principe si bien établi, nous en pouvons faire l'épreuve en une des matières des plus importantes, qui est la communion sous les deux espèces.
Une des marques essentielles de la vraie Eglise , selon les principes des calvinistes et la confession du ministre, c'est le droit usage des sacrements^. Si donc avant la réformation prétendue el jusqu'à l'an 1543, l'Eglise romaine était vraie Eglise, puisqu'elle conduisait au ciel plusieurs citoyens de la liienbeureuse Jérusalem, il parait que les sacrements, du moins quant à la substance, y étaient bien administrés. Cependant il est plus clair que le jour que l'on n'y communiait que sous une espèce, ainsi qu'il a été remar(|uc ailleurs*. Et par conséquent cette façon de communier ne ruine pas la nature du sacrement.
Cette réponse commune de nos adversaires, que l'ignorance ou quelque autre raison excusait nos pères , ne leur est d'aucun usage en ce lieu; car il ne s'agit pas ici des personnes , mais de la nature du sacrement. Il est question de savoir, s'il était en l'Eglise romaine quant à la substance, parce que, s'il n'y était pas en cette manière, elle avait perdu le titre d'Eglise; et ainsi les enfants de Dieu n'y pouvaient pas vivre, et bien moins encore y mourir, comme le catéchiste l'assure.
Il a bien vu cette conséquence, et je puis dire qu'il ne l'a pas improuvée; parce que, rapportant les raisons pour lesquelles la réformation était nécessaire, 11 allègue celle-ci entre les autres; « qu'il » fallait une grâce extraordinaire pour empêcher » que tant d'erreurs qu'il y avait en l'Eglise ro- » maine , ne nuisissent à la foi des élus et aux sa- » crements qu'ils y reçoivent'; » où il suppose que les sacrements se recevaient en l'Eglise romaine. Je demande quels sacrements sinon le Baptême et l'Eucharistie? Certes , le ministre n'en connaît pas d'autres. Donc, puisque l'on ne communiait que sous une espèce, il s'ensuit qu'une espèce seule est le sacrement. Et parce qu'il pourrait répondre que c'est le sacrement à la vérité , mais le sacrement imparfait, je le prie qu'il nous fasse entendre si les deux espèces sont tellement jointes dans la ncces-
1. Ci-dessus, ch. i. — 2. Calêch., p. 59; Confession de foi, art. 28. — 3. P^ig. 59. — 4. Ci-dessus, p. 154, col. 2. — 5. Pag.
site de ce sacrement , si elles sont tellement de l'essence, qu'il ne puisse subsister sans elles. S'il répond qu'il no peut subsister sans les deux espèces, communier seulement sous l'une des deux, c'est détruire le sacrement, non le recevoir. De cette sorte , on n'y participe non plus que si l'on séparait l'eau d'avec la parole dans l'administration du baptême. Que si l'on reçoit en vérité ce saint sacrement sous la seule espèce du pain, il parait que la vertu en est apfiliquée , et que la communion des deux espèces n'est pas nécessaire pour participer à l'Eucharistie. Ainsi une des difllcultés principales est terminée par les maximes de notre adversaire.
Mais continuons de lui faire entendre par ses principes qu'il ne s'est laissé aucune raison par laquelle sa séparation jiuisse être excusée. En effet, ce qu'il exagère le plus dans son Catéchisme, c'est le reproche qu'il fait à l'Eglise, qu'elle ne permet pas aux fidèles de se contier en Jésus-Christ seul. Ainsi lui ayant montré clairement combien cette accusation est injuste, qui ne voit que nous avons renversé le fondement principal de sa cause? Dirat-il que nous ne nous contions pas en Jésus-Christ seul , parce que nous enflons l'arrogance humaine par l'opinion des mérites? Mais pour laisser les autres raisons, que répondra-t-il à saint Augustin qui les a soutenus avec tant de force dans le même sens que l'Eglise? Osera-t-il dire que ce grand docteur a entlé l'arrogance humaine, lui qui est le prédicateur de la grâce, et qui, dans le sentiment de Calvin ', « n'a pas son pareil entre les anciens en » modestie et profondeur de science? » Se séparera-t-il de ce saint évoque? Mais certes , il lui a fait cet honneur de trouver ses erreurs supportables^, et il n'y remarque aucune cause de séparation. Se retirera-l-il d'avec nous, parce que nous appelons les saints à notre secours, et dira-t-il, avec tous les siens , que celte prière est injurieuse à notre Sauveur? 0 témérité inouïe! Car oserait-il bien se persuader qu'il honore plus Jésus-Christ que ne faisait l'Eglise ancienne , laquelle , en priant les saints comme nous, ne doutait point qu'elle ne glorifiât le Sauveur des ûmes, dont la grâce les a couronnés? Qu'il écoute le grand saint Basile , qui exhorte le peuple fidèle en ces termes : « Souvenez-vous , dit- » iP, du martyr, vous auxquels il a paru dans les » songes; vous qui, étant venus en ce lieu, l'avez 1) eu pour compagnon dans vos prières; vous aux- » quels, étant appelé par son nom, il s'est montré « présent par ses œuvres. » Qu'il écoule saint Grégoire, évêque de Nysse, frère de cet admirable docteur", qui représente les chrétiens embrassant le corps d'un martyr, « le priant d'intercéder pour » EUX, comme un de ceux qui sont auprès de Dieu, » et qui obtient quand il veut les grâces étant invon que. ■» Qu'il écoute saint Augustin, qui dit que les fidèles « recommandaient aux martyrs les âmes » de ceux qu'ils aimaient, comme a leurs défen- » sEURs ET a leurs AVOCATS '. » Ccs gfauds hommes déshonoraicnt-ils Jésus-Christ? et quelle est la té-
1. 2« Défense contre Weslph. — 2. Pi'!/- 44. — 3. Hnm. de Marnante mart., n. i, t. ii, p. 1S5. — 4. Mom. de S. Theod., mart., loin, m , p. 5S0.
5. Eisdeia Sfzncd'.s- iltos lanquam patronis susceptos apud Doininum adjuvandos orando conimendent. Do cura pro mortuis , n. 6, tora. VI, col. 519.
DU SIEUR PAUL FERRY
mérité de nos adversaires qui , sous le nom de l'Eglise romaine, déchirent la mémoire de ces grands docteurs ?
De la prière pour les morts. — Pour ce qui regarde le purgatoire et la prière que nous faisons pour les morts , se peut-il rien dire de plus formel que ces belles paroles de saint Augustin : « Il ne » faut point douter, dit ce grand évoque', que les 0 prières de la sainte Eglise , el le sacrifice salu- » taire, et les aumônes que font les fidèles, pour » les âmes de nos frères défunts, ne les aident à » être traitées plus doucement que leurs péchés ne » méritent. Car nous AvoTfs appris de kos pères , » CE QUE l'Eglise universelle observe, de faire mé- » moire, dans le sacrifice, de ceux qui sont morts » en la communion du corps et du sang de Jésus- » Christ , et en même temps de prier, et d'offrir 0 ce sacrifice pour eux. a l'égard des œuvres de » miséricorde par lesquelles on les recommande , » gui DOUTE qu'elles ne leur soient profitables? Il
» NE FAUT NULLEMENT DOUTER qUO CCS choSCS UC SCr-
» vent aux morts, mais à ceux qui ont vécu de » telle sorte , qu'ils en puissent tirer de l'utilité » après la mort. » Il n'en faut point douter, dit saint Augustin , et l'Eglise universelle l'observe, et elle a appris de ses pères d'offrir le sacrifice pour eux; el leurs âmes constamment en sont allégées'? N'est-ce pas reconnaître un état des âmes dans lequel elles peuvent être assistées par nos oraisons et nos sacrifices? c'est ce que nous appelons le purgatoire.
Je ne pense pas que nos adversaires osent imiter l'imprudence et la témérité de Calvin, qui , parlant des prières ecclésiastiques que nous faisons pour les morts dans le sacrifice , avoue « que la coutume » en est ancienne; comme la coutume , dit-il ^, do- » mine souvent sans raison; » il accorde que « telles » prières ont été reçues de saint Chrysostome, » d'Epiphane , de saint Augustin ; mais ces bonnes )) gens que j'ai nommés, ajoute cet insolent héré- » siarque, par une trop grande crédulité, ont » suivi sans discrétion ce qui avait gagné la vogue » en peu de temps. »
Quel mauvais démon possédait cet homme, qui méprise avec tant d'orgueil l'antiquité la plus vénérable ? Malheureuse mille et mille fois l'hérésie qui doit sa naissance à un tel auteur! mais quelle gloire à la sainte Eglise qu'elle ne puisse être méprisée que par ceux qui méprisent l'antiquité sainte, et ses plus illustres docteurs !
Je demande maintenant à nos adversaires s'ils veulent être enfants de l'ancienne Eglise, ou s'ils se veulent révolter contre elle? S'ils ne veulent pas être ses enfants, certes je ne m'étonne pas qu'ils nous fuient; mais si cette pensée leur parait horrible , par quelle hardiesse nous condamnent-ils dans une cause qui nous est commune avec elle?
Mais Rome est destinée, nous dit le ministre', pour être le siège de l'Antéchrist; c'est la Babylone de l'Apocalypse, de laquelle Dieu ordonne de se retirer. Saint Jérôme l'a entendu de la sorte, et les
1. Hoc enim à Palribus traditum, universa observât Ecciesia^ ut pro eis qui in cot-poris et sanguinis Chrisli communioiic defuncti sunt, cùm ad ipsumsacri/iciuni îoco suo conimemoyanlur, orftur, ac pro ipsis quoqtie id offerri commemoretur , etc. Non o^nnino amhigendum. e$t ista prodesse defunclis. Serm. xxxn de Verb. Apost. nunc CLXxii , n. 2, lom. v. <^oi. 827.