‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 170 sur 631 · Traité de la manitrre de réformer VEglise. — 3, Pag · texte numérisé non relu

Traité de la manitrre de réformer VEglise. — 3, Pag

auteurs catholiques ne le dénient pas ; c'est pourquoi les réformateurs prétendus ont dû abandonner sa communion. Tel est le raisonnement de notre adversaire , duquel la faiblesse est toute visible.

Quand j'accorderai au ministre que l'Antéchrist régnera dans Rome , et que Rome sera le siège de son empire , je n'en respecterai pas moins l'Eglise romaine. Les Néron , les Domitien , et les autres persécuteurs des fidèles y ont bien régné autrefois; et néanmoins ce serait une pensée très-extravagante de croire que l'Eglise romaine en soit déshonorée.

Il faut faire grande différence entre l'Eglise de Rome et la ville; et saint Jérôme l'observe trèsexactement, dans cette célèbre Epitre à Marcel, où voulant exhorter celte sainte femme à quitter Rome pour Bethléem , il lui dépeint la ville de Rome comme la Babylone dont il faut sortir. « Là, dit-il', » il y a une sainte Eglise, on y voit les trophées des 1) apôtres et des martyrs, Jésus-Christ y est reconnu, 11 nous y remarquons cette même foi qui a été louée » par l'Apôtre, et la gloire du nom chrétien s'y élève » de plus en plus tous les jours sur les ruines de » l'idolâtrie. Mais l'ambition, la puissance, el la 1) grandeur de la ville, voir et être vu, visiter et être » visité, louer cl médire, toujours parler ou lou- » jours entendre, être contraint de voir une si » grande multitude d'hommes, ce sont choses qui » ne s'accordent pas avec le repos de la profession » monastique. » Qui ne voit que ses premières paroles honorent la sainteté de l'Eglise, el qu'il représente dans les dernières le tumulte et la confusion de la ville?

Il est vrai que ce saint docteur, accoutumé à la crèche du Fils de Dieu , el à la solitude de Bethléem , ne pouvait se plaire dans cette ville perpéluellenienl empressée, et en laquelle il avait été souvenl maltraité par la jalousie de tant de personnes, comme ses écrits le témoignent. Mais quelque aversion qu'il eût pour la ville, il ne laisse pas toutefois d'écrire du fond de la Palestine à son Pontife et à son Eglise : « Je suis associé par la communion » à votre sainteté, c'est-à-dire, à la chaire de Pierre : » je sais que l'Eglise a été fondée sur cette pierre; » quiconque ne mange pas l'Agneau en cette mai- 1) son est profane^; » el après, « Celui qui n'amasse » pas avec vous dissipe, c'est-à-dire, qui n'est pas » à Jésus-Christ est à l'Antéchrist. » Ou, bien loin de considérer l'Eglise romaine comme le siège de l'Antéchrist, il estime des antechrists ceux qui ne s'unissent point avec elle.

Que l'Eglise romaine est le centre de l'unité ecclésiastique. — Et certes, si nous considérons l'Eglise romaine selon les maximes des anciens docteurs, bien loin de croire comme les ministres, qu'elle est la Babylone dont il faut sortir, nous dirons avec les saints Pères qu'elle est le centre où il se faut rassembler. C'est ce que nous voyons clairement dans ce beau passage de saint Optât, qui vivait au quatrième siècle. Ce grand évèque écrivant contre Parménian, donalisle, lui explique l'unité de l'Eglise

1. Nunc Ep. Paul, el Kustoch. ad Marcell. inter Ep. Hi^^ron. XLlv; tom. IV, part. II, col. 551.

2. Ego Be'Uitudini tua' y id est, cathedrœ Pétri communione cunsocior : super itluin Petrarii cedifîcatam Ecrlesiam scio. Quicumque extra hanc domutn Agnum cornederit , profanus est... Quicuinque tecum non colligit , spnrgit; hoc est, qui Christi non est, Anttckristi est. Epist. xiv ad Damas. Idem, col. 19 et 20.

RÉFUTATION DU CATÉCHISME

par l'unité de la chaire principale à laquelle toutes les autres doivent cire unies. « V'ous ne pouvez nier, » que vous ne sachiez (pie la chaire épiscopale a ctô » donnée à Rome, preniiôrcinenl à Pierre, en la- » quelle a été assis Pierhe, le chef de tous les apô- » TUES , qui a été pour cela appelé Céplias : en la- » QUELLE CHAIRE, poursuit cc saiut honinic , l'unité

» DEVAIT ÊTRE GARDÉE PAR TOUS LES FIDÈLES, aliU qUC

» les autres apôtres ne pussent pas s'attrihuer la » chaire, et que celui-là fut tenu pour pécheur

» ET POUR SCIIISMATIQUE , QUI ÉLÈVERAIT UNE AUTRE » CHAIRE CONTRE CETTE CHAIRE SINGULIÈRE'. » GO SaiUt

homme ne veut pas nier que tous les apôtres n'aient eu leur chaire, puisqu'ils étaient les maîtres du monde; toutefois ils n'avaient pas la chaire , dil-il, c'est-à-dire, celte chaire unique et principale en laq^^elle l'unité doit être gardée; elle n'appartenait qu'à saint Pierre : et de peur qu'on ne s'imagine qu'elle devait Unir avec cet apôlre, il rapporte tous ses successeurs qui s'y sont assis après lui : « La » chaire donc, dit-il^, est unique, Pierre s'y est » assis le premier, Lin a succédé ; » il les nomme tous jusqu'à Sirice : et nous pouvons aisément remplir cette liste jusqu'à Innocent X d'heureuse mémoire, et à celui que le Saint-Esprit lui destine pour successeur : après quoi nous dirons à nos adversaires avec saint Optât : « Montrez-nous l'origine de votre » chaire, vous qui vous attribuez le litre d'Eglise; » n'ètes-vous pas schismatiques et pécheurs, vous qui vous élevez contre la chaire unique , contre la chaire de l'apôtre saint Pierre, et l'Eglise principale, dit saint Cyprien^, plus ancien qu'Optât, d'oii l'unité sacerdotale a pris sa naissance? Que pouvezvous répondre à des autorités si précises?

Mais s'il est vrai que l'Eglise romaine est le lieu de concorde et de paix où se doivent unir les enfants de Dieu , d'où vient que nos adversaires enseignent qu'elle est cette Babylone confuse de laquelle il se faut retirer? D'ailleurs, où nous liront-ils dans les Ecritures que Piabylone doive adorer Jésus-Christ et mettre toute sa confiance en lui seul? Cependant nous avons montré que c'est ce qu'enseigne l'Eglise romaine. Ya-t-il donc rien de plus téméraire que de l'appeler Babylone? et combien nos adversaires sontils mal fondés s'ils n'ont point d'autre cause de séparation ?

Il paraît nettement, par tout ce discours, qu'il n'y a rien en notre créance qui renverse les fondements de salut. Car elle nous est commune avec des personnes, qui, selon les principes de notre adversaire, ont pu obtenir la vie éternelle. Nos ancêtres, qui se sauvaient on la communion de l'Eglise romaine, ainsi qu'il l'accorde en son Catéchisme, professaient la même doctrine que nous louchant le saint sacrement de l'Eucharistie, et son administration sous les deux espèces*; ils condamnaient,

1. yeg'ire non potes scire te in urhe Romd Petro primo cathednnn l'Jpiscopftti-m rsse coîlatnm , in quà sederit omnium Apo-

stotoriiiii caput Petrus : in qud und cathr.drâ ^ unitns nb

omnibus servarelxtr, ne sinyuli apostoti singulas sibi quisque d'^fcndfrent : ut Jam sckismaticua et peccator csset qui contra h'inc singutitrcm calhedram altcram collocaret. Opt. Mil. cont. Paritl. Sou ils Sohism. Donatist., lib. ii, c. 2 et 3.

a. Eri/o cathedra 2tnica est, sedil prior Petrus , cui suceessit Linus.. . Vrslrtf: caihi^drœ vos orignem reddite, qui vobis vuUis sanctam Ecclesiam vindicare . Id., ibid.

:i. Navigare audent et ad Pttri caihedram et ad Ecclesiam principalem , unde unitas sacerdotalis exorla est. S. Cypr., Ep. Lv iid Corn, de Schisin:it.

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