‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 180 sur 631 · Sess. VI. — 2. [dem, xix — 3. Pag · texte numérisé non relu

Sess. VI. — 2. [dem, xix — 3. Pag

lîHFUTATlON DU GATiaiIIISME

» Jésus-Christ appela saint François d'Assise par la » bouche d'un crucillx pour redresser son Eglise, «qui élait, comme il voyait, toute détruite'. » Mais proniièrcmeut, il rapporte mal cette histoire; car le crucilix ne commande pas ;ï saint P'rançois qu'il redresse l'Eglise qui est toute détruite, mais qu'il répare l'Eglise qui se détruit toute. Or il y a grande diiïérencc de relever une maison toute ruinée, et de la soutenir quand elle est penchante. Ainsi le ministre corrompt les paroles de saint Bonaventure. Après, il n'oserait dire lui-môme que l'Eglise fût toute détruite dès le temps du grand saint François, puisqu'il avoue qu'en l'an 1543 on se pouvait sauver en sa communion. Enfin il ne saurait montrer que ni saint François ni aucun de ses disciples aient jamais eu la moindre pensée de corriger la foi de l'Eglise. Quand donc ils se sont proposé le glorieux dessein de réparer l'Eglise qui se détruisait, c'est qu'ils voulaient travailler de toutes leurs forces à rallumer la charité refroidie, et h faire revivre en l'Eglise l'esprit de mortillcation et de pénitence que l'amour du monde avait presque éteint. Je ne comprends pas ce que le ministre peut conclure de là contre nous, et je m'étonne qu'un homme de lettres s'arrête à des réllexions si peu sérieuses.

Mais il croit avoir appuyé fortement sa cause par le long récit qu'il nous fait de ce qui se passa à Augsbourg en l'an 1548; « où enfin, dit-iP, la » réformation fut reconnue nécessaire par l'empe- » reur Charles V et par les Etats de l'empire; il en » fut composé un formulaire par des théologiens » choisis de l'une et de l'autre religion, et plusieurs » articles y furent accordés selon le sentiment des » réformés, le Pape même n'y résistant pas. » Toutes ces choses semblent favorables à la réformation prétendue; mais la vérité de l'histoire nous fera connaître que le ministre dit en ce lieu presque autant de faussetés que de mots; et je veux le convaincre par SIeidan môme, dont la foi ne lui peut être suspecte, puisque c'est un historien protestant.

Premièrement , le catéchiste se trompe , en ce qu'il confond le formulaire de réfonnation , que l'empereur donna aux évoques, qui ne contenait que des règlements sur le sujet de la discipline ecclésiastique, avec la déclaration qu'il fit publier sur les points de la religion, et que l'on appelait l'Intérim, comme nous verrons tout à l'heure. Toutefois il est certain que SIeidan distingue nettement ces deux choses'; et nous ne voyons point dans l'histoire que le livre de Vlnterim ait porté le litre de Réformation. Si donc le ministre ne le distingue pas d'avec le formulaire de réformation, c'est une marque très-évidente qu'il ne se donne pas le loisir de digérer sérieusement ce qu'il dit, et ([u'il précipite son jugement sans beaucoup deréllcxion. Mais voyons les autres faussetés qu'il prêche si alllrmativemcnt à son peuple. On jwjea, dit-il , la rt'fovmalion nécessaire. Je demande quelle sorte de réforniation : ce n'est pas une réformation dans la foi comme le ministre voudrait faire croire; car s'il avait l)ien lu dans SIeidan les chefs de ce formulaire de réformation*, il aurait vu qu'ils ne regardent que la discipline : et le même SIeidan

1. De Vild S. Francis., U'i. 1.-2. Pon. 5S. Hist. - 4. Sleid., ihiil.

.■3. T.ib. XX.

remarque (]u'il y était expressément ordonné d'interroger ceux qui se présentent aux ordres, « s'ils » ne croient [las tout ce que croit la sainte Eglise » romaine , catholique et apostolique. » Donc ce formulaire n'élait pas dressé pour corriger la foi de l'Eglise romaine, mais plutôt pour la confirmer. Où est la sincérité du ministre, qui lire cette pièce à gon avantage? Est-il donc absolument résolu de n'en produire aucune qui le condamne?

Faussetés rnsibles précitées par le ministre sur le sujet de i'iNTEiuM de l'empereur Charles V . — Il n'a pas été plus fidèle dans les réflexions qu'il a faites sur le livre do Vlnterim; et nous le connaîtrons sans difficulté par la vérité de l'histoire qu'il nous a étrangement déguisée. L'empereur voulant apaiser les mouvements de l'Allemagne sur le sujet de la religion , fit publier à la diète d'Augsbourg de l'an 1548, une déclaration solennelle sur ce qu'il voulait être observé jusqu'à la définition du concile général , et c'est ce que l'on nomma Vlnterim. La doctrine des protestants y était condamnée ; seulement on leur accorda que ceux qui avaient pratiqué la communion sous les deux espèces pourraient retenir cet usage jusqu'à la détermination du concile, à condition qu'ils ne blâmeraient pas les autres qui se contentaient d'une seule espèce : et parce que plusieurs prêtres s'étaient mariés, et que leurs mariages ne pouvaient être rompus sans beaucoup de troubles, on résolut qu'il fallait atten dre ce que le concile en ordonnerait'. Quoique le Pape ne voulût pas approuver ce livre, dans lequel la foi catholique n'était pas expliquée assez nettement, toutefois il ne résista pas au dessein qu'avait Charles V de le faire recevoir dans l'empire, parce qu'il remettait tout au concile, et qu'il condamnait les luthériens. Aussi les protestants s'opposèrent-ils à cette déclaration de l'empereur, et ceux de Magdebourg dirent hautement qu'elle rétablissait tout le papisme; et encore qu'il n'y eut rien dans la doctrine qu'elle proposait qui ne put recevoir aisément une interprétation catliolique, les fidèles furent offensés de quelques façons de parler douteuses qui fialtaient les luthériens : tellement que plusieurs catholiques donnèrent un mauvais sens à ce livre, qui enfin fut rejeté par les deux partis^. C'est ce que tous ceux qui sauront lire verront si nettement dans l'histoire, qu'il est impossible de le nier. A quoi pense donc le ministre, d'entretenir son peuple de si vains discours? Quel fondement peut-il l'aire sur une chose universellement iraprouvée? D'ailleurs, quand je lui aurais accordé, ce qui néanmoins n'est pas véritable, que ce livre de Vlnterim combat la créance des callioliques, je demande quel ilroil avait l'empereur de prononcer sur des points de foi, de son autorité particulière? Mais enfin, que résulte-t-il de ce livre, sinon la condamnalion du ministre? Il veut faire croire que le dessein de Charles V était de réformer la foi de l'Eglise. Il se trompe, ou il veut tromper. Car au contraire, l'empereur parlant aux Etats, et leur proposant Vlnterim, dit que « pourvu qu'on l'entende bien, il n'a rien de » contraire à la religion catholique; il conjure ceux » c|ui ont retenu les lois et les coutumes de l'Eglise

1. Voyez SIeidan , livre xx, et Vl7lterim entièrement rapporté dans les opusmiles do Citlvin, imprimi^s à Genève en l'an 1570. — i. Ilisl. d-l Conr. TrùL, tib. m ; Sleid.. lih. xx et xxi.

DU SIEUR PAUL l'EIîRY.

» catholique, de demeurer fermes en cette pensée : » et ceux qui ont introduit des nouveautés en la re- » ligion, de reprendre celle que le reste de l'empire » professe'; » c'est-à-dire, la catholique. Donc il ne la juge pas corrompue, puisqu'il exhorte d'y retourner. Mais écoutons parler le ministre, nous verrons bien d'autres faussetés. « On accorda, dit-il-, » ces articles selon les sentiments des réformés, » touchant la convoilise es régénérés; » il n'y a rien sur ce point dans ïlnterim qui ne puisse avoir un sens catholique : « la justification par les mérites » de Jésus-Christ seul; » il a tort de rapporter cet article comme un dogme particulier de la Réformalion prétendue; nous croyons de tout notre cœur cette vérité : « la justification obtenue par la foi sans » aucun doute et avec toute certitude de confiance; » l'Intérim dit expressément que « nous sommes jus- » tifiés en tant que la charité se joint à la foi et à Il l'espérance. » Pour ce qui regarde une certitude sans aucun doute , le livre de l'empereur enseigne le contraire : « L'homme, dit-il, ne peut croire que » ses péchés lui soient remis , sans quelque doute » de sa propre infirmité et indisposition. » Faut-il ainsi abuser le monde par des faussetés si visibles? Mais passons aux autres articles. La récompense des bonnes œuvres y est, dit le ministre, enseignée, sans opinion de mérite. Que signifient donc ces paroles, qui sont écrites dans l'Intérim au chapitre De la MÈMomE et invocation des saints : « Les saints » ont puisé leurs mérites par lesquels eux-mêmes » ont été sauvés et parlent pour nous , de cette » même source de tout salut et de tout mérite, à sa- » voir la passion de Jésus-Christ? » Est-il rien de plus formel ni de plus précis? « La nature de la B vraie Eglise, invisible; » ces paroles, ni ce sens ne se trouvent pas dans le livre de l'empereur : « les deux marques d'icelle, à savoir la saine doc- » Irine , et le droit usage des sacrements; » il est vrai que ces deux marques y sont rapportées pour distinguer l'Eglise chrétienne d'avec les sociétés infidèles; mais l'unité, l'universalité, la succession y sont ajoutées pour la discerner des troupeaux hérétiques et schismatiques : » sans aucune sujétion au » Pape que pour l'ordre et pour éviter les schis- » mes; » mais cela bien entendu, comprend tout, et l'Intérim attribue au Pape « le droit de gouverner » l'Eglise universelle par la même puissance que » saint Pierre a reçue de Jésus-Christ. » « La com- » munion, dit-il, de la coupe est octroyée à tous; » mais on y met la condition de ne blâmer point ceux qui communient d'une autre manière, « parce que » le corps et le sang de Jésus-Christ est contenu » sous chacune des deux espèces' ; » ainsi la foi de l'Eglise demeure entière. « Le mariage est accordé » aux gens d'Eglise; » il est faux qu'on l'a'ccorde à tous inditTéremment, mais on tolère jusqu'au concile, dans le ministère ecclésiastique, les prêtres qui s'étaient mariés; ce qui ne touche point la doctrine. Je me lasse de rapporter tant de faussetés du ministre; et toutefois la charité chrétienne m'oblige à lui donner encore un avis sur le sacrifice de nos autels. Il était, dit-il, proposé dans le livre de l'empereur, sans aucune propitiation. Il est vrai qu'il n'use pas de ce mot : mais puisqu'il ne dit rien de contraire , le ministre a-t-il droit de dire que cet ar-

1. Sleid., Ub. xx et xxi. — 2. Pag. 59. — 3. Sleid., lib. xx.

ticle y ait été accordé selon la pensée des réformés ' ? D'ailleurs nous lisons en ce livre que Jésus-Christ a oiTert deux sacrifices, l'un en la croix et l'autre en la cène, et que le dernier est institué pour honorer la mémoire du sacrifice sanglant de la croix, et pour nous en appliquer le fruit. C'est en substance ce que nous croyons du sacrifice de l'Eucharistie; et c'est pour cela seulement que nous l'appelons propitiatoire, parce que nous l'ofi'rons à Dieu pour la rémission des péchés; non afin qu'elle nous y soit méritée, car nous savons bien que c'est à la croix que le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ nous a mérité celle grâce, mais afin qu'elle nous y soit appliquée comme un des fruits de sa passion. Au reste il n'est pas nouveau dans l'Eglise de dire que le sacrifice de l'Eucharistie soit une propitiation môme pour les morts : saint Augustin l'enseigne en termes formels : « Lors, dit-il^, que l'on offre pour les » fidèles trépassés les sacrifices de l'autel ou celui » des aumônes; pour ceux qui sont très-bons, ce » sont des actions de grâces; pour ceux qui ne sont » pas extrêmement mauvais, ce sont des propitia- » lions; et à l'égard de ceux qui sont très-mauvais, » quoiqu'ils ne servent de rien aux morts, ce sont » des consolations des vivants. » Il est à noter que saint Augustin nomme les aumônes des sacrifices; mais atin que nous entendions qu'il y a un sacrifice spécial en l'Eglise à qui ce nom convient proprement, il l'appelle singulièrement sacrifice de l'autel, et il reconnaît qu'il est propitiatoire. Que répondra ici le minisire, puisqu'il dit que la religion de saint Augustin n'est pas opposée à la sienne? Mais ce n'est pas mon intention d'entrer maintenant en cette matière, qui mériterait un discours plus ample, et qui ne conviendrait pas à ce lieu.

Si je me suis arrêté si longtemps sur l'Intérim de l'empereur Charles V, ce n'est pas que l'autorité de ce livre me paraisse fort considérable , ni que j'approuve ses façons de parler obscures, qui enseigneijt tellement la bonne doctrine , qu'elles ne laissent pas de flatter l'erreur. Mais je m'étonne que le ministre ait pris tant de soin de tirer ce livre à son avantage; et il faut bien croire que l'hérésie se plail fort aux déguisements, puisqu'elle se donne la peine de les employer dans des choses qui lui seraient inutiles, quand on lui aurait accordé qu'elles se sont passées comme elle récite.

Je puis dire encore le même des articles qui avaient été accordés au colloque de Ratisbonne en l'an 1541. Car, outre qu'il n'est pas juste que trois députés nommés par l'empereur règlent des difficullés de cette importance, Sleidan, que le catéchiste rapporte en la marge, nous assure que l'ordre des princes et particulièrement les évèques empêchaient qu'on ne les reçût, disant qu'on y avait mis plusieurs choses qui devaient être adoucies et corrigées, et que les sentiments des députés catholiques méritaient quelque censure'. Éckius, l'un des députés pour la conférence, déclara aux Etats qu'il n'approuvait point ce qui avait été arrêté; le

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