‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 179 sur 631 · SIeiJ.. lib. VII · texte numérisé non relu

SIeiJ.. lib. VII

n'ait parlé dans le même esprit. Le ministre , qui ne s'arrête qu'aux mots, jugerait d'abord que le concile de Constance, voulant réformer l'Eglise en la foi, déclarait, par ces paroles, que la foi de l'Eglise était corrompue ; mais il n'est rien plus éloigné de son intention. Car, en la session vni , les Pères de ce concile et Pierre d'Ailly avec eus disent, que a la sainte Eglise catholique éclairée en la vé- » rite de la foi par les rayons de la lumière céleste, » est toujours demeurée sans tache. » Par conséquent , il est plus clair que le jour qu'ils n'estimaient pas qu'il fallût corriger la foi qui était reçue en l'Eglise; voyons donc quelle était leur pensée.

La suite de leurs décrets nous en instruira pleinement. Car le ministre ne niera pas que cette résolution qu'on prit au concile , de réformer l'Eglise en la foi, ne doive être nécessairement rapportée aux décisions de foi que nous y trouvons. Or il n'y a que trois sessions où les matières de la foi soient traitées : la huitième , où les erreurs de Wiclef furent censurées; la quinzième, où l'on condamna celles de Jean Hus; la treizième, où l'on fît le règlement sur la communion des laïques. Donc, l'intention de ces Pères , quand ils parlent de réformer l'Eglise en la foi, n'était pas de changer la créance qui était reçue, puisqu'il n'en paraît rien dans leurs décrets; mais de rejeter la doctrine des prédécesseurs de nos adversaires, que le diable voulait introduire. C'est là sans doute ce que le concile appelait réformer l'Eglise en la foi, parce que la foi catholique semble recevoir un nouvel éclat par la condamnation des erreurs, et que c'est une espèce de réformation de retrancher les membres pourris qui se révoltent contre l'Eglise , puisqu'elle demeure plus pure après qu'elle les a séparés. Telle est l'intention du concile.

Venons maintenant à Pierre d'Ailly, et demandons à notre adversaire ce qu'il peut attendre d'un homme qui a prononcé sa condamnation dans un concile si célèbre, où sa doctrine lui avait acquis tant d'autorité, que nous pouvons dire non-seulement qu'il en a suivi les décrets ; mais encore qu'il a été un des prélats qui a autant contribué à les faire? En elTet, ne voyons-nous pas qu'il est nommé par tout le concile pour instruire les commissaires qui devaient examiner la doctrine de Jean Wiclef et de Jean Hus ', et qu'il est lui-même commis pour enseigner à Hiérome de Prague, disciple de Hus, les véritables sentiments de l'Eglise et du saint concile^, comme celui qui en était le mieux informé? Ainsi le sermon cité dans le Catéchisme ayant été prêché à Constance, en présence du concile môme, par un homme qui en était un des chefs, qui peut douter qu'il ne parle conformément au style de cette assemblée où il tenait un rang si considérable? De sorte que cette réformation en la foi , que le ministre tire inconsidérément à son avantage , enferme eflectivemcnt sa condamnation avec celle de Wiclef et de Hus. N'est-ce pas une marque visible d'une lecture excessivement précipitée et d'un dessein prémédité d'éblouir les simples par de vaines apparences ?

C'est encore dans le même dessein qu'il s'efforce de prouver la nécessité de la réformation prétendue, par saint Bonaventure, « qui récite, dit-il', que

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