‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 186 sur 631 · Deut., XXXII. 7. — 2. Luc. xxi · texte numérisé non relu

Deut., XXXII. 7. — 2. Luc. xxi

SUIÎ LA MATIÈRE DE LA RELIGION

des réponses si visiblement absurdes , que tout homme de bon sens avouera qu'il valait encore mieux se taire que de s'en être servi.

Et de peur qu'on ne dise , car dans une affaire où il s'agit du salut des âmes , il faut , autant qu'on peut, tout prévenir : de peur donc, encore une fois, qu'on ne dise que M. Claude peut-être aura pris un mauvais tour, par lequel il se sera engagé dans des inconvénients; je soutiens, au contraire, que cet avantage est tellement dans notre cause, que tout ministre, tout docteur, tout homme vivant succombera de la même sorte à de pareils arguraenls.

Ceux qui voudront faire cette épreuve, verront que ma promesse n'est pas vaine. Que si on dit que je présume de mes forces; maintenant que je m'examine moi-même devant Dieu , si cette présomption m'avait fait parler, je désavouerais tout ce que j'ai dit. Au lieu de me promettre aucun avantage, je me tiendrais pour vaincu en ne me fiant qu'à mon bras et en mes armes; et loin de défier les forts, à l'exemple de David', je me rangerais avec ceux dont le même David a chanté, que les flèches des enfants les ont percés, et que leur propre langue, trop faible pour les défendre, s'est enfin tournée contre eux-mê)nes - .

L'Instruction que j'offre en général aux prétendus réformés, je l'offre en particulier à ceux du diocèse de Meaux, que je dois porter plus que tous les autres dans mes entrailles. Ceux qui refuseront cette Instruction chrétienne, pacifique , fralernel^e et paternelle, autant que concluante et décisive, je leur dirai , comme saint Paul , avec douleur et gémissement, car on ne se console pas de la perte de ses enfants et de ses frères : Je suis net du sang d'eux tous^.

Voilà la première chose qui fera voir que je n'impute rien à M. Claude pour me donner de l'avantage. La seconde, c'est que M. Claude luimême, au milieu de ce qu'il m'oppose, et parmi tous les tours qu'il donne à notre dispute, avoue encore au fond ce dont il s'agissait entre nous , ou le tourne d'une manière à faire voir qu'il ne peut pas entièrement le désavouer. Mais tout ceci s'entendra mieux quand, après les Instructions et la Conférence, on lira encore les réllexions que je ferai sur l'écrit de M. Claude.

Il faut de l'attention pour prendre toute la suite de ces Instructions ; car quelque facilité qu'il ait plu à Dieu nous faire trouver dans une matière où il montre aux plus ignorants comme aux plus habiles la voie du salut ouverte, il n'a voulu décharger personne de l'attention dont il est capable; et comme les entretiens qu'on va voir sont nés à l'occasion des articles xix et xx de mon Traité de VExpoxilion, la lecture de ces deux articles, qui ne coulera qu'un demi-quart d'heure, facilitera l'intelligence de tout cet ouvrage , quoique j'espère d'ailleurs qu'il se soutiendra par lui-même.

Au reste, cette lecture ne sera pas inutile aux catholiques; ordinairement ils négligent trop les livres de controverse. Appuyés sur la foi de l'Eglise, ils ne sont pas assez soigneux de s'instruire dans les ouvrages où leur foi serait conllrmée, et où ils trouveraient les moyens de ramener les errants. On n'en usait pas ainsi dans les premiers

1. /. Reg.. XVII. 45. — 2. Psal . Lxiii. 8. 9. —3.. AcC, xx. 29.

siècles de l'Eglise ; les traités de controverse, que faisaient les Pères, étaient recherchés par tous les fidèles. Comme la conversation est un des moyens que le Saint-Esprit nous propose pour attirer les infidèles, et ramener les errants, chacun travaillait à rendre la sienne fructueuse et édifiante par cette lecture. La vérité s'insinuait par un moyen si doux; et la conversation attirait ceux qu'une dispute méditée n'aurait peut-être fait qu'aigrir. Mais afin qu'on lise les ouvrages que nous faisons sur la controverse, comme on lisait ceux des Pères, lâchons, comme les Pères, de les remplir, non-seulemenl d'une doctrine exacte et saine , mais encore de piété et de charité; et autant que nous pourrons, corrigeons les sécheresses, pour ne point dire l'aigreur, qu'on trouve trop souvent dans de tels livres.

Préparation à la conférence, et instruction particulière.

Mademoiselle de Duras ayant quelque doute sur sa religion, m'avait fait demander par diverses personnes de qualité, si je voudrais bien conférer en sa présence avec M. Claude. Je répondis que je le ferais de bon cœur, si je voyais que cette conférence fût nécessaire à son salut. Ensuite elle se servit de l'entremise de M. le duc de Richelieu, pour m'inviler à me rendre à Paris le mardi dernier février 1678, et à entrer en conférence le lendemain avec ce ministre, sur la matière dont elle me parlerait. C'était pour me l'indiquer qu'elle souhaita de me voir avant la conférence. Comme je me fus rendu chez elle au jour marqué, elle me fit connaître que le point sur lequel elle désirait s'éclaircir avec son minisire était celui de l'autorité de l'Eglise, qui lui semblait renfermer toute la controverse. Il me parut qu'elle n'était pas en état de se résoudre sans cette conférence, si bien que je la jugeai absolument nécessaire.

Je lui dis que ce n'était pas sans raison qu'elle s'attachait principalement, et même uniquement, à ce point qui renfermait en effet la décision de tout le reste , comme elle l'avait remarqué ; et sur cela je tâchai de lui faire encore mieux entendre l'importance de cet article.

C'est une chose, lui dis-je, assez ordinaire à vos ministres, de se glorifier que la créance des fondements de la foi ne leur peut être conteslée. Ils disent que nous croyons tout ce qu'ils croient, mais qu'ils ne croient pas tout ce que nous croyons. Ils veulent dire par-là qu'ils ont retenu tous les fondements de la foi , et qu'ils n'ont rejeté que ce que nous y avons ajouté. Ils tirent de là un grand avantage, et prétendent que leur doctrine est sûre et incontestable. Mademoiselle de Duras se souvient fort bien de leur avoir souvent ouï tenir de tels discours. Je ne veux sur cela, poursuivis-je, leur faire qu'une remarque; c'est que, loin de leur accorder qu'ils croient tous les fondements de la foi, au contraire, nous leur faisons voir qu'il y a un article du Symbole qu'ils ne croient pas, et c'est celui de l'Eglise universelle. Il est vrai qu'ils disent de bouche': Je crois l'Eglise catholique ou universelle , comme les ariens , les macédoniens et les sociniens disent de bouche : Je crois en Jésus-Christ et au Saint-

CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE

Esprit. Mais comme on a raison d'accuser ceux-ci de ne croire pas ces articles, parce qu'ils ne les croient pas comme il faut, ni selon leur véritable inlelliKcnce : si on montre aux prétendus rôformôs qu'ils ne croient pas comme il l'aut l'article de l'Eglise catholique, il sera vrai ([u'ils rejetteront en effet un article si important du Symbole.

Mademoiselle de l)uriis avait lu mon Traité de ÏE.rposiliun , et me lit connaître qu'elle se souvenait d'y avoir vu quelque chose qui revenait à peu |irés à ce que je lui disais ; mais j'ajoutai qu'en ce Traité j'avais voulu dire les choses fort brièvement, et qu'il était à propos qu'elle les vil un peu plus au long..

Il faut donc savoir, lui dis-je, ce qu'on entend par ce mot d'Église catholique ou universelle; et sur cela , je posai pour fondement , que dans le Symbole, où il s'agissait d'exposer la foi simplement, il fallait prendre ce terme de la manière la plus propre, la i)lus naturelle et la plus usitée parmi les chrétiens. Or ce que tous les chrétiens entendent par le nom d'Eglise, c'est une société qui fait profession de croire la doctrine de Jésus- Christ, et de se gouverner par sa parole. Si cette société fait cette profession , par conséquent elle est visible.

Que cette signification du nom d'Eglise fût la propre et la naturelle signification de ce nom , celle en un mot qui était connue de tout le monde, et usitée dans le discours ordinaire , je n'en demandais pas d'autres témoins que les prétendus réformés eux-mêmes.

Quand ils parlent de leurs prières ecclésiastiques, de la discipline de l'Eglise, de la foi de l'Eglise, des pasteurs et des diacres de l'Eglise, ils n'entendent point que ce soient les prières des prédestinés, ni leur discipline, ni leur foi; mais les prières, la foi et la discipline de tous les fidèles assemblés dans la société extérieure du peuple de Dieu.

Quand ils disent qu'un homme édifie l'Eglise, ou qu'il scandalise l'Eglise, ou qu'ils reçoivent quelqu'un dans l'Eglise , ou qu'ils excluent quelqu'un de l'Eglise, tout cela s'entend sans doute de la société extérieure du peujile de Dieu.

Ils l'expliquent ainsi dans la forme du baptême, liirsqu'ils disent qu'ils vont recevoir l'enfant en la compagnie de L'Eglise chrétienne; et pour cela qu'ils obligent « les parrains et marraines de l'instruire I) en la doctrine, laquelle est reçue du peuple de )) Dieu, comme elle est, disent-ifs, sommairement » comprise en la Confession de foi que nous avons » tous ; » et encore, lorsqu'ils demandent à Dieu dans leurs prières ecclésiastiques, de délivrer toutes ses Eglises de la gueule des loups racissatUs : et encore plus expressément dans la Confession de foi, article xxv, quand ils disent « que l'ordre de «l'Eglise, qui a été établi do l'autorité de .lésus- » Christ, doit être sacré, et pourtant que l'Eglise, » ne peut consister, sinon qu'il y ait des pasteurs » qui aient la charge d'enseigner; » et dans l'article xxvi, « que nul ne se doit retirer à part, mais » que tous ensemble doivent garder et entretenir » l'unité de l'Eglise, se soumettant à l'instruction » commune; » et enfin , dans l'article xxvn , « qu'il » faut discerner soigneusement quelle est la vraie » Eglise, et que c'est la compagnie des fidèles qui

» s'accordent à suivre la parole de Dieu et la pure » religion qui en dé|)cnd. » D'où ils concluent, article xxvni, « qu'où la parole de Dieu n'est pas re- » çue, etciu'on ne fait nulle profession des'assujétir » à icelle, et où il n'y a nul usage des sacrements, » à. parler proprement, on ne peut juger qu'il y ait » aucune Eglise. »

On voit, par tous ces passages, et par l'usage commun des prétendus réformés, que la signification du mot d'Eglise, propre, naturelle et usitée de tout le monde, est de la jjrendre pour la société extérieure du peuple de Dieu, parmi lequel, quoiqu'il se trouve des hypocrites et réiiroucén, leur malice, disent-ils, ne peut effacer le litre d'Eglise , article xxvn. C'est-à-dire, que les hypocrites, mêlés à la société extérieure du peuple de Dieu, ne lui peuvent ôter le titre de vraie Eglise, pourvu qu'elle soit toujours revêtue de ces marques extérieures , de faire profession de la parole de Dieu , et de l'usage des sacrements, comme porte l'article xxvni.

Voilà comme on prend l'Eglise lorsqu'on en parle simplement, naturellement, proprement, sans contention ni dispute; et si c'est la manière ordinaire de prendre ce mot, nous avons raison de dire, que c'est celle que les apôtres ont employée dans leur Symbole, où il fallait parler de la manière la plus ordinaire et la plus simple , parce qu'il s'agissait de renfermer en peu de paroles la confession des fondements de la foi.

En effet, il a passé dans le discours commun de tous les chrétiens , de prendre le mot d'Eglise pour cette société extérieure du peuple de Dieu; quand on veut entendre, par le mot d'Eglise, la société des prédestinés, on l'exprime, et on dit l'iîglise des prédestinés. Quand on veut entendre par ce mot, l'assemblée et l'Eglise des premiers-nés qui sont écrits dans le ciel , on l'exprime nommément comme fait saint Paul'. Il prend ici le mol d'Eglise dans une signification moins usitée, pour la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, où sont plusieurs milliers d'anges et les esprits des justes sanctifiés, c'est-à-dire, pour le ciel où sont recueillies les âmes saintes. C'est pourquoi il ajoute un mot pour désigner cette Eglise; c'est l'Eglise des premiers-nés , qui ont précédé leurs frères dans la gloire. Mais quand on emploie simplement le mot d'Eglise sans rien ajouter, l'usage commun de tous les chrétiens , sans en excepter les prétendus réformés , est de le prendre pour signifier l'assemblée , la société , la communion de ceux qui confessent la vraie doctrine de Jésus-Christ. Et d'où vient cet usage de tous les chrétiens, sinon de l'Ecriture sainte, où nous voyons en effet le mot d'Eglise pris communément en ce sens , en sorte qu'on ne peut nier que ce ne soit la signification ordinaire et naturelle de ce mot?

Le mot d'Eglise , dans son origine , signifie assemblée , et s'attribuait princi|ialemont aux assemblées que tenaient autrefois les iieuples pour entendre parler des all'aires i)ubli(iues. Et ce mot est eiiqiloyé en ce sens aux Actes , xix , lorsque le peuple d'Ephèse s'assembla en fureur contre saint l'aul : l'assemblée de l'Eglise était confuse. Et encore : Si i:oM.s demandez quelque chose, cela se pourra conclure dans une assemblée ou Eglise dû-

Page 1