ARTICLE VIII
Sidle des égarements du ministre, <iiii fait établir au, concile trois naissances du Fils de Dieu , au lieu des deux qu'il confesse; l'une du Fils comme Dieu, et l'autre comme homme.
LIX. Que le concile de Nicée a suivi saint .Jean , et n'a reconnu en Jésus-Christ que deux naissances suivant ses deux natures. — (juand il n'y aurait que ces trois naissances qu'il faudrait faire attribuer à Jcsui5-Christ par le concile, c'en serait assez et trop pour confondre le ministre : car il faudrait dire au pied de la lettre que Jésus-Christ est né trois fois , deux fois comme Dieu , et une fois
\. Alex. Alexandrin. Ep. ad Aleœand. Constantinop. Ep. Lab., t. III, col. Il et seq.
l'omnie homme. Mais où les Pères de Nicée auraient-ils pris ces trois naissances? Lorsqu'ils firent leur Symbole, ils avaient devant les yeux le commencement de l'Evangile de saint Jean, où ils rencontraient d'abord celle naissance éternelle que les ariens contestaient au Fils de Dieu : Au, commencement le Verbe était, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu'. Le voilà Dieu, Fils unique de Dieu, toujours dans le sein de son Père^, comme il est expliqué un peu au-dessous. Après celle première et éternelle naissance , ils ne trouvaient que celle où il s'est fait homme; et le Verbe a été fait chair ^. Ils n'avaient donc garde de penser à une troisième naissance également réelle : et c'est pourquoi en suivant le même ordre et le même progrès que saint Jean, ils disent du Fils de Dieu à son exemple, qu'il est né arant tous les siècles, de la substance de son Père : d'où ils passent incontinent à la seconde naissance; et il a été fait homme, sans songer seulement à celle troisième qu'on voudrait aujourd'hui leur faire confirmer.
LX. Prophétie de Michée , qui s'accorde avec saint .Jean . que le Fils de Dieu serait imparfait , s'il naissait deux fois comme Dieu. — Un prophète avant l'évangèliste avait prédit ces deux nativités. Michée dans cette admirable prophétie qui , étant rapportée dans saint Matthieu'', était continuellement à la bouche et devant les yeux de tous les fidèles, avait dit : Et toi, Bethléem, le conducteur d'Israël, sortira de toi : mais de peur qu'on ne s'arrêtât à celte naissance humaine, sans vouloir croire que le Sauveur sortit de plus haut, il ajoute : et sa sortie est dès le commencement , dès les jours éternels^. L'évangèliste et le prophète s'accordent à raconter comme d'une voix ces deux nativités du Sauveur; l'une dans l'éternité, et l'autre dans le temps; l'une comme Dieu et l'autre comme homme : et la seule difTérence qu'il y a entre eux, c'est que l'un comme historien commence par la naissance élcrnclle , d'où il descend à la temporelle; et l'autre conduit d'abord par le Saint-Esprit à .la crèche de Bethléem où il contemple Jésus-Christ nouvellement né du sein de sa Mère, s'élève jusqu'au sein du Père éternel où il était engendré devant tous les temps. Mais dans ce progrès admirable , ni l'un ni l'autre ne trouve, pour ainsi parler, en son chemin, cette troisième nativité qu'on veut être si parfaite; et le concile de Nicée , qui les suit tous deux , n'en fait non plus nulle mention , mais passe seulement, comme eux, de la naissance éternelle à la temporelle. Car aussi n'y ayant en Jésus-Christ que deux natures, il pouvait bien naître deux fois, mais non pas davantage : et le faire naiire deux fois selon sa nature divine, comme si le Père éternel n'avait pas pu tout d'un coup l'engendrer parfait, c'est attribuer au Père et au Fils tant de changement, et tout ensemble tant d'imperfection et tant de faiblesse , qu'une telle absurdité n'a pu entrer dans l'esprit d'aucun homme de bons sens, pour ne pas dire d'un si grand concile.
LXI. Que la doctrine des deux naissances est formellement rejetée par saint Alexa7idre d'Alexandrie. — Il est vrai que nous trouvons dans la Lettre d'Arius à saint Alexandre son évèque, que quelques-
1. Joa>i.,i.\.— 2.Idem,U,l8. — 3.Ibid.,U. - i. Matlli. II. 6. — 5. Mich., V. S.
ETAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
uns, dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous, furent assez insensés pour avoir dit en parlant du Fils de Dieu , qu'éta7it auparavant, il avait été dans la suite engendré et créé pour être Fils : mais nous lisons dans le même endroit , qu' Alexandre les rejeta en pleine Eglise' : et maintenant M. Jurieu prétend qu'une si ridicule imagination que saint Alexandre avait rejelée en pleine Eglise, ait été confirmée en plein concile, et le môme Alexandre présent, et ayant dans ce saint concile une autorité si éminente.
LXII. Que le ministre rejette sa propre Confession de foi , en accusant d'erreur le concile de Nicée. — Le ministre est donc convaincu d'avoir calomnié, non plus des docteurs particuliers, mais tout un concile œcuménique; et encore quel concile? Celui que les chrétiens ont toujours le plus révéré, et celui qu'on reçoit expressément dans la profession de foi des prétendus réformés; puisqu'on y lit ces paroles : Nous avouons les trois Symboles, des Apôtres , de Nicée et d'Alhanase, pour ce qu'ils sont conformes à la parole de Dieu'^. Mais aujourd'hui un ministre de cette société, et celui à qui on remet d'un commun accord la défense de la cause, entreprend de convaincre le Symbole de Nicée d'avoir jtris le prétendu sens de Tertullien , pour induire l'inégalité des personnes : et ahn qu'il ne restât rien d'entier dans ce saint concile, il veut que ses anathèmes aient confirmé une seconde naissance du Fils de Dieu comme Dieu, pour suppléer au défaut et à l'imperfection qu'il reconnaît dans la première. C'est ainsi qu'il reçoit la foi de Nicée comme conforme à l'Ecriture.
LXIII. Que le ministre s'emporte sans aucunes bornes. — Il ne faut donc pas s'étonner si la foi de Nicée lui parait informe, puisqu'on y trouve encore tant d'arianisme. Mais celle des autres conciles ne lui paraîtra pas plus parfaite, puisqu'on les commence toujours par y confirmer la foi de Nicée, et à la poser pour fondement. Ne lui parlons pas davantage sur cette matière. Car enhn , après avoir fait arianiser non-seulement les saints Pères et l'Eglise des trois premiers siècles, mais encore le concile de Nicée; entêté comme il est de sa seconde naissance, il la trouvera partout. Il soutiendra à David que c'était de cette naissance qu'il voulait parler, lorsqu'il faisait dire au Père éternel : Je t'ai engendré devant l'aurore^ ; car la première naissance n'était qu'une conception et un vain effort du Père qui n'avait pu tout à fait enfanter son Fils. Saint Jean ne s'en sauvera pas; et lorsqu'il a dit : Au commencement le Verbe était, il faudra encore l'entendre de la seconde nativité; puisque dans la première il n'était pas Verbe, et qu'il n'était qu'une sapience qui attendait à devenir Verbe avec le temps. Et sans exagération il faut bien qu'il trouve en son cœur ces interprétations soutenables; puisqu'il veut que ces prétendus arianisans ne puissent pas être réfutés par l'Ecriture; ou c'est qu'il ne pense pas à ce qu'il écrit, et qu'il ne faut plus jirendre garde à ses vains discours.
1. Ap. A th. de Synt. et Hil., lib. tv de Trin. ■ 3. PS. cix. 3.
. Art. 5,—