‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 243 sur 631 · Exam., tom. vi, sect. 5, p. 469. — 5. Idem, sec · texte numérisé non relu

Exam., tom. vi, sect. 5, p. 469. — 5. Idem, sec

cette crainte. « Dans un siècle, dit-il', où les hom- » mes ne se faisaient pas une honte, comme au- » jourd'hui, de porter sur le visage le caractère de » leur sexe, ils plongeaient une grande barbe dans » la coupe sacrée, et ils en rapporlaient une mul- » titude de corps de Jésus-Christ qui pendaient à » chaque poil. Cela leur donnait de l'horreur, et je » trouve qu'ils avaient raison. » Cette belle pensée lui a plu. « J'ai peine, dit-il ailleurs-, à concevoir » comment les lidéles de l'ancienne Eglise ne fré- » missaient pas en voyant pendre des corps de » Jésus-Christ à tous les poils d'une grande barbe » qui sortait de la coupe sacrée. Comment n'avaient- » ils pas horreur en voyant essuyer cette barbe » avec un mouchoir, et le corps du Seigneur passer » dans la poche d'un matelot et d'un soldat? » Comme si un matelot et un soldat étaient moins considérables aux yeux de Dieu que les autres hommes. Si ce railleur à contre-temps avait remarqué dans les anciens Pères avec quelle propreté et quel respect on approchait de l'Eucharistie; s'il avait voulu voir dans saint Cyrille^ comment les fidèles de ce temps-là goûtaient la coupe sacrée, et comment, loin d'en vouloir perdre une seule goutte, ils touchaient avec respect de leurs mains la moiteur qui leur restait sur les lèvres , pour l'appliquer sur leurs yeux et les autres organes de leurs sens, qu'ils croyaient sancliOer par ce moyen; il aurait trouvé plus digne de lui de représenter cette action de piété, que de faire rire les siens par la ridicule description qu'on vient d'entendre. Mais ces railleurs ont beau faire : leurs railleries ne nuiront non plus à l'Eucharistie, que celles des autres ont nui à la Trinité et à l'Incarnation du Fils de Dieu ; et la majesté des mystères ne peut être ravilie par de tels discours.

M. Jurieu nous représente comme des hommes qui craignent qu'il n'arrive « quelque accident fà- » cheux au corps et au sang de Noire Seigneur. Je » ne vois pas, dit-iP, qu'il soit mieux placé sur un » linge blanc que dans la poussière; » et puisqu'on le voit bien sans horreur dans la bouche et dans l'estomac , on ne devrait pas s'étonner tant de le voir sur le pave'. En effet, à parler en homme et selon la chair, un pavé est aussi propre, et peutêtre plus, que nos estomacs; et à parler selon la foi, l'état glorieux où est maintenant Jésus-Christ l'élève également au-dessus de tout : mais le respect veut qu'autant qu'il est en nous, nous ne le mettions qu'où il veut être. C'est l'homme qu'il cherche; et loin d'avoir horreur de notre chair, puisqu'il l'a créée , puisqu'il l'a rachetée, puisqu'il l'a prise, il s'en approche volontiers pour la sanctifier. Tout ce qui a rapport à cet usage l'honore, parce que c'est une dépendance de la glorieuse qualité de Sauveur du genre humain. Autant que nous pouvons , nous empêchons tout ce qui dérobe à notre vénération le corps et le sang de notre Maître; et sans craindre pour Jésus-Christ aucun accident fâcheux , nous évitons ce qui ferait voir en nous quelque manquement de respect. Que si nos précautions ne peuvent pas tout empêcher, nous savons que Jésus-Christ, assez défendu par sa propre majesté , se contente de notre zèle, et ne peut

1. Exam., tom. vi, sect. 7, p. 469. — 2. Pag. 485. — 3. Cyril. Hier. Cat. v Myst., n. 22, p. 332. — 4. Pag. 485, 487.

TRAITÉ DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

être ravili par aucun endroit. On peut railler, si on veut, de cette doctrine : mais loin d'en rougir, nous rougissons pour ceux qui ne songent pas que les railleries qu'ils font de nos précautions retombent sur les saints Pères, qui en ont eu de si grandes. S'il a fallu les augmenter dans les derniers siècles , ce n'est pas que l'Eucharistie y ait été plus honorée que dans les premiers; mais c'est plutôt que la piété s'élant ralentie, il a fallu l'exciter par plus de moyens : de sorte que les nouvelles précautions qu'il a fallu prendre, en marquant nos respects, ont fait voir quelque négligence dans notre conduite.

Pour moi, je crois aisément que dans l'ordre, dans le silence, dans la gravité des anciennes assemblées ecclésiastiques, il arrivait rarement, ou point du tout , que le sang de Notre Seigneur y fût répandu : ce n'est que dans le tumulte et dans la confusion des derniers siècles que ces scandales, souvent arrivés , ont fait enfin souhaiter aux peuples de ne recevoir que l'espèce qu'ils voyaient moins exposée à de pareils inconvénients; d'autant plus qu'en la recevant toute seule , ils savaient qu'ils ne perdaient rien, puisqu'ils possédaient tout entier celui qui faisait tout l'objet de leur amour.

Je ne veux pourtant pas nier que depuis que Bérenger eut rejeté, malgré toute l'Eglise de son temps et la Tradition de tous les Pères , la présence de Jésus-Christ dans ce sacrement, la foi de ce mystère ne se soit, pour ainsi dire, échaulTée; et que la piété des fidèles, offensée par cette hérésie, n'ait cherché à se signaler par de nouveaux témoignages. Je reconnais ici l'esprit de l'Eglise, qui n'a jamais adoré ni Jésus-Christ ni le Saint-Esprit avec tant de marques éclatantes, qu'après que les hérétiques ont eu nié leur divinité. Le mystère de l'Eucharistie devait être comme les autres , et l'hérésie de Bérenger ne devait pas moins servir à l'Eglise que celle d'Arius et de Macédonius.

Pour ce qui est de l'adoration, qu'est-il besoin que j'en parle après tant de passages des Pères'

1. Cyr., Hier., Cat.Mijsl. v, n. •22,pag. 332; Xmb.. Ub. m de

encore rapportés par Aubertin ', et depuis par M. de la Roque, dans son Histoire de l'Eucharistie-? Ne voyons-nous pas, dans ces passages, l'Eucharistie adorée, ou plutôt Jésus-Christ adoré dans l'Eucharistie, et adoré par les anges mêmes, que saint Chrysostome nous représente inclinés devant Jésus-Christ en ce mystère, et lui rendant le même respect que les gardes de l'empereur rendent à leur maître?

Il est vrai que ces ministres répondent, que cette adoration de l'Eucharistie n'est pas l'adoration souveraine qu'on rend à la divinité, mais une adoration inférieure qu'on rendait aux sacrés symboles.

Mais nous pourraient-ils faire voir une semblable adoration rendue à l'eau du baptême? Que peut-on répondre aux passages où il parait que l'adoration qu'on rend ici est semblable à celle qui est rendue au roi présent'? que cette adoration est rendue aux mystères, comme étant en effet ce qu'ils étaient crus, comme étant la chair de Jésus-Christ Dieu et homme? Ces passages des anciens sont formels, et en attendant que nos réformés les aient assez pénétrés pour en être convaincus , ils y verront du moins ce culte inférieur sur lequel ils nous font tant de chicanes; culte distingué du culte suprême; religieux toutefois, puisqu'il fait partie du service divin, et de la réception des saints sacrements. Ainsi, en se justifiant tellement quellement sur l'Eucharistie, ils se ferment toutes les voies de nous accuser sur les reliques, sur les images, et sur le culte des saints, tant il est vrai que leur Eglise et leur religion, semblable à un bâtiment caduc, ne peut être, pour ainsi dire, couverte d'un côté, sans paraître découverte de l'autre, et ne peut jamais montrer cette parfaite intégrité, ni le rapport des parties, qui fait toute la beauté et toute la solidité d'un édifice.

Spir. S., c. XII, n. 36, tom. ii, coi. 683; Aug., Tr. in ps. xcviii, H. 14, lom. IV, col. 1070; Theodor., Dial. li,p. 93; Chrys., lib. VI de Saceyd.,n. i, tom. i,p. 42i.

1. Aub.. lib. II, p. 432, 803,822. — 2. Hist. Euch., III' part., ch. IV, p. 541 et seq. — 3. Cfirys., lib. vi de Sacerd., etc.; Theod., loc. cit., etc.

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