‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 252 sur 631 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Du baptême des petits enfants : de celui qui est don7ié par les hérétiques : de celui qui est donné par les simples fidèles en cas de nécessité.

Le raisonnement n'est pas moins fort, quand on leur dit qu'ils ont été aussi bien que nous baptisés petits enfants, sans aucune autorité de l'Ecriture. Ils se tourmentent premièrement à chercher des passages dans l'Ecriture , et ils n'y trouvent de baptême qu'après l'instruction et la pénitence : Enseignez et baptisez' : Qui croira et sera baptise'^: Faites pénitence et recevez le baptême^; choses qui ne conviennent pas aux petits enfants. L'exemple de la circoncision les soulage peu pour les raisons qu'on peut voir dans le Traité de la Communion'', auxquelles les deux Réponses n'opposent pas un seul mot. Elles ne disent rien non plus pour soutenir les autres passages, par où nos réformés se sont efforcés d'établir le baptême des petits enfants. Mais l'auteur de la seconde Réponse fait cet aveu mémorable : « Quant au baptême des petits enfants, » j'avoue qu'il n'y a rien de formel ni de précis » dans l'Evangile pour en justifier la nécessité; et » les passages qu'on en tire ne prouvent rien autre » chose TOUT AU PLUS, sinon qu'il est permis de les » baptiser, ou plutôt qu'il n'est pas défendu de les » baptiser^. » Ce tout au plus fait bien voir qu'il ne se tient guère assuré de ce qu'il dit , qu'on peut prouver par l'Ecriture que le baptême des petits enfants soit permis , ou plutôt qu'il ne soit pas défendu. En efTet , il n'allègue rien pour le prouver, et ne répond rien aux textes de l'Evangile , où le baptême est toujours mis après l'instruction , la pénitence et la fol. L'auteur de la première Réponse ne s'est pas trouvé dans un moindre embarras; mais il en sort à son ordinaire par un tour d'adresse. Au défaut de l'Ecriture, où il n'a rien trouvé qui le favorise, il a recours à quelques passages de Rellarmin, et à une décrétale d'Innocent III, où le baptême des petits enfants est prouvé par l'Ecriture; et comme s'il avait trouvé des défenseurs de son sentiment, il m'invite à m'accorder avec ce cardinal et avec ce pape*.

Il y a trop d'illusion dans ce procédé; car pour moi, je suis parfaitement d'accord avec eux. A l'endroit que le ministre attaque'', je ne disais pas, comme il le suppose, que le baptême des petits enfants ne peut être absolument prouvé par l'Ecri-

1. Matth., XXVIII. 19. — 2. Marc, xvi. 16. — 3. Act., n. 38. —

4. Traité de la Communion, 11^ part., n. 6, p. 271 et suiv. —

5. Anon., I. pari., p. 98. — 6. La Roq., II' part., ch. m, p. 264, 265, 266; Bellarm., lib.î, de Sacr. Bapt., cap.xm; Majores, lib. m; Décret., lit. xLii, Je Bapt., cap. m. — 7. Traité de la Communion , II' part., n. 6, p. 272.

DEI'KN'SE DE LA TUADITION SUR LA COMMUNION

lure : au contraire, je dis expressément, que supposé qu'on admette le baptême comme nécessaire au snliit , on peut prouver assez aisément, par l'Ecrilure, que Dieu, (jui est le Sauveur de tous, n'a pas laissé les petits enfants sans remède. C'est ce que dit Innocent III dans la décrctale qu'on nous oppose, comme il parait par toute la suite de son discours. Car, après avoir prouvé i)ar l'Ecriture, que de môme que dans l'Ancien Testament on est e.Kclu du peuple de Dieu faute d'avoir été circoncis, de même dans le Nouveau on est exclu de son royaume faute d'avoir reçu le saint baptême; d'où il lire cette conséquence : « Gardons-nous bien de » penser que Dieu , qui ne veut pas que personne » périsse, laisse sans remède tant d'enfants que » nous voyons mourir tous les jours dans ce bas » âge. » Le cardinal Bellarmin suppose le môme principe de la nécessité du baptême pour prouver par l'Ecriture que Dieu, qui veut sauver les enfants , ne les a pas exclus de ce sacrement ' ; d'où il conclut que les calvinistes et les zwingliens n'ont aucune preuve du baptême des petits enfants; « à )) cause, dit-il, qu'ils ne reçoivent pas la Tradition, » et qu'ils croient que le baptême n'est pas néces- » saire. » .l'ai dit la môme chose que ce savant cardinal, et j'ai soutenu que « les preuves qu'on peut » tirer de la nécessité du baptême pour le donner » aifx petits enfants, étant détruites par nos réfor- » més^, » il ne leur reste rien dans l'Ecriture par où ils puissent s'assurer d'avoir été baptisés validement, eux qui comme nous ne l'ont été que dans l'enfance. Je persiste dans ce sentiment, et M. de la Roque m'y confirme, puisqu'il avoue encore dans sa Réponse , que le baptême n'est pas nécessaire au salut des petits enfants''*; de sorte qu'il détruit lui-même, avec la nécessité de ce sacrement, toute la preuve d'Innocent III et du cardinal Bellarmin, qui sont néanmoins ses seuls auteurs.

Cherchez donc, nos chers frères, cherchez d'autres garants de votre baptême , que ceux que vous donnent vos ministres; appuyez-le sur l'Ecriture; prouvez que le Fils de Dieu ou ses apôtres ont enseigné à baptiser les petits enfants, et permettent de séparer le baptême de l'instruction. Mais vous n'avez rien : vous rejetez la Tradition : tout vous manque du côté de l'Ecriture; ainsi, messieurs, vous ne savez si vous êtes baptisés; vous ne savez si vous êtes chrétiens; vous ne savez si jamais vous avez reçu la communion, pour laquelle vous voulez paraître si zélés; puisque vous n'êtes pas assurés du baptême , sans lequel il n'y a point de communion, ni d'entrée aux sacrements de l'Eglise.

Les ministres ne sont pas moins embarrassés sur le baptême donné par les liérétii|ues, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esjjrit. Je leur avais demandé en vertu de quoi ils le recevaient ; puisque Jésus-Christ avait ilonné le pouvoir d'administrer le baptême, non aux hérétiques ni aux faux (uistcurs, mais aux apôtres et aux pasteurs véritables''. L'auteur de la seconde Réponse se lire en un mot de cette difficulté, en disant « que cela n'est d'au- » cune importance pour la foi ni pour la religion , » quelque parti qu'on prenne, pourvu qu'on re-

1. Bell., idem, c. in; Resp. ad 8, Ai-ij. nion. p. 272. — 3. La Roi/., Il' part., ch. de la Commun., p. 272.

- 2. Tr. de ta Commuai , p. 266. — 4. Traité

» connaisse qu'il faut baptiser au nom du Père, el » du Fils et du Saint-Esprit'. » Cela s'appelle donner pour preuve ce qui est précisément en question. Un lui demande pourquoi le baptême au nom du Père, et du Fils, el du Saint-Esprit est bon des mains d'un hérétique et d'un faux pasteur, puisque le Fils de Dieu ne l'a conlic qu'aux apôtres el aux pasteurs véritables; et il répond que cela n'est de nulle importance, pourvu qu'on invoque les trois Personnes divines, qui est ce qu'il fallait prouver par l'Ecriture , ou reconnaître la nécessité de la Tradition; et aussitôt, sans apporter aucune preuve, il passe en trois mots à une autre chose. Je conclus donc avec raison qu'il n'a point de preuves, puisqu'il n'allègue pour toute preuve que sa décision. Mais le savant M. de la Roque , qui fait mine d'entrer plus avant dans la question , ne nous en dit pas davantage. Il s'agissait de produire quelque passage de l'Ecriture, pour montrer que le baptême donné par un hérélique, en la forme légitime, esl valide; au lieu d'en apporter du moins un seul, ce docte ministre nous parie du démêlé de saint Cyprien avec le pape saint Etienne, el des décisions du premier concile d'Arles, de celui de Nicée el de celui de Constantinople , el du baptême que Théodorel cl les évoques catholiques du royaume de Gondebaud donnèrent dans le cinquième siècle aux marcionites et aux ariens.

Que fait à la question cette érudition superflue, et qu'est-ce que ce ministre veut conclure de ces faits? Quoi? que l'ancienne Eglise tenait cette question pour indilTérente? Quand cela serait, qu'en reviendrait-il aux ministres? Ce n'est pas par l'autorité de l'Eglise, c'est par l'Ecriture seule qu'un ministre nous doit prouver que c'est une chose indifférente, parmi les chrétiens, de recevoir le baptême d'un vrai chrétien ou d'un hérétique, d'un fidèle ou d'un ennemi de l'Eglise, d'un faux ou d'un véritable pasteur. Ce ministre ne songe pas seulement à produire aucun passage de l'Ecriture. Pourquoi jeter en l'air tant de paroles, el faire accroire aux simples qu'on a répondu, à cause qu'on a beaucoup parlé?

Mais peut-être qu'il sera content de nous ôter la Tradition, comme nous lui ôtons l'Ecriture sainte? C'est fureur que de disputer de celle sorte , en ne nous laissant aucun moyen pour nous résoudre. Mais les ministres n'empêcheront pas qu'il ne soil vrai que nos Pères, dans cette célèbre difficulté, se sont résolus par la Tradition. C'est la Tradition que le pape saint Etienne soutenait, comme il parait par son décret. Saint Cyprien convenait de la Tradition; puisqu'il avouait que la coutume était contre lui, et qu'Agrippin son prédécesseur avait innové. Saint Augustin nous assure, en plusieurs endroits, que la coutume que saint Etienne o|)posait à saint Cyprien ne pouvait venir que de la tradition apostolique, el que cette tradition ne laissait pas que d'être véritable , quoiqu'elle n'eût pas encore été soutenue de toutes les preuves , ni affirmée par une expresse délinition de toute l'Eglise catholi(|ue. El cette tradition était si solide, que ceux qui l'avaient combattue , y revinrent d'eux-mêmes , en disant , au rapport de saint Jérôme : « Que tardons-nous da- » vanlage à suivre ce que nos ancêtres nous ont

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