‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 253 sur 631 · Alton., I.parl., ch. vi, p · texte numérisé non relu

Alton., I.parl., ch. vi, p

sous UNE ESPECE. — PREMIÈRE PARTIE.

» enseigné, et ce qu'ils ont appris des leurs'? » Ainsi, comme dit Vincent de Lérins-, il arriva dans cette, occasion, « comme il arrive dans toutes les s autres : l'antiquité fut reconnue et la nouveauté » fut rejetée. » Que s'il fallut des conciles, ce n'est pas comme le ministre semble l'inférer; ce n'est pas, dis-je, pour établir une chose nouvelle, mais pour déclarer et confirmer aulhentiquement la tradition ancienne. Et quand, après les conciles, on a rebaptisé les raarcionites et les ariens, c'est que ces marcionites et ces ariens s'éloignaient de la forme solennelle et toujours reçue dans l'Eglise, comme il serait aisé de le montrer; de sorte que la Tradition anéantissait autant leur baptême , qu'elle confirmait celui des hérétiques qui baptisaient selon la forme reçue. Que ceux qui méprisent cette Tradition nous rendent raison de leur foi ; qu'ils nous disent sur quoi ils se fondent pour accepter le baptême des hérétiques et des faux pasteurs, qui n'ont qu'une apparence de vocation. Quand je demande aux ministres sur quoi ils appuient cette tradition de leur Discipline, qui, pour valider le baptême , se contente de cette apparence de vocation, M. de la Roque croit me répondre, en disant, « que celle » expression désigne une vocation, qui, pour n'être » pas parfaite dans toutes ses parties, ne laisse pas j d'être suffisante pour l'administration du bapi> tème'. i> Mais ce n'était pas assez de le dire, il fallait le prouver par quelque passage. Il fallait , dis-je, prouver par quelques passages, qu'une vocation imparfaite et même trompeuse, telle qu'elle est dans les hérétiques déclarés, est suffisante pour administrer le sacrement de baptême , encore que Jésus-Christ n'en ait confié l'administration qu'à ses disciples véritables, et qu'il avait lui-même appelés. Allez, leur dit-il*, enseignez et baptisez. Mais je vois bien que ce que les ministres ont eu dans l'esprit, quand ils ont agréé le baptême donné par ceux qu'ils pensent hérétiques; c'est qu'en effet ils nous croient tels, hérétiques et pires qu'hérétiques, puisqu'ils nous croient idolâtres. Si donc ils avaient rejeté le baptême donné par ceux qu'ils rejettent comme hérétiques, ils seraient contraints d'avouer qu'ils ne seraient pas baptisés, eux dont les pères n'ont reçu que de nous le saint baptême. Les voilà donc encore une fois réduits à n'avoir aucune certitude de leur baptême, que sur la foi de la Tradition et sur le fondement de l'autorité de l'Eglise.

Mais avant que de sortir de cette matière du baptême , voyons encore ce qu'on répondra sur cette difficulté proposée dans le Traite' de la Communion'' : D'où vient que « le Fils de Dieu n'ayant » donné la charge d'administrer le baptême qu'aux «apôtres, c'est-à-dire, aux chefs du troupeau, » toute l'Eglise a entendu non-seulement que les » prêtres , mais encore les diacres , et même tous » les fidèles en cas de nécessité , étaient tous les » minisires de ce sacrement? » Se trouvera-t-il ici quelque passage de l'Ecriture, qui leur ait donné ce pouvoir? Il ne s'en trouvera aucun. C'est pourquoi M. de la Roque décide sans hésiter « que les > ministres du sacrement de Baptême, sont les seuls

1. Hier., Dial. adv. Lucif., totn. iv, col. 291 <;( 306. — 2. Vinc. Lirin. l. Comm., p. 331. — 3. La Roque, pag. 162. — 4. Malth., XîLvm. 19. — 5. Tr. de la Communion , p. 271.

» ministres de la parole , Jésus-Christ ayant joint » ces deux fonctions : instruisez les nations en les » baptisant; » d'où il infère « que les laïques et les » simples particuliers n'ont pas droit de baptiser, » comme on l'assure'. » Il fallait ici distinguer le droit ordinaire d'avec le cas de nécessité , où tout le monde était réputé ministre légitime du baptême. C'est aussi ce que nous avoue de bonne foi l'auteur de la seconde Réponse. « On demeure d'accord, » dit-il^, que pour conserver le bon ordre, et éviter » la confusion , c'est aux pasteurs à qui le peuple » et l'Eglise confient l'autorité du ministère, et celle 1) d'administrer seuls les sacrements de Jésus- » Christ; car dans la nécessité tout fidèle jouit de » ce môme droit. » Il a raison pour le baptême; la tradition l'a décidé sans aucune autorité de l'Ecriture, et je puis dire à cet égard q .e la Tradition est constante.

Ces remarques sur le baptême nous font voir dans un cas semblable ce qu'il faut croire de l'Eucharistie. Car si l'Eglise sutTit pour nous donner notre sûreté touchant l'un de ses sacrements , elle n'est pas moins forte à l'égard de l'autre. Voilà ce que nous concluons de ces arguments tant méprisés par nos adversaires , qu'ils appellent des arguments de missionnaires, de vieux arguments , des arguments rebattus. Mais loin que ces reproches en affaiblissent la force, ils servent à faire voir qu'il n'y a pas moyen d'y résister; puisque tous les protestants , après avoir eu le loisir d'y bien songer, depuis près d'un siècle qu'on les fait, ne savent encore qu'y répondre; et n'y peuvent rien opposer de solide, ni même s'accorder entre eux.

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