‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 271 sur 631 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La covimunion sous une ou sous deux espèces reconnue indifférente dans la Confession d'Augsbourg.

Mais l'cndroil le plus important que j'avais marqué est celui de la Confession d'Augsbourg , répété dans l'Apologie, que M. de la Roque traduit ainsi': « Nous excusons l'Eglise, qui a souiïert cette injus- » lice de ne recevoir qu'une espèce, ne pouvant » avoir les deux; mais nous n'excusons pas les au- » teurs de cette injustice, qui soutiennent qu'on » défend avec raison l'usage du sacrement entier. » Quelque beau tour que veuille donner M. de la Roque à ces paroles de la Confession d'Augsbourg, il en résulte toujours ce que j'en avais conclu^ : premièrement, que tout le parti luthérien, par la plus insigne absurdité qui fut jamais, distingue l'Eglise d'avec ses conducteurs , comme si les conducteurs n'étaient pas eux-mêmes, par l'institution de Jésus-Christ, une partie essentielle de l'Eglise; secondement, que ce que l'Eglise perdit ne pouvait pas être essentiel, puisqu'il ne peut jamais être excusable ni lolérable de recevoir les sacrements de qui que ce soit, contre l'essence de leur institution ; troisièmement, que c'est en vain qu'on appelle Eglise celle qui n'a pas les sacrements, dont la droite administration n'est pas moins essentielle à l'Eglise, que la pure prédication de la parole; d'où il s'ensuit, en quatrième lieu, que, de l'aveu manifeste de la Confession d'Augsbourg, et de tout le parti luthérien, lorsqu'il n'y aura plus d'autre obstacle à la réunion que la communion sous une espèce, les vrais fidèles seront excusables de s'en reposer sur leurs pasteurs, et de prendre l'Eucharistie comme on la leur donne.

M. de la Roque prend ensuite beaucoup de soin à me répondre sur ce que j'ai dit de Calixte; mais on n'a qu'à lire ce qu'il en dit lui-même' : on y trouvera ces mots de Calixte' : « qu'il ne faut pas ex- » dure du nombre des vrais chrétiens nos ancêtres » qui ont été privés de l'usage du calice, il y a plus » de cent cinquante ans , ni même tous les autres » qui en sont aujourd'hui privés par les raisons » que j'ai dites : » c'est-à-dire, qui en sont privés, même parmi nous, ne pouvant mieux faire. M. de la Roque eut voulu que j'eusse ici rapporté les raisons qui ont mu Calixte à parler ainsi; mais pour moi je n'avais que faire des raisonnements de Calixte : il me sufTisait d'avoir démontré ce fait constant : qu'un zélé défenseur de la prétendue évidence du précepte des deux espèces est enfin forcé de ranger au nombre des vrais fidèles ceux qui , malgré celte évidence, communient encore aujourd'hui sous une seule, ne pouvant pas mieux faire, c'est-à-dire manifestement les catholi(|ucs romains. Et puisque M. de la Roque trouve qu'il né pouvait parler plus judicieusement'^, et il en résultera toujours, de l'aveu de Calixte cl de M. de la Roque, que quelques raisons qu'ils aient eues de parler ainsi, ceux qui encore aujourd'hui communient avec nous sous une espèce n'ont rien à craindre devant Dieu , et sont mis par les ministres au nombre des vrais fidèles.

1. La Roq.. p. 285. —2. Traité de la Commun., p. 216 . — 3. La Roq.pag. 280. — 4. Calixl., de Comm., n. 200; Indic. de controv., n. 76; Ue concord. Ev., n. 4. — 5. La Roq,, pag. 287.

Et afin qu'on voie plus clairement ce sentiment de Calixte, que M. de la Roque a trouvé si judicieux, voici un des passages que j'avais produits d'un petit livre de cet auteur, qui a pour titre : Désir de la concorde ecclésiastique, imprimé à La Haye en 1651 '. « Ceux qui croient ce qui est nié par les » sociniens, et espèrent obtenir la rémission des " péchés, et la gloire éternelle, non par leurs pron près mérites, mais par la vertu et par le mérite » de la passion de .lésus-Christ , et qui mettent le » mérite et la mort de Jésus-Christ entre eux et la » colère de Dieu; qui, en outre, sont baptisés, et » reçoivent l'Eucharistie , comme on la leur donne , » et avec cela vivent bien, s'abslenanl des oeuvres » de la chair; il est certain qu'ils sont tenus de » Dieu pour ses enfants, et sont reçus à son héri- » tage céleste. » On voit bien ceux qu'il entend par ces mots ; Ceux qui reçoivent l' Eucharistie comme on la leur donne : c'est-à-dire, entre autres, ceux qui , comme nous , selon l'expression du même Calixte, communient encore aujourd'hui sous une espèce. Ceux-là donc ne sont pas exclus du royaume de Dieu; et loin d'être exclus, il est certain qu'ils y sont admis, pourvu que, menant d'ailleurs une sainte vie, ils mettent leur confiance, non dans leurs propres mérites, mais dans les mérites de Jésus-Christ. Reste donc à examiner si nous croyons avoir des propres mérites, nous qui, selon le concile de Trente, n'en connaissons point qui ne soient des dons de la grâce; et si nous mettons notre confiance enquelqu'autre qu'en Jésus-Christ, nous qui disons tous les jours dans la messe : « Nous vous » prions, Seigneur, de nous recevoir au nombre » de vos saints, non en pesant nos mérites, mais » en nous pardonnant par grâce , au nom de Notre » Seigneur Jésus-Christ. » C'est sur cela que nos convertis seront aisément satisfaits, du consentement des ministres; et, en attendant, il est constant que la communion sous une espèce ne les exclut pas du salut, de l'avis de Calixte même , un si ardent défenseur de la communion sous les deux espèces, et de M. de la Roque, qui a trouvé son sentiment si judicieux.

Toutes ces choses font voir que , malgré tout ce que nous disent les protestants sur la nécessité des deux espèces, ils sentent bien au fond de leur cœur qu'elle n'est pas si grande qu'ils le veulent dire , et qu'il y a plus de contention que de vérité dans leurs discours. Concluons donc enfin ce raisonnement; et pour montrer que cette matière peut être vidée sans de grandes discussions , et sans remuer beaucoup de livres, souvenons-nous que c'est chose avouée par nos adversaires, que la coutume de communier sous une espèce a passé sans contradiction : qu'elle avait de leur aveu duré trois cents ans, sans qu'on s'en fût plaint : que Pierre de Dresde fut le premier qui s'en ])laignit au commencement du quinzième siècle : que Luther et les luthériens, qui suivirent ce sentiment dans le sei-

I zième, ont trouvé de légitimes excuses, non-seulement à nos pères qui ont communié sous une espèce, mais encore à ceux qui y communient au-

j jourd'hui parmi nous : que les ministres calvinistes ont trouvé ce sentiment judicieux : que selon eux la nécessité de communier sous les deux espèces reçoit

Page 1