Anon., II. part., ch. l, p. 126. etc
2. Bossuet observe à la marge de soa manuscrit original, que si l'un veut examiner avec attention la lettre de saint Basile à Csesarius ou VHistoire lausiaque, on se convaincra que dans les déserts, et parmi les solitaires d'Egypte, il n'y avait point de prêtres. {Edit. de Paris.)
3. La Roque , pag. 176. — 4. Traité de la Commun., I. part., pog. 257. — ^. Ep. ccLxxxix. «une xciii ; tom. ni , p. IS6 et seq. — 6. La Roque, pag. 176. — 7. Anon., II. part., ch. v.p. 211.
DÉFENSE DE LA TRADITION SUR LA COMMUNION
si l'on peut, avec la moindre apparence, traiter d'abus une coutume si universellement approuvée des siècles les plus purs de l'Eglise, et par les hommes les plus éclairés et les plus saints. Il me suHil maintenant de faire observer que cet homme, qui nous apprend en tant d'endroits que l'on porte le vin comme les autres liqueurs iusquaujc, Indes Orientales et Occidentales' , voit bien que cette réponse n'a pas lieu en cette occasion , ni en beaucoup d'autres; puisqu'il est contraint d'avouer, « que les deux espèces ne se pouvaient pas si bien » ni si aisément garder dans la maison pour un long » temps; » d'où il conclut, » qu'il y avait une es- » pèce de nécessité dans ces communions domosti- »ques, qui ne permettait pas toujours l'usage du Il calice; du moins qu'elle pouvait se rencontrer )i assez souvent. » Qu'il apporte tant de correctifs qu'il lui plaira, il a vu enfin que les solitaires étaient dans ce cas et dans ces rencontres : il a vu, dis-je,que ces grands saints, qui communiaient si souvent, et venaient si peu à l'église pour y renouveler le vin consacré, ne l'emportaient guère (car il a fallu apporter ce petit tempérament à son aveu forcé), et se contentaient de l'espèce du pain. Cependant saint Basile décide, comme nous l'avons remarqué, « que leur communion n'était pas moins » sainte ni moins parfaite dans leur maison que » dans l'église, » et il assure que cette coutume était universelle dans toute l'Egypte, et même dans Ale.xandrie , où était le siège du patriarche. Et en effet, le grand saint Cyrille, qui a présidé dans ce siège quelque temps après, compte parmi les erreurs de quelques moines, qu'ils croyaient « que la » sanctification mystique ne servait plus de rien , » lorsqu'on réservait à un autre jour quelque chose » du sacrifice. » Ce sont, poursuit-il, « des insen- » ses; car Jésus-Christ ne s'altère pas, et son saint » corps n'est pas changé; mais la vertu de la béné- » diction, et sa grâce vivifiante y demeurent tou- » jours. » Je pourrais ici faire voir combien sont fortes ces paroles, pour montrer que Jésus-Christ même se trouve dans l'Eucharistie. Mais, afin de me renfermer dans la matière que je traite, je me contente d'observer deux choses : l'une, que ce grand homme traite d'insensés ceux qui croient que la consécration n'a qu'un effet passager dans la matière de l'Eucharistie; et l'autre, qu'il applique cette doctrine en particulier au corps de Jésus- Christ, parce que c'était le corps qu'on avait accoutumé de réserver. L'auteur de la seconde Réponse peut voir ici en passant, combien celte coutume, qu'il traite d'abus du sacrement , était approuvée. Elle ne l'était pas seulement en Orient. Une histoire de saint Benoit , rapportée par le pape saint Grégoire, nous fait voir que les moines d'Occident réservaient l'Eucharistie dans leur solitude , mais que c'était le corps seul , comme parmi les Orientaux; puisque deux fois en deux lignes il est parlé de la communion du corps de Notre Seigneur '^ , et en aucun endroit du sang.
Nous parlerons dans la suite de l'usage qu'on fit de ce sacré corps en le mettant sur un corps mort en signe de la communion que saint lîenoit voulait bien avoir avec ce défunt. Il ne s'agit ici que de la coutume de la réserve, suivie par saint Benoit, et
1. Pag. 115. — 2. Dial., lib. ii, c. xxiv ; lom. u, col. 255 et seq.
approuvée par saint Grégoire'. Nous en voyons encore la continuation aussi bien qu'une approbation authentique au commencement du dixième siècle, dans la vie de saint Luc le jeune^. Cet admirable solitaire « consulta son évèque de la manière dont » les solitaires, qui n'ont point de prêtres, doivent » recevoir les saints mystères. » L'évèque lui fit cette réponse : « Premièrement, dit-il, il faut tâcher » d'avoir un prêtre : que si cela ne se peut, lors- » qu'il y a un oratoire, il faut mettre sur la table » ou sur l'autel le vaisseau des présanctifiés (c'est- » à-dire, des dons déjà consacrés); et si l'on est » dans sa cellule, un banc très-propre : ensuite, » après avoir étendu un linge, vous mettrez dessus » les sacrées parcelles, et en brûlant de l'encens » vous chanterez des psaumes et l'hymne trois fois » SAINT, avec le Symbole de la foi, (c'est-à-dire une » partie des prières qu'on disait dans le sacrifice ,) » et après avoir adoré avec trois génuflexions, vous » tiendrez la main resserrée (de peur de laisser » tomber le don précieux), et vous prendrez dans » votre bouche le corps précieux de Jésus-Christ » notre Dieu , en disant ; amen; et au lieu de la » liqueur sacrée , vous boirez du vin , et le calice » que vous emploierez à ce ministère , ne servira «jamais à un usage profane; enfin vous ramas- » serez dans le linge les autres parcelles, prenant » soigneusement garde qu'il ne tombe à terre quel- » que marguerite ou quelque perle, c'est-à-dire, » quelque parcelle du corps de Notre Seigneur. » C'est ainsi que les Grecs appellent encore les morceaux du corps précieux. M. de la Roque a vu ce passage dans son Histoire de l'Eucharistie^, et il se tire, comme il peut, de l'adoration et de tout le culte que ce saint moine rendait à Jésus-Christ présent. Mais ce qui fait à notre sujet, c'est qu'on y voit clairement, selon la Tradition des siècles précédents, que les solitaires ne réservaient qu'une seule espèce, ne communiaient que sous une seule espèce, n'employaient ensuite le vin que par forme d'ablution comme nous, et que la coupe qu'on employait à cet usage, encore qu'elle ne servit qu'indirectement à l'Eucharistie, cessait d'être profane, tant il y a de sainteté dans ce mystère, et tant il en rejaillit , pour ainsi dire , de tous côtés.
Le même M. de la Roque récite dans ce même lieu quelques mots de l'histoire de sainte Théoctiste, sainte solitaire, qui vivait au commencement du dixième siècle. Mais je veux bien ici transcrire le passage entier. Celui qui raconte cette histoire rapporte, que l'ayant rencontrée dans une solitude de l'ile de Crète, « elle le pria de lui apporter l'année » suivante, quand il y ferait un voyage, un des dons » immaculés du corps de Notre Seigneur Jésus- » Christ ■*; » c'est qu'on le divisait en certains morceaux, qu'on appelait dons. « Je passai, poursuit-il, » dans l'ile, ayant pris dans une boite une partie » de la divine chair de Notre Seigneur pour la por- )i ter à la bienheureuse. Aussitôt que je la vis, je 1) me jetai à terre; mais elle me dit, gardez-vous-en » bien, puisque vous portez le don divin. Apres » qu'elle m'eut relevé, je tirai la boite avec la chair », de Notre Seigneur. Alors s'étant prosternée sur
1. Aucluar., Blbl. Pal. Combr/is, tom. ii, p. 9S6.— 2 Bolland., t. II, februar., p. 92. — 3. Ln Roq.. II. part., ch. iv, p. 540. — 4. Apud. Metaph., vita S. Theoclislce , c. xiii; Sur., 10 ..Vo».. l cap. XIII. XIX.
sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.
» la terre, elle prit le don divin, et s'écria : Oh! 1) Seigneur! laissez maintenant aller en paix voire » servante, puisque mes yeux ont vu le Sauveur » que vous nous avez donné. » Lorsque M. de la Roque ramassait ces choses dans son Histoire de l'Eucharistie, il ne songeait qu'à se débarrasser de l'adoration que ces saints rendaient à l'Eucharistie; mais au reste il croyait encore que la communion domestique, surtout celle des solitaires, se faisait sous une espèce ; s'il eût songé à tous ces exemples, quand il a fait sa Réponse au Traité de la Communion sous les deux espèces, il ne se serait pas dédit. Pour l'auteur de la seconde Réponse, je ne pense pas à présent qu'il se repente d'avoir avoué, quoiqu'avec peine, que les solitaires ne pouvaient guère emporter qu'une seule espèce, et s'il retranche quelque chose dans son expression, ce ne sera que le guère.