CHAPITRE VIII
Pourquoi l'on a fait la réserve de l'Eucharistie plutôt sous l'espèce du pain que sous celle du vin ; que les solitaires ne recevaient que l'espèce du pain.
Pour le fait, j'avais dit d'abord que la nature même parle pour nous. Puisqu'il a plu au Fils de
1. Hisl. de l'Eglise , pag. 518. — 2. Aub., lib. n, pag. 342, 442. — 3. Hist. de l'Eucharistie, I, part., c. xir, pag. 154. — 4. La Roq., I. part , pag. 132, 133 et suiv. — 5. Hisl. de VEucharistie, [ . part., c. xil, 2^^9' 159. — 6. La Roq., I. part., ch. vi, pag. 161,
Dieu de nous cacher son mystère, et que pour cette raison, il a voulu que les espèces sous lesquelles il nous a donné son corps et son sang souffrissent les mêmes altérations que s'il ne s'y était rien fait de surnaturel , il est clair que pour réserver l'Eucharistie il fallait le faire sous l'espèce qui se conserve avec plus de facilité, c'est-à-dire sous celle du pain, et non pas sous celle du vin qui s'altère aisément. Ces messieurs méprisent beaucoup cette remarque; et l'auteur de la seconde Réponse répèle souvent, qu'on porte le vin comme les autres liqueurs jusqu'aux extrémités de la terre ' ; comme s'il s'agissait ici d'une liqueur que l'on conservât dans un vaisseau toujours fermé. Pour M. de la Roque, il soutient que tout, jusqu'aux solitaires, qui vivaient sans prêtres^ dans le désert, et qui , pour communier tous les jours , réservaient l'Eucharistie souvent d'une Pâque à l'autre , la réservaient et la recevaient sous les deux espèces^. J'ai remarqué que ces hommes merveilleux ne venaient à l'église qu'aux solennités principales ■*. Il n'était donc pas possible que l'espèce se conservât aussi longtemps qu'il eût fallu pour leur communion; puisque, loin de tenir leurs vaisseaux fermés pour conserver ce breuvage céleste, il les eut fallu tous les jours ouvrir pour le consumer goutte à goutte. Aussi nous avons vu que saint Basile , dans la célèbre Epitre à Cœsarius , où il expose ce que ces saints hommes emportaient de l'Eglise dans le désert pour communier, ne parle que de ce qu'on mettait à la main pour le porter à la bouche ^, c'est-à-dire , sans difficulté, la partie solide du sacrement, et que pour exprimer la parcelle qu'ils réservaient, il se sert du mot grec iJiEpiç , qui est toujours attribué aux choses solides. On sait aussi que ce mot [AspiSe;, encore à présent, est consacré parmi les Grecs, pour signifier les parties dans lesquelles on divise le corps précieux , ou les particules qui en restent sur la patène; de sorte qu'il serait aussi absurde d'entendre dans saint Basile , ce mot ttepiç , des choses liquides, que si nous disions en français, qu'on prend un morceau de vin ou de quelque autre liqueur. Cependant ce ministre s'obstine à dire , qu'il a bien vérifié, que dans ce passage de saint Basile, « on peut appliquer la partie ou la portion de la » communion dont parle ce Père, à l'une et à l'au- 1) tre espèce^. » Il l'en faut croire sur sa parole; car cet homme, si curieux partout ailleurs à établir la signification des mots par des exemples, n'en rapporte ici aucun , pour prouver celle qu'il attribue au mot grec de saint Basile, et ne laisse pas de soutenir, malgré toute la suite des paroles de ce Père, que ces serviteurs de Dieu usaient des deux parties du saint sacrement. L'auteur de la seconde Réponse , persuadé de mes raisons nous fera plus de justice ; « Je crois bien, dit-il ', que les solitai- » res ne gardaient guère que le pain sacré; mais je » dis, en même temps, que celle coutume était un » abus du sacrement. » Nous verrons en son lieu