‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 291 sur 631 · Spicil., t. v,pag · texte numérisé non relu

Spicil., t. v,pag

DEFENSE DE I,A TRADITION SUR LA COMMUNION

pies de Sérapioii cl de saiiil Ainliroisc, puiir iic \yAS parler encore des autres preuves que nous trouverons cuire deux. Quand mes adversaires no verraienl ici que des preuves du neuvième siècle el des environs, elles seraient plus que suflisantcs pour leur découvrir leur erreur. Nous les avons vus triompher sur ce grand nombre d'exemples qu'ils nous onl produits de malades communies sous les deux espèces. Mais comme la plupart de ces exemples sont du neuvième siècle, ou des environs, si l'on est forcé d'avouer que dans ce siècle on gardait l'Eucharistie sous une espèce pour le commun des malades, il paraîtra plus clair que le jour, que ces communions sous les deux espèces, qu'ils font tant valoir, ne regardaient pas les malades en général , mais seulement ceux d'entre eux qui pouvaient communier à l'heure du sacrifice, selon la remarque que nous en avons faite.

Et pour appliquer cette réponse à quelques exemples particuliers, on nous ajiporte un décret du concile de Reims, tenu sous Hincmar, en l'an 87'J, où il est dit de certains incestueux, que s'ils se repentent de leurs crimes, on leur donnera la communion du corps el du sang de Jésus-Christ' . Cela montre qu'en certains cas on pouvait donner l'un et l'autre, ce qu'on ne conteste pas; mais qu'en d'autres cas on ne donnât que le corps seul, la réserve, que le même Hincmar el d'autres conciles de Reiras ordonnaient pour les malades, ne permet pas d'en douter.

Il faut dire la même chose de l'exemple qu'on nous produit du saint homme Pierre de Damien*. Il raconte qu'un prêtre do Curaes, « ayant porté » l'Eucharistie à un malade, laissa dans le calice B un peu du sang de Notre Seigneur, et que l'ayant » remarqué étant de retour à l'église, il ne le vou- » lut pas boire ; mais qu'il lava le calice, el qu'on » vil paraître deux grosses goultes de sang dans le » vaisseau où il jeta la liqueur'. « Gela prouve qu'encore dans le onzième siècle on communiait les malades sous les deux espèces. Qui en doute pour le matin , et à l'heure du sacrifice, comme il parait dans cette occasion, où le prêtre est repris de n'avoir pas avale les précieuses goultes qui restaient dans le calice, ce que la coutume constante de l'Eglise ne lui aurait pas permis après le repas; mais que de là il s'ensuive qu'en d'autres heures et en d'autres cas, on ne communiât pas les malades avec le pain seul réservé exprès, il n'y a pas moyen de le soutenir, sans combattre la coutume constante de ce siècle, et la propre autorité de Pierre de Damien.

On trouve en effet un opuscule du même auteur*, où il traile de la négligence des prêtres, et où ce grave censeur les reprend « de conserver trop long- » temps, et juscju'à devenir ntoisi, le pain qu'on » doit changer en hosties salutaires, el de ne pas » consumer le mystère même tous les liuir jours; » mais de le réserver souvent im mois entier. » Et dans un autre opuscule^, il marque assez ce qu'on réservait; puisqu'il raconte qu'après un long temps, on ne trouva « dans la boite que de la vraie el so- » lide chair, qui fut vue de tout le monde; » de

I. La Roq..pttg. 74; Suppl. Conc. Gall., pag. 297; Labb., tom. IX , Conc, col. 33fi. — 2. La lio/j., pag. 76; Anon., pag. 165. — 3. Lili. VI, Kp. XXI. — 4. Ojjusc. 2fl. — 5. Opusc. 47.

même qu'il nous a fait voir miraculeusement tliangces en sang les gouttes de vin consacré, restées dans le calice du prêtre de Cumes.

Pour les anciennes coutumes de Cluny, recueillies par saint Udalric, il y a bien six cents ans, par lesquelles il est constant que les moines de ce monastère célèbre par toute la terre ne communiaient à la mort que sous une espèce'; M. de la Roque nous répond, qu'il n'approuve pas cette coutume, et qu'en tout cas elle ne fait rien pour la communion sous une espèce , à cause que ces moines la détrempaient dans du vin commun, qui était consacré par ce mélange, selon que le croyaient, dil-il-, les anciens chrétiens grecs et latins. Nous détruirons ailleurs celle chimère, d'une manière, s'il plait il Dieu, qui ne souffrira aucune repartie, mais nous disons, en attendant, qu'il n'en parait rien dans ces coutumes de Cluny : qu'il y parait au contraire, que ce vin commun qu'on donnait au malade , n'étail que pour lui aider à avaler le pain sacré; et enfin qu'il est constant, par ces coutumes, que dans un si célèbre monastère on ne réservait que le corps pour les malades.

Pour l'auteur de la seconde Réponse, il répond', que « depuis rétablissement de l'erreur de la trans- » subslantiation , ces moines ont accommodé leurs » coutumes à l'abus autorisé dans l'Eglise, » en renonçant, comme il le prétend, à l'ancienne discipline de l'Ordre de saint Renoit, dont ils sont une branche. Pour la môme raison, il fait peu de cas des conciles que nous produisons du onzième siècle et des suivants^, et des précautions qu'on y prescrit pour garder le corps , sans jamais parler de celles qu'il aurait fallu avoir beaucoup plus grandes pour garder le sang précieux. Mais, si M. de la Roque croit la réserve du pain seul une suite de la trans- ! substanlialion, et qu'il soit forcé de la reconnaître j dès le temps où il trouvera cette réserve , nous la I lui avons fait voir dès l'origine du christianisme : i ainsi la transsubstantiation ne sera pas de plus frai- 1 che dale. El quant à ce que dit ce même ministre', qu'on ne parlait pas des précautions pour garder le , sang, quoique renfermé sous une espèce plus capable d'altération, « à cause, dit-il, qu'il y a appa- I » rence qu'à chaque fois qu'on communiait publi- » quement, on renouvelait l'espèce du sang; » c'est 1 ce qu'il y a de merveilleux, qu'on n'en trouve jamais rien, et que malgré tant d'ordonnances et tant ; de passages pour la réserve du corps, sans qu'on I entende jamais parler de celle du sang, on veuille ' nous persuader qu'on réservait également l'un et l'aulre.

Il faudrait encore dire un mot de la tradition de l'Eglise grecque, où il est constant que l'on ne consacre l'Eucharistie pour les malades, que le jeudi saint sous la seule espèce du |)ain; el que le pain , consacré à ce saint jour, sert |)our toute l'année. Cette coutume n'est pas contestée par nos adversaires". Aussi est-elle indubitable, et dès le septième siècle, nous avons vu quelque chose de sendjlable dans Jean Moschus, où il paraît que l'on donnait le pain consacré à tous les fidèles, pour le garder d'un jeudi saint à l'autre. Tout ce qu'on peut dire ici ,

1. Traiié de la Communion, p. 251 ; Antiq. Cons. Clun.. lib. III, p. 28 , tnjii. IV; Spicil.. p. 217. — 2. L'i Roq., p. 105 et st-y.

— 3. Anon., p. I6S. — 4. Traité d'' ta Communion , p. 251 eC suiv.

— 5. La Hoi.,p. 1S9. — 6. La Koq.,p. 57.

sous UNE ESPECE.

SECONDE PARTIE

c'est que les Grecs mettcnl à présent quelques gouttes du sang précieu.x en forme de croi.x sur le pain sacré; mais on n'a pas répondu, ni on ne peut répondre à ce que j'ai dit, qu'outre que ce n'est pas donner à boire le sang de Notre Seigneur, comme on prétend qu'il l'a commandé, ni marquer la séparation du corps et du sang, qui est le principal fondement de nos réformés pour la nécessité des deux espèces, on voit assez qu'au bout d'un an il ne reste rien de ces gouttes, ni autre chose pour le malade que la seule partie solide du saint sacrement.

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