‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 302 sur 631 · La Roq., par · texte numérisé non relu

La Roq., par

sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.

Pour en être convaincu, il ne faut que lire ces mots d'une lettre du pape Pelage II à saint Grégoire, alors diacre, pendant qu'il faisait à Gonstantinople et auprès de l'empereur, les affaires de l'Eglise. Il Hâtez-vous, dit-il', de nous envoyer le prèlre , 1) parce qu'il est très-nécessaire à voire monastère » et à l'ouvrage que nous lui avons commis. » Tous les doctes sont d'accord qu'il lui parle du prêtre Maximien, et le rapport de cette lettre du pape Pelage, avec l'endroit des Dialogues de saint Grégoire dont il s'agit , ne permet pas d'en douter. Il parait, dans les Dialogues, que Maximien, qui était Père du monastère qu'il avait à Rome, l'était venu visiter à Gonstantinople, pendant qu'il y résidait par l'ordre du pape Pelage II , son prédécesseur. Il parait, par la lettre de Pelage, que ce pape rappelait Maximien pour les affaires du monastère dont il était le Père; et il parait enlln, par les Dialogues de saint Grégoire, qu'en elïet ii retournait à ce monastère, où saint Grégoire le renvoyait selon l'ordre qu'il en avait reçu. C'est donc alors qu'il fut accueilli de la tempête, où arriva le miracle dont nous avons vu le récit. Il ne faut plus contester que Maximien ne fut prêtre, et l'argument de nos adversaires s'en va en fumée.

Car de répliquer maintenant , avec M. de la Roque, que quand Maximien aurait été prêtre, « il n'y a point d'apparence qu'il eût osé célébrer » les divins mystères en un lieu non consacré , et » qui pis est, dans la mer^, » où Thomas Veldensis et Cassander, assurent qu'il n'était pas permis de le faire; c'est, sur la foi des deux auteurs du siècle passé, décider trop hardiment de la pratique du siècle de saint Grégoire; et pour démontrer la fausseté des conjectures de ce ministre, aurait-il trouvé de l'inconvénient à la célébration des mystères dans un lieu non consacré^, s'il avait seulement songé à ce qu'il a remarqué lui-même , qu'on célébrait les sacrements chez les malades, comme nous l'apprenons d'Ahyton, évêque de Belle, afin de leur donner la consolation de mourir avec ce divin Viatique? Pourquoi dans une semblable nécessité n'aurait-on pas célébré pour nos voyageurs? Et si l'on veut des exemples plus anciens , on verra dans Théodoref*, que , pour donner la consolation à un solitaire d'assister aux divins mystères, ce saint évoque les célébra en sa présence et dans sa cellule, ayant pour tout autel les mains de ses diacres; et plus haut, nous trouverons dans saint Augustin, que ses prêtres offrirent le saint sacrifice dans une maison particulière , pour la délivrer de l'infestation des malins esprits; et plus haut encore, le diacre Paulin nous fait voir saint Ambroise , son évêque, da7is la maison d'une femme de qualité , pour y offrir le sacrifice^. On voit dans saint Grégoire de Tours, contemporain de saint Grégoire, pape, que les prêtres portaient dans les voyages les vaisseaux sacrés; témoin le prêtre Maxime, qui passant la Saône, futjeléparla tempête dans la rivière, ai/a/U à son cou, avec le livre de l'Evangile , le ministère quotidien^; c'est-à-dire, une petite patène, avec un calice. M. de la Roque, qui a rapporté ce passage, n'a-t-il pas vu dans celle petite patène , un

I. Pehig. II, Ep. III. ad Greq. Diac. — 2. La Roq., p. 164. — 3. Pa(j. 213. — 4. Vid. Hist. Reliij. Edit. Sirm. — 5. Vitn Ambi: per Paul, c. iv. — 6. Lib. de Glor. Confes., c. xxii.

vaisseau portatif et accommodé à l'usage des voyageurs? Pourquoi ce prêtre est-il si soigneux de porter sur lui tous les instruments du sacrifice, si ce n'est pour le célébrer durant le voyage dans les lieux où il n'y aurait point d'église , puisqu'il aurait trouvé dans les églises tout ce qui lui eût été nécessaire? C'est à cela que servaient , dès le huitième ou neuvième siècle, ces tables d'autels consacrées, que nous appelons autels portatifs, tabules itinerariœ , tabulœ altaris consacratœ , que l'on avait pour célébrer dessus le saint sacrifice , nonseulement, dans les chapelles , mais encore à l'air, ou sous les tentes' . Je ne trouve, dans tout le droit, aucune défense d'en faire autant sur la mer, loin qu'on en trouve les moindres vestiges dans le siècle de saint Grégoire et dans les siècles suivants. Qu'est-ce donc qui eut pu empêcher Maximien de dire la messe tous les jours , comme c'était constamment alors la coutume des saints évêques et des saints prêtres , ou si on aime mieux de cette sorte, quand il se vit menacé de la tempête? L'heure y convient, et la communion fait voir qu'on était à jeun. L'on se souvient de ce que nous avons vu dans saint Ambroise', de saint Satyre son frère. On trouvera dans une tempête le corps de Notre Seigneur, mais le corps seul, que saint Satyre, encore catéchumène, demanda aux fidèles. Il n'est point parlé de prêtres; mais seulement de ceux que Satyre connaissait pour initiés. Aussi n'y voit-on que le corps; au lieu qu'ici, où il est constant qu'il y avait un prêtre, on voit le corps et le sang. D'où vient cette ditTérence , si ce n'est de la consécration qu'on en avait faite, et de la célébration du sacrilice?

Et il faut bien que M. de la Roque l'avoue avec nous, s'il ne veut se démentir lui-même. Car lorsqu'il recherche dans l'antiquité, le commencement de la réserve de l'Eucharistie , il déclare qu'il ne la trouve pas daris les six premiers siècles^, ni avant la fin du septième. Je remarque, dit-il, tiers la fin du septième siècle , quelques acheminements à la réserve de l'Eucharistie. Voilà donc le commencement vers la fin du septième siècle, encore n'était-ce qu'un simple acheminement. Or saint Grégoire est mort en l'an 605, au commencement du septième siècle; lorsque, selon le ministre, il n'y avait pas même de disposition ni d'acheminement à la réserve. Il y en avait encore moins durant son pontificat, qui a duré treize ans et demi , et sur la fin du siècle , où ce miracle arriva , saint Grégoire n'étant que diacre. Par conséquent cette communion ne se put faire, selon ce ministre , de l'Eucharistie réservée ; et il faut nécessairement qu'on ait célébré la sacrifice pour la consacrer, ce que ce ministre nie avec tant d'effort.

Ainsi de quatre témoins qu'on nous produisait pour la réserve ordinaire du corps et du sang , en voilà d'abord deux inutiles. Les deux autres ne sont pas plus forts; l'un est saint Grégoire de Nazianze, et l'autre est le prétendu Amphilochius dans la Vie de saint Basile. Dans le passage de saint Grégoire de Nazianze, on voit que sa sœur sainte Gorgonie , affligée d'une maladie inconnue aux médecins , « se

1. Conc. Trib., c. IV Mabil. de LU. Gai., c n. 78, 79. — 2. De obit. Salyr.

in Decr.y part. III. Dist. i, cap. xxx;

VIII, n. 7; Vid. ejus Prœfat., sœc. m,

loco sup. cit. — 3. La Roq.,

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