‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 303 sur 631 · iG · texte numérisé non relu

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DKFHNSE DE LA TliADITlON SUR LA COMMUNION

» jeta au pied rlc l'autcL Là, dil-iP, après qu'elle » eut oint son corps du remède qu'elle avait en sa » puissance; et si sa main avait quelque part gardé » quelque chose des symboles du corps ou du sang, » après l'avoir mêlé avec ses larmes, elle se sentit » tout à fait guérie. » Voilà donc le corps ou le sang en la puissance de cette sainte vierge, et le voici dans l'autre passage en la puissance d'un Juif, qui, s'olant niélc parmi les lidèles, selon le prétendu Ampliilochius, reçut de la main de saint Basile le corps el le sang de Notre Seigneur, et emporta dans sa maison les restes de l'un et de l'autre-.

Il est certain que nos adversaires n'ont rien de plus apparent que ces deux passages; mais ni l'un ni l'autre ne conclut pour la réserve ordinaire des deux espèces, comme choses inséparables. Le premier, parce qu'on ne lit pas, dans saint Grégoire de Nazianze, que sa sœur eût réservé les symboles du corps el du sang, comme choses qu'on réservât toujours ensemble; mais les sijmboles du corps ou du sang , comme ne sachant lequel des deux elle avait gardé, à cause que la coutume n'était pas de les garder l'un et l'autre, ou enlin parce que c'était une chose libre.

L'anonyme trouve fort mauvais qu'on lui enlève un passage qu'il trouve si clair, parla seule remarque qu'on fait que saint Grégoire de Nazianze a dit le corps ou le sang. « Misérable défaite, dit-il', pour » un docteur, qui ne peut ignorer que la particule » grecque est employée une inlinité de fois au lieu » de la conjonction. » Et moi je dis au contraire, et plus raisonnablement : misérable instance pour un docteur; puisqu'il ne peut ignorer que la particule grecque signilic naturellement notre ou français, et l'alternative qui y est jointe : que cette signiîication est la propre et la véritable, et plus régulière sans comparaison, et plus commune que l'autre, quelque inlinité qu'on lui attribue; et qu'elle est si naturelle en ce lieu, qu'elle saute, pour ainsi dire, aux yeux de ceux qui le lisent; étant clair, jjar la suite des paroles mômes, que saint Grégoire de Nazianze, en mettant, non pas le corps et le sang, comme il serait naturel, si la réserve en était inséparable, mais de dessein, le corps ou le sang , veut exprimer une chose libre el indiltérenle, c'est-à-dire, qui pouvait cire aussi bien d'une façon que d'une autre, sans qu'il importât en rien de s'en informer davantage.

Quoi qu'il en soit, quel secours peuvent espérer nos adversaires d'un passage qui ne conclut rien en le prenant dans sa propre el naturelle signification, ou plulùl qui, pris en ce sens, conclut contre eux? Ainsi , de quatre passages dont ils font leur fort , il ne leur reste plus que celui du prétendu Ampliilochius , qui va leur échapper comme les autres; puisqu'on y voit clairement, que si ce Juif enq)orla le corps et le sang, ce fut pour une raison particulière. Il ne faut que lire le passage de cet auteur, quel qu'il soit ; « Un Juif, dit-iM, se mêla parmi » les lidèles, pour voir l'ordre du ministère sacré, » et le don de la communion. Il vit entre les mains 1) de saint Basile un petit enfant, dont on partageait » les membres. Après (jue tout le monde en eût » pris, il s'approcha comme les autres; et ce qu'on

1. Greg.Naz.yOrat. xi in Gorq.sor. —3. ViCa Basil., cnp. TU. — 3. Anon.,p. a21. — 4. Vil. S. lias, per .\mphil., c. \u.

» lui donna était de la vraie chair. Il vint au calice, » qui était aussi plein de sang, et il y participa; et » ayant gardé les restes de l'un et de l'autre, il » retourna dans sa maison , pour les montrer à sa » femme, qu'il voulait convaincre par ce moyen, et » lui raconta ce qu'il avait vu de ses yeux. » La suite de l'histoire amène ce Juif, avec toute sa famille, à saint Basile, pour tous ensemble être baptisés de sa main. On voit donc qu'il y a ici une raison particulière de conlier les deux espèces à ce Juif; puisqu'il voulait s'en servir à convaincre sa femme d'un miracle qui la devait convertir.

Au reste, on n'a jamais prétendu qu'en soi il y eût plus de difficulté de conlier aux lidèles une des espèces que l'autre. « Car aussi, comme je l'ai dit » dans le Traité de la Communion', pourquoi refu- » ser aux fidèles le sang de Notre Seigneur s'ils le » demandaient, et croire que le corps sacré qu'on » confiait, fut plus ou moins précieux? » Je ne doute donc nullement qu'on ne confiât le sang, comme le corps , à ceux qui avaient la dévotion, ou quelque raison particulière de le désirer. Telle était apparemment sainte Gorgonie, sœur de saint Grégoire de Nazianze. L'espérance qu'elle avait conçue de se guérir des inllammations, dont son corps était tout rempli, en le frottant de la sainte Eucharistie, lui avait pu faire désirer l'espèce liquitlc, qui paraissait plus propre à cet usage. On voit bien aussi que ce Juif, qui vit un si grand prodige dans les deux espèces , dut les désirer toutes deux pour les porter à sa femme, et la convaincre par ses propres yeux. Mais que ce fiit la coutume de les emporter toujours avec soi, ou ce qui est plus, de les réserver, soit dans l'église, soit dans les maisons particulières , un temps tant soit peu considérable , il faudrait plus de deux exemples, et il les faudrait du moins dans des occasions moins particulières, pour le prouver; vu môme que nous avons tant de preuves du contraire.

M. de la lîoquc objecte-, que « si on ne refusait » pas aux lidèles l'espèce du vin pour l'emporter » avec eux, s'ils la demandaient, on n'en craignait » pas la corruption, puisqu'on ne pouvait pas pré- )) voir combien do temps ils la garderaient : » comme si l'on n'eût pas pu leur prescrire,ce qu'ils auraient à en faire , ou que la coutume établie de ne la garder que très-peu de temps, et la crainte de laisser corrompre ce qui leur était donné pour leur satisfaction, n'eût pas été pour eux, sans qu'on leur dit rien, une instruction sulTisante.

Ce qu'ajoute ce ministre est admirable : « On « ignorait, dit-il, alors la maxime de M. de Meaux, » que la nature môme résistait à cette garde. » Sans doute, c'est une invention des derniers siècles, que le pain se garde plus aisément et plus longtemps que le vin; les anciens ne le savaient pas, ni que le vin s'aigrit dans une fiole, quand, pour en prendre tous les jours, on est contraint de le laisser éventer. ()r comme il a plu à Notre Seigneur d'attacher son sang à cette espèce si capable d'altération, il fallait bien, malgré qu'on en eût, suivre la nature à laquelle le Fils de Dieu ne dédaignait |ias d'assujétir son mystère. Ainsi l'on ne réservait ordinairement, el pour un temps tant soit peu considôralile, que l'espèce qu'on pouvait réscr-

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