‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 310 sur 631 · La Roq.,paij. S · texte numérisé non relu

La Roq.,paij. S

B. — T. IV

mation du fondement principal de notre doctrine , qui est que la manière de communier ne dépend pas si précisément de ce qu'on voit dans l'institution de l'Eucharistie, qu'il ne faille y joindre nécessairement l'interprétation de l'Eglise, ainsi qu'il a été dit tant de fois.

Cinquièmement, il parait que ce canon ne regarde pas l'usage d'une seule espèce, mais la formule dont on usait en la donnant; puisque, comme nous venons de le voir dans le Sacramen taire du Père Menard, en donnant la communion du corps, on disait ; Le corps et le sang vous gardent, etc.

Pour bien entendre ceci, il faut remarquer, en sixième lieu , qu'on peut exprimer le corps et le sang en deux manières; ou pour marquer leur liaison inséparable, tant en suljstance qu'en vertu, qui est ce qu'on appelle concomitance; ou pour dénoter ce que chaque espèce contient spécialement et en vertu de l'institution.

De là il parait, en septième lieu, que lorsqu'en ne donnant qu'une seule espèce on exprimait le corps et le sang , la formule se vérifiait seulement en un certain sens, qui était celui de la concomitance, qu'on peut appeler le sens matériel; mais que lorsqu'on donnait les deux , elle se vérifiait en tout sens , même dans le sens formel : et c'est ce que les Pères du concile ont eu en vue.

D'où il s'ensuit, en huitième lieu, qu'ils ne songeaient pas à condamner la réserve et la communion sous une espèce, usitée jusqu'alors en tant de manières; mais seulement à vérifier, dans un sens plus formel et plus exprès, la formule dont on usait en la donnant aux malades.

Reste une difficulté : comment ils croyaient pouvoir vérifier cette formule dans ce sens formel et exprès; puisqu'enfin au bout de trois jours, et encore plus au bout de huit, la liqueur devait être desséchée. Mais il est aisé de répondre que c'est aussi en cela qu'ils se trompaient, et c'est aussi pourquoi leur canon est demeuré sans observance.

En elTet, comme avant ce temps on ne trouve dans aucun canon, dans aucune décrétale , dans aucun auteur ecclésiastique, rien de semblable à la disposition de ce concile, on ne trouve rien non plus dans les siècles suivants qui y ressemble, si ce n'est peut-être parmi les Grecs; mais seulement depuis le schisme, comme nous l'avons démontré'; c'est-à-dire, longtemps après ce canon de Tours. En un mot, devant et après, on trouve toujours le corps réservé sans aucune mention du sang, ou séparément, ou dans le mélange même. Ce concile de Tours doit avoir été peu célèbre; puisqu'on n'en a pas recueilli les autres canons, qu'on ne lui a pas donné rang parmi les autres conciles tenu en cette ville, et qu'on ne trouve nulle exécution de ce seul canon qui en reste, en ce qu'il a de particulier. Que si les compilateurs le mettent parmi les autres, ou c'est seulement pour confirmer la réserve de l'Eucharistie en général pour les malades , ou c'est un elTel du peu de choix qu'ils font souvent des canons dans leurs recueils. Quoi qu'il en soit, un seul canon d'un concile obscur ne détruira pas tous les autres, ni toute la suite de la Tradition, où nous voyons constamment dès l'origine du christianisme, et la réserve et l'usage d'une seule espèce, sans

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