‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 315 sur 631 · La Roq., p 150. — 2 Idem, p. 151. — .3. Ihid., p · texte numérisé non relu

La Roq., p 150. — 2 Idem, p. 151. — .3. Ihid., p

pain , comme il aurait du arriver, en cas qu'elle l'eiil reçu , c'est aussi par là que saint Cyprien aurait dû commencer l'histoire, et il faudrait nous rendre raison d'où vient qu'il ne le fait pas. Au lieu de nous dire enfin celte raison , le ministre conclut ainsi. « Cependant M. de Meaux ne disconvien- » dra pas que les fidèles n'eussent reçu le pain » avant que de iiarliciper à la coupe. Il n'en saurait )) donc disconvenir à l'égard de l'enfant, bien qu'il )) n'ait fait les elTorls qu'on représente que quand » on lui présenta le calice. » Voilà le fait bien avoué. Il est constant que l'enfant ne fit ses efforts qu'au calice. Elle n'avait donc pas reçu le pain;

j car alors de semblables elTorts fussent arrivés ; et quand on veut faire accroire qu'à cause que je ne nie pas que les autres l'eussent reçu , je ne le puis nier de cette enfant, on suppose, contre l'évidence

' du fait, qu'il n'y a rien de particulier à son égard ;

j et c'est, au lieu de résoudre la difficulté, la dissimu-

! 1er au lecteur.

i Enfin M. de la Roque me fait raisonner en cette

' sorte. « Si je suis persuadé , dira peut-être ce sa-

I » vant évoque, que les fidèles avaient déjà reçu le

I » pain , c'est parce que c'était l'usage ordinaire de » l'Eglise; et je lui dirai à mon tour : La petile » fille l'avait aussi reçu , parce que c'était une pra- » tique constante et universellement établie dès les

I » premiers siècles. » C'est ainsi qu'on donne le

! change au lecteur crédule. Il s'agit de trouver dans saint Cyprien pourquoi il ne rapporte qu'au sang

' un miracle qui aurait du arriver au corps : on allègue d'abord d'autres Pères ; et comme on voit que saint Cyprien n'est pas expliqué par là, on se propose de l'expliquer par les circonstances du fait qu'il raconte. On rapporte les circonstances qui ne

! font rien à rafi'aire et ne regardent que les adultes;

1 el au lieu de rendre raison du miracle arrivé à l'enfant, on coupe tout court et l'on passe aux anciens

i auteurs, où il n'y a pas un mot de ce qu'il fallait

i éclaircir.

Cependant M. de la Roque , comme s'il avait épuisé la ditriculté qu'il n'a pas seulement effleurée, continue en cette sorte : « A toutes ces preuves, » j'en ajoute une nouvelle qui m'élail presque » échappée de la mémoire'. » A la bonne heure; peut-être qu'enfin if y dira quelque chose qui regarde saint Cyprien el le miracle arrivé à celte enfant : non. Cette preuve est tirée du onzième concile de Tolède, qui fut assemblé l'an 675, quatre cents ans après ou environ, et sans assurémenl qu'il y soit parlé ni de saint Cyprien , ni de l'enfant, ni du miracle. Remettons donc ce concile à une autre fois, et voyons si l'anonyme réussira mieux.

« Je réponds, dit-il ^, en premier lieu, que » comme M. Bossuet nous avoue que dans ces pre- » miers siècles la communion ordinaire des fidèles » était sous les deux espèces, il y a toute appa- » RE.NCE que cette petite lille avait déjà pris le i> pain. » Nous voici dans les apparences et lescon-

' jectures, contre un passage formel et décisif. Mais enfin quelles sont ces conjectures? Les mêmes qu'a déjà faites M. de la Roque, el que nous avons réfu-

I tées. Ce que celui-ci fait de mieux, c'est qu'il fait ce que n'a osé faire M. de la Roque; il propose mon raisonnement, que cet autre ministre avait dissi-

\. La Iioq.,p. les. — 2. Aiion., j). 19-J.

sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.

mule : et après avoir dit, comme lui, que le diacre ayant présenté la coupe à l'enfant à son rang comme aux autres, il y a la même raison de croire d'elle que des autres , qu'elle avait auparavant , selon la coutume, reçu le pain; il rapporte ce que je dis pour y mettre de la dilTôrence, qui est que saint Cyprien fait ici commencer au sang le miracle, qu'on aurait vu dès la communion du corps , si l'enfant l'avait reçu. L'anonyme reconnaît franchement que la chose en elTet , devait arriver de celte sorte, et il ne voit de ressource pour lui qu'en disant qu'aussi est- elle arrivée. Mais voyons combien faiblement il le prouve. « Je réponds, dit-il, » que saint Cyprien nous donne assez à entendre » que cette petite fille ne prit qu'avec peine le pain » sacré, quoiqu'il ne le dise pas expressément, en » nous marquant que dès qu'elle fut dans l'église , » elle se mil à pleurer et crier et troubler toute i> l'assemblée, et qu'elle prit ainsi le sang pré- » cieux. ') Mais ce ministre, qui était entré plus franchement que l'autre dans la difTiculté, dissimule à son tour où en est la force. C'est que saint Cyprien nous représente la petite tîlle agitée à la vérité durant toute la prière, mais particulièrement, et d'une manière bien plus terrible, à la présence de l'Eucharistie, comme si elle eût senti Jésus-Christ présent; mais ce redoublement du trouble ne parut qu'tà la présence du sang précieux : c'est devant la coupe sacrée qui le contenait, qu'elle détourna sa face, comme ne pouvant supporter une telle majesté : elle ferma la bouche : elle refusa le calice : elle ne put retenir la goutte de sang précieux qu'on lui mit par force dans la bouche : ce sang ne put demeurer daris des entrailles souillées; tant est grande la puissance et la majesté' du Seigneur I Or sa puissance et sa majesté n'est pas moins grande dans son corps que dans son sang : nous aurions donc vu à la présence du corps les mêmes émotions, les mêmes convulsions dans l'enfant, et dans ce corps sacré la même force.

En etTet, considérons un autre miracle, que le même saint Cyprien raconte dans le même endroit et incontinent après celui-ci. Il se fit en la personne non plus d'un enfant, mais d'une femme; et voici comment le raconte saint Cyprien'. « Une autre, » qui, déjà avancée en âge, s'était coulée en secret » au milieu de nous pendant que nous oiïrions le B sacrifice, y reçut non pas une viande, mais une » épée tranchante; et comme si elle avait pris un » poison mortel entre la gorge et l'estomac, elle se » sentit aussitôt oppressée et étouITée avec une » extrême violence. » Celle adulte devait recevoir non-seulement le sacré breuvage , mais encore la viande, cibwm, comme parle saint Cyprien, et la partie solide du sacrement. C'est aussi en recevant cette viande qu'elle en ressentit la force , funeste aux indignes et aux sacrilèges. Suivons encore saint Cyprien. « Une autre reçut dans ses mains profanes » la chose sainte de Notre Seigneur, » c'est le corps que l'on mettait dans les mains; « mais ayant ou- » vert ses mains, elle n'y trouva que de la cendre. » On connut par expérience que le Seigneur se » retire quand on le renie; et le Seigneur, se reli- » ranl, la grlce salutaire est changée en cendre. » Partout où le corps parait comme reçu indignement,

1 s. Cijp. de Laps, loco sup. cil.

la vengeance commence par là : la petite fille est la seule où elle commence par le sang; c'est donc qu'elle ne reçut que le sang seul , malgré les chicanes et les vains ell'ors des ministres. Ils ont voulu nous faire accroire que saint Cyprien ne parlait pas en ce lieu de la communion du corps donné aux adultes. Ils se trompent; saint Cyprien en a parlé comme on vient de voir; mais c'est quand il y a été obligé par quelque événement extraordinaire. Si donc il n'en parle pas dans le miracle arrivé à l'enfant, qui ne voit, plus clair que le jour, que c'est qu'elle ne l'avait pas reçu ; et que dans l'Eglise deCarthage, la mieux instruite, la mieux policée de toute l'Eglise, où présidait un évèque aussi éclairé et aussi saint que saint Cyprien , on ne communiait les enfants qu'avec le sang seul ?

Les autres réponses que fait l'anonyme, ne servent qu'à nous faire voir l'embarras où il a été. « Il faut, dit-il', remarquer que le pain se donnait » dans la main des communiants. Il s'était donc pu » faire que cette enfant, à qui on l'avait donné en la » main , l'avait pris à la vérité , mais ne l'avait pas » mangé, ou même l'avait jeté sans qu'on y prît » garde. » Sans doute on ne prit pas garde à ce que fit celte enfant de ce gage divin. Sans se soucier, si elle en faisait l'usage pour lequel on le lui donnait, c'est-à-dire, de le manger, on le mit à la discrétion d'un enfant à la mamelle : on le lui laissa en sa main pour aussitôt le jeter par terre. Les sacrificateurs des idoles, qui, comme dit saint Cyprien, lui avaient mis à la bouche du pain souillé de leurs sacrifices, étaient plus soigneux à faire participer les enfants à leurs olTrandes impures , que les chrétiens à leur faire prendre le corps de Notre Seigneur. Où en est-on quand on a recours à de tels prodiges? Mais voici le comble de l'illusion. « M. Bossuet a vu qu'on pouvait dire que le diacre » qui présentait la coupe aux fidèles, quand il la » présentait aux petits enfants que leur âge ne per- » mettait pas encore de pouvoir manger du pain, » en mêlait un peu dans le calice afin de le leur » faire avaler plus aisément. » Il s'abuse en me prenant ici à témoin. Jamais je n'aurais pensé qu'on put imaginer de telles choses dans un passage où parait tout le contraire, si je ne les avais vues dans les écrits des ministres. Car pour ne pas ici répéter que du temps de saint Cyprien, le mélange dont on nous parle était inconnu, il suffit que saint Cyprien n'attribue le miracle qu'au sang tout seul. C'est le sang qui ne peut demeurer dans ces entrailles souillées : c'est le breuvage sanctifié^ par le sang de Notre Seigneur, qui cause ces convulsions à celle enfant. Le calice dont on lui fit prendre quelques gouttes, lui fut présenté comme aux autres pur et sans mélange. C'est ce calice qui fit ce terrible etTet, dont le récit nous fait encore trembler; et nous ne pouvons pas douter que du temps de saint Cyprien, la communion sous une espèce ne fut non-seulement établie dans la sainte Eglise d'Afrique, mais encore n'y ait élé confirmée par un miracle.

Il y a plus; saint Augustin' a transcrit dans une

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