Ep. xcviii. ad Bonif. Episc, ant. xxiii; n. 3, col
DEFENSE DE LA TKADITION SUR LA COMMUNION
(le ses lettres tout ce passage île saint (lyiirlen, sans y trouver rien d'extraDidinaire , et la communion sous une esjiècc, qu'on y voit très-expressément, ne lui a point paru élraiige. Pour(iuoi? si ce n'est, comme je l'ai dit dans le Traité de la Communion' , qu'on ne peut nullement douter que « l'Eglise d'A- 1) l'rique, où saint Augustin était évoque , n'ciit re- » tenu la tradition que saint Gypriea, un si grand » martyr, évoque de Cartilage et primat d'Afrique, » lui avait laissée. » A ce passage de saint Augustin, par où j'avais démontré si clairement la suite de la tradition, les ndnistres se sont tus , et leur silence conlirme que ce raisonnement est sans réplique.
Il est vrai qu'ils nous objectent des passages de saint Augustin-, où ce grand homme nous représente les petits enfants baptisés, comme ayant accompli dans leur communion le précepte de manger et de boire le sang de Notre Seigneur; mais c'est ce qui achève de les confondre. Car saint Gyprien en dit bien autant, lui qui constamment, comme on vient de voir, dans son Traité de iMpsis^, ne leur donnait que le sang seul. Il ne laisse pas de dire dans le même Traité qu'on les privait du corps et du sang de Noire Seigneur, en les amenant aux idoles; et il dit ailleurs" que tous ceux dont Jésus- Christ est la vie, ce qui sans difliculté comprend les enfants baptisés, ont accompli ce précepte de son Evangile : Si tous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang , vous n'aurez pas la vie en vous^. C'est par où nous démontrons que ces grands hommes croyaient qu'on satisfaisait au précepte de prendre le corps et le sang , en ne mangeant ou en ne buvant que l'un des deux , à cause que la vertu et la grAce , aussi bien que la substance des deux, est répandue sur un seul. Des passages formels et précis, où un fait est expliqué clairement dans toutes ses circonstances , sont le naturel éclaircissement de tout ce qui se dit ailleurs en termes plus généraux; et la pratique des Pères ne permet pas de douter du sens que nous donnons à leurs paroles.
Il ne sert de rien d'objecter aux passages de saint Cyprien et de saint Augustin ceux de saint Paulin, évéque de Noie, et de Gennade, prêtre de Marseille. Car quand on aurait trouvé dans ces deux auteurs la communion donnée aux enfants sous les deux espèces, de leur temps, et dans d'autres Eglises que celle d'Afrique; l'autorité de l'Eglise d'Afrique, ou même de l'Eglise de Carthage, quand on la voudrait réduire au seul temps de saint Cyprien, est pleinement suffisante pour prouver en celte matière i'indiiïôrence que nous soulenims. Mais au fond ces deux passages ne prouvent rien. M. de la Roque objecte" des vers que saint Paulin envoie à son ami Sulpice Sévère, pour mettre an bas des images dont il avait orné son baptistère. Là, dit-il, saint Paulin représente le prêtre retirant de la fontaine baptismale « les enfants blancs comme de la neige dans » leur corps, dans leur cœur et dans leurs habits; » ensuite de quoi « il range ces nouveaux agneaux » autour des autels sacrés, et il remplit leur liou- » che des aliments salutaires, salutifeius cnus'. »
1. Traité de la Commun., p. 282. —2. La Roq., Rép., p 119; Anun., p. IBS; Augusl., Epint. ccxvii. ad Vit. al. cvii. De Prœd'-sl. Sanct., cap. xiii. De pccc. meritis , c. xxiv. — 3. S. Cyp., lie Laps , toc. cit. — 1. Testim., lih. m , n. 55, 26. — 5. Jonn., VI. M. — 6. La Ro(]., p. 118. — 7. Paulin, Ep. xii. ad Sev. al., ep. XXXII, n. 5.
Mais de là (piclle conséquence? Ce ministre ignorel-il le langage commun de l'Eglise, qui, à l'exemide de saint Pierre', appelait tous les nouveaux baptisés, et les adultes autant que les autres, des enfants nouvellement nés? Saint Paulin a suivi ce sens, en continuant ainsi sa pieuse poésie : « La » troupe des anciens lidèles se réunit avec la nou- » velle qu'on lui associe : le troupeau hèle à la vue » de ce nouveau chœur, et lui chante : Alléluia : » par où ce saint homme, nous représentant d'une manière si tendre la joie commune des anciens et des nouveaux baptisés, montre assez qu'il veut parler principalement des adultes capables de joie, et touchés de l'Allchiia de leurs frères. Et encore qu'on iiiêkU les petits enfants avec les nouveaux baptisés, il ne faudrait pas s'étonner que saint Pai'.lin désignât le nouveau troupeau par les adultes, qu'on y voyait principalement éclater, plus encore par un transport de leur joie, que par la beauté de leurs habits blancs; ni qu'il eût attribué aux uns et aux autres les aliments salutaires, en entendant néanmoins , sans avoir besoin d'exprimer tout ce détail dans sa poésie , qu'on les donnait à chacun convenablement et selon que la coutume les y admettait.
Quand le prêtre Gennadius que M. de la Roque objecte encore^, nous fait voir les petits enfants fortifiés par l'imposilion des mains et par le chrême, et ad7nis aux mystères de V Eucharistie^, il ne dit rien contre la pratique dont nous parlons. C'est être admis aux mystères que de recevoir le sang de Notre Seigneur; on le prend du même autel que le corps, et on participe à tout le sacrilice. Ainsi l'on ne voit rien jusqu'ici dans l'Eglise d'Occident qui s'éloigne de la Tradition dont nous avons vu le témoignage dans saint Cyprien. L'Eglise grecque n'avait pas une autre prati(iue, et le passage de Jobius va le faire voir clairement.