Ilist. Eccles.,cap. v
(|ue nous soutenons, même dans les assemblées des lidèles. Mais ce qui était libre pour les deux espèces se déterminait à la seule espèce du pain dans les pays 011 il ne croit |ioint de vin, comme en Angleterre. La terre n'en produisait pas, le commerce était languissant; et comme on avait à peine ce ([u'il en fallait pour le sacrilice, la communion du peu])lo se faisait avec le pain seul. De là vient ce que nous voyons dans l'ilisloire du vénérable Bède', touchant les trois lils du roi Sabarelh, prince chrétien, mais dont les enfants n'avaient pas suivi l'exemple. Ils assistaient à la messe de saint Mellitus, archevêque de Gantorbéry, et lui voyant distribuer l'Eucharistie au peuple , ils lui demandèrent avec un orgueil el une ignorance brutale : « Pourquoi ne nous donnez- » vous pas ce pain blanc et propre, que vous don- 1) niez à notre père, et que vous continuez de donner » au peuple? Le saint homme leur répondit : Si » vous voulez être puriliés de l'eau salutaire dont » votre père a été lavé, vous pourrez participer » comme lui au pain sacré; que si vous refusez ce » sacré lavoir, vous ne pourrez pas recevoir ce pain » de vie. A quoi ils lui repartirent ; Nous ne voulons » point entrer dans celte fonlainedont nous n'avons » pas besoin ; mais nous voulons être nourris de ce » pain. Mais l'évèque ne cessait de les avertir que » sans celte sacrée purification , ils ne pourraient » avoir part à l'oblation sacrée. » Je ne sais si l'on peut voir le pain sacré, ou ce qui est la même chose, l'oblation sacrée, continuellement inculquée et répétée à toutes les lignes sans aucune mention du vin, et s'imaginer cependant qu'on distribuait également l'un et l'autre. Au contraire, on voit que ces Barbares, comme les appelle Bède, sans songer à la synecdoche, parlaient naturellement de ce qu'ils avaient vu donner et de ce qui avait frappé leurs sens; qu'on leur répondit de même; et ainsi qu'on supposait avec eux que le pain seul était distribué dans les assemblées de l'Eglise. Ce n'est pas qu'il fût impossible d'avoir du vin pour la communion , puisqu'il fallait bien en faire venir pour le sacrifice; mais c'csl qu'on ne croyait pas avoir besoin d'une impossibilité absolue pour se dispenser de prendre l'espèce du vin, et que la seule difficulté élait jugée suffisante : d'où aussi il est arrivé que le cardinal Ilosius, Polonais, homme docle et de bonne foi, dit qu'on n'a pas de mémoire qu'on ait communié dans son pays aulrement que sous l'espèce du pain , depuis que le christianisme y a été établi.
Une autre sorte de nécessité, qui n'était pas plus invincible que les précédentes, n'a pas laissé de faire établir la communion sous une espèce dans l'Eglise et dans la province de Jérusalem; tant il est vrai, encore un coup, que la cliose était réputée liUre. La preuve ijue nous avons d'un fait si illustre est lirée de la célèbre conférence tenue à Constantinople entre les Latins et les Grecs, au commencement du onzième siècle, et à la naissance du schisme sous le pape saint Léon IX et le patriarche Michel Gérularius. Les tenants dans cette importante coid'érence étaient de noire côté le cardinal Humbert, évèque de la Forêt-lilanrhe, légal du Pape, et pour les Grecs Nicélas Pecloralus, député par le patriarche et par l'empereur. On ne peut voir une action plus célèbre et où l'on connaisse mieux les
1 Hisl., lib. II, cap. v.
sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.
rits et les senliraenls des deux Eglises. On accourt à Jérusalem de tous les côtés du monde chrétien , pour y honorer les mystères de Notre Seigneur, et principalement celui de sa passion et de sa résurrection, dans des temples aussi augustes que magnifiques, qu'on avait bâtis dans les propres lieux où ces ouvrages divins s'étaient accomplis. L'abord était si grand et le nombre des communiants était par conséquent si peu réglé, qu'il n'était pas possible d'y proportionner la quantité des hosties qu'il fallait consacrer pour cette immense multitude qu'on y communiait tous les jours (car la communion était le sceau d'un si saint pèlerinage). Cette dévotion, qu'on vil commencer aussitôt que les chrétiens, affranchis de la tyrannie des persécuteurs, jouirent de la liberté de leur culte, loin de s'affaiblir avec le temps, s'augmentait et s'échauffait tous les jours. Les parcelles qui restaient de la communion étaient infinies : il ne fut plus question de les brûler, comme on faisait autrefois lorsqu'il en restait moins : en faire consumer par le clergé , ou même par les enfants, comme on le faisait ailleurs , un si grand nombre; ce n'était pas une chose possible. On les réservait donc pour la communion du lendemain, et sans mêler les espèces, comme on avait commencé de faire dans les autres Eglises d'Orient, on donnait la communion sous la seule espèce du pain. C'est ce que le cardinal Humbert posait en fait, comme la coutume ancienne et constante de l'Eglise et de la province de Jérusalem : c'est ce que son adversaire ne lui nie pas; c'est ce qui par conséquent demeura pour avéré d'un commun accord; et la conjoncture fait voir combien cet aveu est décisif en cette cause. Le cardinal Humbert , après avoir essuyé les vains reproches des Grecs sur les azymes, leur reproche de son côté leur mélange, leur Eucharistie broyée dans le calice, leur cuiller pour la distribuer au peuple : choses en effet trèsnouvelles, et que l'Eglise d'Occident ne connaissait pas. Le cardinal appuyait les coutumes des Latins par celle de l'Eglise et de la province de Jérusalem. Ses paroles sont remarquables : « Dans ces Eglises, » dit-il , on met les oblalions saintes, saines et » entières sur les saintes patènes : on ne les perce » pas avec une lance de fer comme font les Grecs :... » on y élève la sainte oblation avec la sainte pa- » telle :... on ne se sert point de cuillers pour don- » ner la communion; parce qu'on ne mêle point - l'oblation sainte, mais on y communie le peuple » avec l'oblation seule. » Je ne pense pas qu'à cette fois, il prenne envie de chicaner sur la signification du terme d'oblation sainte. La suite fait assez voir qu'il signifie le pain seul, comme nous l'avons démontré par tant d'autres exemples. C'était donc avec le pain seul que l'on communiait tout le peuple. Le cardinal met encore en fait que la coutume était si ancienne dans ces Eglises, qu'on n'en voyait pas le commencement; de sorte que les chrétiens de ce pays-là l'attribuaient aux saints apôtres. N'importe qu'à cet égard ils poussassent peut-être les choses trop avant; c'est assez qu'en cet exemple nous ayons pour nous une coutume immémoriale de l'Eglise de Jérusalem, toute la chrétienté pour témoin, et les Grecs mômes pour approbateurs, puisqu'ils ne blâment non plus la conduite d'une Eglise si vénérable, qu'ils contredisent le fait avancé par le cardinal.
Mes adversaires , qui ont vu cette preuve illustre très-amplement expliquée dans le Traité de la Communion', n'y ont pas répondu un seul mot; de sorte que je pourrais en demeurer là et regarder le fait pour avoué , si la bonne foi ne m'obligeait à proposer de moi-même ce qu'on y pouvait répondre. On pourrait donc dire que le cardinal, en disant que l'on communiait le peuple avec le pain seul, ou pour me servir de ses paroles, avec l'oblation seule, entendait qu'on la donnait sans la mêler, comme font les Grecs, avec l'autre espèce, et non pas qu'on la donnait toute seule , comme nous faisons à présent , sans donner le sang après. Mais si quelqu'un se servait ou se contentait de celle réponse, il ferait voir peu d'attention au fond de la chose. Car, dans cette immense multitude, il eût été aussi peu possible de se mesurer pour le vin que pour le pain consacré; et s'il eût été absolument nécessaire que tout le monde prit également des deux espèces , comme on voit des restes du pain consacré , on en verrait aussi du sacré breuvage. Le cardinal aurait parlé de ceux-ci comme il a parlé des autres. D'ailleurs on verrait aussi clairement comment on donnait le sang, que l'on voit comment on donnait le corps. Car l'un et l'autre servaient également à l'intenlion du cardinal, qui était et de rejeter la coutume de l'Eglise grecque, et de confirmer la coutume de l'Eglise romaine, par la pratique de l'Eglise de Jérusalem. Quand donc le cardinal a dit, que par l'ancienne coutume de l'Eglise et de la province de Jérusalem , on ne distribuait au peuple que l'oblation seule, c'est-àdire le seul pain consacré, ou comme nous appelons, la seule hostie; c'est pour dire qu'en effet on la donnait seule, et sans donner le sang après.
Voilà donc l'Eglise de Jérusalem, et avec elle toute la chrétienté qui ne cessait d'y aborder de toutes parts, dans la pratique de la communion sous une espèce. Les Romains le posent en fait, et les Grecs en demeurent d'accord : mais pendant que les Romains blâment dans les Grecs le mélange des espèces, ils approuvent expressément la communion sous une seule; et enfin ils aiment mieux qu'on prenne une seule espèce à part, que de prendre les deux mêlées ensemble.
Que si l'on vient maintenant à considérer en quel temps se disent ces choses, la preuve sera encore plus convaincante. Bérenger n'avait pas encore paru; et selon les protestants, la présence réelle, qu'ils regardent comme la source de la communion sous une espèce, n'était pas encore décidée dans l'Eglise. Et quand ils voudraient supposer, selon leur vaine hypothèse, que depuis Paschase Radbert, c'est-à-dire depuis cent cinquante ans, elle avait commencé à prévaloir en Occident; ils ne veulent pas qu'on croie qu'elle ait jamais eu aucun lieu en Orient, et moins encore en ces temps-là, où il n'y avait point de ces gens latinisés et nourris dans les séminaires ou dans les collèges de Rome , que les ministres ne cessent de nous alléguer pour toute défense, quand nous leur montrons tant d'auteurs, tant d'évêques, tant de patriarches qui parlent et qui enseignent comme nous, même dans des conciles. Voilà néanmoins la communion sous une espèce approuvée des Grecs , et par l'ancienne