Anon., p. 246. — 2. Pag. 2j
vera-t-il que Cérularius et Nicétas , le patriarche et le moine à qui il a confié la défense de son Eglise, assurent des faits contraires. Pour le voir une bonne fois, et n'y jamais revenir, il faut encore répéter l'endroit où l'anonyme cite Nicétas. « Il est cons- » tant, dit-il', que les Grecs réservaient sufTisam- 11 ment du pain et du vin pour la communion des 11 autres jours. C'est ce que nous apprend en termes » formels Nicétas Peclorat, moine grec, dans sa » dispute contre les Latins, environ l'an de grâce 11 1053. Nous sanctifions, dit-il-, les dons le sa- 11 medi, desquels nous en gardons sufTisamment » pour toute la semaine; et dans les autres jours, » nous élevons le pain présanctifié, donnons les 11 choses saintes aux saints par la communion du » pain et de la coupe des mystères de Jésus- 11 Christ. »
Deux choses sont ici certaines : l'une que Nicétas parle de son temps : JXous sanctifions, dit-il, nous gardons, nous élevons, nous donnons. Voilà visiblement un homme qui parle de son temps. L'autre chose, également certaine, est que l'anonyme produit ce passage pour prouver qu'il est constant que l'Eglise grecque réservait le vin aussi bien que le pain consacré; de sorte qu'il sera vrai qu'à la face de l'univers, le patriarche et son religieux déposeront en même temps de deux faits contraires à l'égard de la même Eglise de Constantinople. Mais comme c'est une absurdité qu'on ne peut pas soutenir, aussi n'y a-t-il rien de plus facile que de concilier ces contemporains sur un fait qu'ils voyaient tous deux tous les jours. Car Nicétas ne dit pas qu'on garde le pain et le vin, mais seulement qu'on garde les dons; c'est-à-dire, les pains réservés et les parcelles qu'on en faisait pour les distribuer : ce que la coutume appelait les dons. Il ne dit pas qu'on élève le pain et le vin présanctifiés; mais qu'on élève le pain présanctifié , comme la partie du sacrement qu'on réservait seule , et que seule on consacrait le jour précédent; et s'il parle de la coupe des mystères, c'est qu'il suppose avec Cérularius, son patriarche, selon l'erreur ([ue l'on commençait d'établir alors, qu'elle devenait sacrée, et la coupe des mystères par le mélange.
Mais comme cette doctrine ne remonte pas audessus de Cérularius et de Nicétas, et qu'avant ce temps il est impossible de trouver un seul homme qui l'ait enseignée, ce qui reste pour constant, c'est que la tradition que ces auteurs ont trouvée dans l'Eglise, est celle de réserver et de ne donner qu'une espèce dans l'office des présanctifiés; et cette tradition devait nécessairement venir de plus haut. Car si l'on avait ici changé quelque chose de ce qui se pratiquait au commencement, ce changement serait marqué comme les autres. Lorsque l'on a ajouté dans cet office, entre les autres prières, cette hymne d'adoration : Maintenant les puissances célestes, et le reste que nous avons rapporté; on a marqué cette addition, et il est marque qu'elle a été faite sous le patriarche Sergius. On a introduit dans ce même office la coutume de mettre quelques gouttes du sang précieux sur le corps que l'on réservait. La nouveauté en est observée; et l'on doit croire, par cet exemple, que si l'on avait innové quelque autre chose de considérable dans cet office,