A UN NOUVEAU CATHOLIQUE
I. Objections contre la doctrine de l'Eglise catholique, tirées de la liturgie ou des prières de la Messe. — Vous souhaitez, monsieur, que je vous explique quelques diftlcultés sur la messe, que vos ministres vous ont faites autrefois, et qui ne laissent pas de vous revenir souvent dans l'esprit, quelque soumis que vous soyez d'ailleurs à l'autorité de l'Eglise catholique.
Ces difficultés, dites-vous, ne regardent pas le commencement de la messe , qui ne contient autre chose que des psaumes, de pieux cantiques, de saintes lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament. Vos difficultés, dites-vous, commencent à l'endroit (|ui s'appelle proprement le sacrifice, la liturgie et la messe; c'est-à-dire , à l'endroit de l'oblation ou de l'offerte, et à la prière qui s'appelle Secrète. Elles se continuent dans toute la suite , c'est-à-dire, dans le canon et dans tout le reste qui regarde la célébration de l'Eucharistie, jusqu'à la prière qu'on appelle Postcommunion. En tout cela vous ne voulez pas que je vous parle de la demande du secours des saints, sur quoi vous êtes pleinement satisfait, jusqu'à ne pouvoir comprendre sur quel fondement on a prétendu que ces demandes intéressassent la gloire de Dieu ou la médiation de Jésus-Christ, au nom duquel, comme de celui par qui seul on peut avoir accès , on demande à Dieu qu'il les reçoive. Toutes vos difficultés regardent la célébration de l'Eucharistie; et premièrement vous voulez que je vous décide si le mol de messe a une origine hébraïque , comme plusieurs docteurs ca-
tholiques l'ont prétendu, ou s'il a une origine purement latine tirée du mot missio ou missa , c'està-dire, renvoi; à cause qu'au commencement de l'oblation on renvoyait les catéchumènes, les pénitents , les énergumènes ou possédés , et à la fin tout le peuple, dont on voit encore un reste en ces mots : Ite, missa est, par lesquels on finit le saint sacrifice. Que si c'est là, comme vous pensez, la vraie origine du mot de messe, vous vous étonnez qu'un si grand mystère ait été nommé par une de ses parties des moins principales. Mais sans vous arrêter beaucoup à la difficulté du nom, qui doit être toujours la moindre , et ne mérite pas d'être comptée, la grande difficulté que vos ministres vous ont faite autrefois regarde le fond des prières : car la messe n'étant autre chose que la célébration de l'Eucharistie, la doctrine de l'Eglise catholique doit s'y trouver tout entière; et c'est, disent ces messieurs , ce qui n'est pas. Il est vrai , poursuivezvous, qu'une partie de la doctrine catholique, qui regarde l'oblation ou le sacrifice , y est très-visible ; et encore que les ministres tâchent d'éluder la force du mot, en disant (lu'il le faut entendre d'une oblation ou d'un sacrifice improprement dit, vous ne vous accommodez |)as de cette réponse. Car on dit trop distinctement et trop souvent, qu'on offre à Dieu en sacrifice les dons proposés, pour nous laisser croire que ces paroles ne doivent pas être prises dans leur signification naturelle; mais enfin c'est du pain et du vin qu'on offre. Ce sacrifice est appelé par les anciens un sacrifice de pain el de
EXPLICATION DE LA MESSE
vin; et c'esL pourquoi ils l'appellent le sacrifice de Melchisédech , à cause que, selon eux, ce grand sacrificateur du Dieu très-haut lui ofirit le pain et le vin qu'il fit prendre ensuite à Abraham et aux siens. Voilà une première difficulté. Les autres sont bien plus grandes; car les ministres prétendent que , dans toutes les prières qui regardent la célébration de l'Eucharistie, il n'y a rien qui démontre la présence réelle, ni la transsubstantiation ou changement de substance : ce qui néanmoins étant, selon nous, le fond du mystère, est sans doute ce qui doit y être le plus expressément marqué. Mais, poursuit-on, loin qu'il le soit en termes aussi formels qu'il serait à désirer, on y voit plutôt le contraire, puisqu'on trouve dans une Secrète du jour de Noël : Que la substance terrestre nous confère ou nous donne ce qui est divin'. Elle y demeure donc cette substance, et on ne nous doit pas dire qu'elle soit changée. Dans une autre prière, on demande que ce qu'on célèbre en figure ou en apparence , specie , on le reçoive aussi dans la vérité même'^. Et en eiïet, disent les ministres , si on eût cru oflrir Jésus- Christ même , c'est-à-dire , son vrai corps et son vrai sang, aurait-on demandé tant de fuis à Dieu de l'avoir pour agréable? Mais on fait plus : on prie Dieu dans le canon d'avoir agréable l'oblation qu'on lui fait, comme il a eu agréables les présents d'Abel, et le sacrifice d'Abraham ou de Melchisédech : ce qui montre qu'il n'y a ici que des créatures offertes, et tout au plus des figures de Jésus-Christ, non plus que dans l'oblation d'Abel et des autres justes. Car quelle apparence de comparer le corps et le sang de Jésus-Christ, où réside la perfection, à des choses si imparfaites? Mais voici bien plus : non contents de prier Dieu qu'il ait agréable l'oblation qu'on lui fait, comme si on en doutail, on prie Dieu de se la faire présenter par la main de son saint ange sur son autel céleste. Quoi I pour faire valoir devant Dieu l'oblation du corps de son Fils, il y faut le ministère d'un ange? Le Médiateur a besoin d'un médiateur, et Jésus-Christ n'est pas reçu par lui même? Celte prière se fait après la consécration. Toutes les Secrètes sont pleines de prières qu'on fait à Dieu , d'avoir agréables nos oblations par l'intercession et le mérite de ses saints. Je sais, ditesvous, comme il faut entendre le mot de mérite, et vous me l'avez assez expliqué. Je ne me fâche pas non plus de l'intercession des saints , que vous m'avez aussi très-bien fait entendre; mais je vous prie de ïti'aider encore à comprendre comment on peut employer les saints, afin d'obtenir de Dieu qu'il ait agréables nos oblations, si ces oblations, lorsqu'elles sont consacrées, ne sont autre chose que le corps et le sang de Jésus-Christ, et surtout, quel est le sens de cette prière qu'on fait en mémoire de saint PauF : « 0 Seigneur, sanctifiez ces » dons par les prières de votre apùtre , afin que ce » qui vous est agréable par votre institution , vous » devienne plus agréable par la protection d'un tel » suppliant. » Se peut-il faire que l'institution de Jésus-Christ, ou plutôt que Jésus-Christ même devienne plus agréable par les prières d'un saint? Mais voici bien pis. Ce sacrifice qu'on offre par les
1. Miss. — 2. Postcom. sahb. quat. tem-p. sepiemb. — 3. Die Fest. Apost. Pet. et Paul. Catli, Pet,, etc.
prières des saints, on le leur otl're en quelque sorte à eux-mêmes, puisqu'on l'offre à leur honneur. Si ce qu'on olVre c'est Jésus-Christ même, peut-on l'offrir à l'honneur de ses serviteurs? Tout cela est bien bizarre, pour ne rien dire de plus, disaient vos ministres. Les habiles parmi eux sentent bien que ces prières sont très-anciennes; mais ils tirent avantage de cette antiquité, puisqu'elle nous est contraire. Ils trouvent aussi fort étrange qu'on bénisse avec des signes de croix le corps de Notre Seigneur, môme après la consécration : et cette ancienne cérémonie leur parait encore une preuve contre la présence réelle, puisqu'on n'aurait jamais béni ce qu'on aurait cru être la source de toute bénédiction.
Enfin ils demandent, dites-vous, qu'on leur montre l'adoration de l'hostie dans les anciens Sacramentaires. On n'y voit point, disent-ils, ni même dans l'Ordre romain, lorsqu'on y prescrit le rit de la communion, qu'on la reçoive à genoux, ni qu'on y fasse le moindre acte de respect envers la sainte Eucharistie : on n'y voit point ces génuflexions qu'on trouve dans noire Missel. L'élévation que nous pratiquons à présent , aussitôt après la consécration, ne s'y trouve non plus; et celle qu'on y remarque en d'autres endroits, comme à l'endroit du PaJer, a une tout autre fin que celle d'adorer Jésus-Christ, puisque les anciens interprètes du canon n'y trouvent qu'une cérémonie de l'oblation, ou la commémoration de l'élévation de Jésus-Christ à la croix, et quelqu'autre mystère semblable. Ils prétendent aussi que les Grecs n'adorent non plus que nous; et qu'en général leur liturgie, dont nous vantons la conformité avec la nôtre, en est tout à fait différente, surtout en ce qui regarde la consécration , puisqu'ils la font par la prière après le récit des paroles de Notre Seigneur', loin de la faire consister comme nous dans ces paroles mêmes. Ils ajoutent que l'oblation se fait parmi eux, tant pour les saints, et même pour la sainte Vierge, que pour le commun des morts; et ils concluent de cette coutume, qu'il n'y a donc rien à tirer de l'oblation pour les morts en faveur du purgatoire ou de cet état mitoyen que nous admettons, mais que les Grecs, à ce qu'ils disent, ne connaissent pas. Voilà les difficultés que vous proposez. Il est vrai que les écrits des ministres, et surtout Y Histoire de l' Eucharistie du ministre de la Roque, en sont pleins. Les voilà du moins dans toute leur force, et vous ne m'accuserez pas de les avoir alTaiblies. Vous en demandez la résolution, non par des raisonnements, mais par des faits. C'est , monsieur, ce que je vais faire avec la grâce de Dieu. Le fait même résoudra tout ; et vous verrez les difficultés s'évanouir devant vous les unes après les autres, à mesure que j'exposerai les sentiments de l'Eglise par les termes de sa liturgie.
IL Explication du mot de messe. — Et d'abord, pour ce qui regarde le nom de la messe, je vous décide, sans hésiter, que l'origine en est latine, et telle que vous l'avez remarquée. Le mot de missa est une autre inflexion du mol missio. On a dit missa, congé, renvoi, pour missio, comme on a dit »-ejntssa pour remissio , rémission, pardon; oblata [iû\iT oblalio, oblalion; ascensa pour ascensio , ascension; et peut-être même sécréta pour secretio ,