‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 345 sur 631 · Miss. Chryst., etc · texte numérisé non relu

Miss. Chryst., etc

EXPLICATION DE LA MESSE

séparation ; parce que c'était la prière qu'on faisait sur l'oblalion, après qu'on avait séparé d'avec le reste ce qu'on en avait réservé pour le sacrilicc; ou après la séparation des catéchumènes , et agrès aussi que le peuple qui s'était avancé vers le sanctuaire ou vers l'autel, pour y porter son oblation, s'était retiré à sa place; ce qui fait que cette oraison appelée super oblata dans quelques vieux Sacramenlaires , est appelée post secrela dans les autres.

Quoi qu'il en soit de cette origine de la secrète , celle de missa est certaine; et il est vrai que les Latins ont donné ce nom au sacrifice, à cause que, lorsqu'on venait à l'oblalion, on renvoyait les catéchumènes, les pénitents et les possédés, et à la fin tout le peuple, par une solennelle proclamation, comme vous l'avez remarqué.

Ce renvoi des catéchumènes et des autres se faisait aussi par une proclamation du diacre qui criait à haute voix : Que les catéchumènes sortent. Ils venaient ensuite recevoir la bénédiction du pontife, par l'imposition de ses mains, et une prière proportionnée à leur état. Ensuite ils se retiraient en grande humilité et en grand silence. Les pénitents faisaient de même , après qu'on leur avait aussi dénoncé qu'ils eussent à se retirer. On éloignait aussi les possédés qu'on séparait du peuple fidèle, tant à cause que leur état, qui les soumettait au démon, avait quelque chose de trop ravalé ou de trop suspect, pour mériter la vue des mystères, qu'à cause aussi qu'on craignait qu'ils n'en troublassent la cérémonie et le silence par quelque cri ou par quelque action indécente.

Cette exclusion solennelle de ces trois sortes do personnes, donnait au peuple une haute idée des saints mystères; parce qu'ellc'lui faisait voir quelle pureté il fallait avoir seulement pour y comparaître, et à plus forte raison pour y participer.

Le renvoi qu'on faisait du peuple fidèle, après la solennité accomplie, n'était pas moins vénérable; parce qu'il faisait entendre, ce qui aussi est ordonné dans plusieurs canons, qu'il n'était pas permis de sortir sans le congé de l'Eglise, qui ne renvoyait ses enfants qu'après les avoir remplis de vénération pour la majesté des mystères et des grâces qui en accompagnaient la réception : de sorte qu'ils s'en retournaient à leurs occupations ordinaires, se souvenant que l'Eglise, qui les y avait renvoyés, les avertissait par ce moyen de les faire avec la religion que méritait leur vocation , et l'esprit dont ils étaient pleins.

Vous voyez bien, monsieur, que ce renvoi avait quelque chose de plus auguste que vous ne l'aviez d'abord pensé. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il n'y avait rien dans le sacrifice qui frappât davantage les yeux du peuple. C'est lui qui donne les noms, et il les donne par ce qui le frappe davantage ; et parce qu'on dénonçait cette mission ou ce renvoi solennellement par trois ou quatre fois , on n'appelait point le sacrifice, missa seulement au singulier, mais au pluriel, missœ : on disait missas facere , missarum solemnia : et ainsi du reste; parce qu'il n'y avait ])as pour un seul renvoi, et qu'après avoir renvoyé, ainsi qu'il a été dit, les catéchumènes, les possédés cl les pénitents, on finissait l'action en renvoyant tout le peuple.

III. Explication des lUIJkulU's qui regardent la chose même. Dislribulion de la messe en toutes ses parties. — Ajirés avoir expliqué le nom, pour maintenant venir au fond du mystère, souvenezvous, avant toutes choses, de l'antiquité des prières, d'où l'on lire les difficultés qui vous embarrassent. Nous parlerons en son lieu d'une antiiiuité si vénérable : il me suffit, quant à présent, que vous observiez que ce n'est pas sans raison que les ministres tâchent d'y trouver leur doctrine sur la présence réelle, plutôt que la nôtre. Car comme ils savent bien en leur conscience qu'elles sont d'une grande antiquité, s'ils avouaient qu'elles nous sont favorables, ils seraient en même temps contraints d'avouer que la date de notre croyance est plus ancienne qu'ils ne veulent; c'est pourquoi ils ont raison, selon leurs principes , de les tirer à leur sens , comme ils tâchent aussi d'y tirer les anciens Pères.

Mais pour leur ôter tout prétexte, venons au fond, et disons que la célébration de l'Eucharistie contenait deux actions principales dont vous convenez : l'oblalion, dans laquelle la consécration est enfermée, et la participation ou la réception. Pour nous arrêter d'abord au fait, comme vous le souhaitez, et qu'il est juste, l'oblalion consiste en trois choses : l'Eglise ofi're à Dieu le pain et le vin; elle lui oll're le corps et le sang de Notre Seigneur; elle s'otTre enfin elle-même , et oiïre à Dieu toutes ses prières en union avec Jésus-Christ qu'elle croit présent : voilà les faits qu'il nous faut considérer. Nous remonterons après, si vous voulez, à l'Ecriture, afin de vous tout monlrer jusqu'à la source; mais il importe , avant toutes choses, de bien comprendre la pratique; et c'est aussi ce que vous voulez.

IV. Comment l'Eglise offre à Dieu du pain et du vin, et que ce n'est que pour en faire le corps et le sang. Prière de la liturgie latine. — Pour entendre ce que fait l'Eglise en olfrant à Dieu le pain et le vin, il nous faut considérer les prières qui précèdent la consécration, non-seulement dans le canon de la messe, mais encore dans les oraisons qu'on nomme secrètes, autrement, super oblata, à cause qu'on les dit sur les oblations, c'est-à-dire sur le pain et sur le vin, après qu'ils ont été mis sur l'autel.

C'est là donc que nous apprenons que l'Eglise offre, à la vérité, le pain et le vin, mais non pas absolument et en eux-mêmes; car dans la nouvelle alliance on n'olTre plus à Dieu des choses inanimées, ni autre chose que Jésus-Christ : c'est pourquoi on offre le pain et le vin pour en faire son corps et son sang.

Celte oblation se prépare dès le moment où en élevant le pain et le calice qu'on doit consacrer, on prie Dieu d'en avoir l'offrande agréable, de la bénir, de la sanctifier, et enfin de la consacrer pour en faire le corps et le sang de son Fils. Cette prière se fait souvent et en termes exprès dans l'oraison qu'on ap[)elle secrète; mais elle se fait tous les jours, dans l'action même de la consécration , où l'on prie Dieu « de bénir, de recevoir, de ratifier et de rendre » agréable en tout et partout celte oblation, c'est-à- » dire ce pain et ce vin, afin d'en faire jiour nous » le corps et le sang de Jésus-Christ son Fils bien- » aimé. »

Nous disons que ce corps et ce sang sont faits

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pour noxis, au môme sens qu'il est écrit dans Isaïe : Un petit enfaiH nous est né, un fils nous est donne'* : non point pour faire entendre, comme le prétendent les ministres, que les symboles sacrés ne sont faits le corps et le sang que dans le temps que nous les prenons; mais alin que nous concevions que c'est pour nous qu'ils sont faits dans ce mystère, de même que c'est pour nous qu'ils ont été conçus et formés dans le sein de la sainte Vierge.

Il faut donc entendre ici une espèce de production du corps et du sang dans l'Eucharistie, aussi véritable et aussi réelle que celle qui fut faite dans le bienheureux sein de Marie au moment de la conception et de l'incarnation du Fils de Dieu : production qui lui donne en quelque façon un nouvel être, par lequel il est sur la sainte table aussi véritablement qu'il a été dans le sein de la Vierge, et qu'il est maintenant dans le ciel.

V. Prière conforme de l'Eglise grecque, oâ le changement du pain et du vin est attribué au Saint- Esprit. Raison de cette doctrine. — C'est pourquoi on se sert ici du mot de faire, pour marquer une véritable et très-réelle action, qui se termine à faire dans ce saint mystère un vrai corps et un vrai sang, et le même qui fut fait au sein de Marie. C'est aussi ce que les Grecs expriment dans leur liturgie, lorsqu'au priant Dieu comme nous de faire de ce pain et de ce vin le corps et le sang de Jésus-Christ, ils demandent expressément , que ce pain soit fait le propre corps, et ce viji le propre sang de Jésus- Christ-. Et ils ajoutent, qu'ils le soient faits par le Saint-Esprit , qui change ce pain et ce vin. Par oii ils nous marquent premièrement une action véritable, puisqu'ils demandent que le Saint-Esprit, qui est la vertu de Dieu, y soit appliqué; et secondement un changement très-réel, qui fasse du pain et du vin le propre corps et le propre sang de Jésus- Christ; car ce sont les termes dont ils se servent. Ce qui aussi a fait dire à saint Isidore, disciple de saint Chrysostome, et une des lumières du quatrième siècle, que « le Saint-Esprit est vraiment i> Dieu , puisque dans le saint baptême il est égale- » ment invoqué avec le Père et le Fils; et qu'à la » table mystique c'est lui qui rend le pain commun, » le propre corps dans lequel le Fils de Dieu s'est » incarné^. » Ce qu'il dit ensuite du sang, lorsque, pour inviter les fidèles à n'abuser pas du vin, il les l'ait ressouvenir que le même Saint-Esprit en consacre les prémices, dont il fait à la sainte table le sa7ig du Sauveur''.

Et remarquez que comme ce corps et ce sang ont été formés la première fois par le Saint-Esprit agissant dans le sein de la sainte Vierge, selon ce qui est porté dans le Symbole, conçu du Saint-Esprit ; c'est encore le Saint-Esprit qu'on invoque pour les faire ici de nouveau; afin que nous entendions non une action improprement dite, mais une action physique et aussi réelle que celle par laquelle le corps du Sauveur a été formé la première fois. Au reste, on ne peut pas douter que cette prière, où l'on demande la descente du Saint-Esprit, pour faire du pain le corps , et du vin le sang de Jésus- Christ, ne soit très-ancienne dans la liturgie des

l./s.,i!t. G. — 2. Lit. Basil., tom. ii, Append., pag. 679,— 3. I$id. Pelus., l. 1, Ep. cix, p. 34. — 4. Idem, Ep. cccxni, pag. SI.

Grecs ; puisqu'on la trouve en termes formels dans saint Cyrille de Jérusalem, auteur du quatrième siècle, qui, après l'avoir rapportée comme reçue par le commun usage des Eglises, en confirme la vérité, en disant, que ce que le Saint-Esprit touche, est changé et sanctifié' : par où il nous montre un changement aussi réel que le contact et l'action est puissante et efficace.

VI. Les Latins comme les Grecs attribuent au Saint-Esprit le changement. Prières des anciens livres sacramentaires. — Et pour mieux marquer le consentement de l'Orient et de l'Occident dans cette doctrine , ce que les Grecs ont exprimé par la prière que nous venons de voir, les Latins l'expriment aussi par ces paroles : « Prions , mes frères, » Jésus-Christ avec aff'ection, que lui , qui a changé » l'eau en vin, change aujourd'hui en sang le vin » de nos oblalions^. » Ce qu'on attribue en un autre endroit au Saint-Esprit , par ces paroles : « 0 » Seigneur, que le Saint-Esprit, votre coopéraleur » coéternel, descende sur ce sacrifice; afin que le » fruit de la terre, que nous vous présentons , soit » changé en votre corps, et ce qui est dans le 1) calice en votre sang^. » Nous venir dire maintenant que tout ceci est figuré , outre les raisons générales qui renversent celle prétention , c'est introduire dans la prière, c'est-à-dire, dans le plus simple de tous les discours, les figures les plus violentes et les plus inusitées; c'est appeler à son secours les plus grands miracles, les opérations les plus efficaces, et le Saint-Esprit lui-même avec sa toutepuissance, pour vérifier des figures et des métaphores. Le faire une fois , ce serait trop ; mais le continuer et l'inculquer à chaque occasion , ce serait chose trop insupportable. C'est néanmoins ce que fait l'Eglise; et alin de tenir toujours un même langage , ce qu'elle dit en célébrant les mystères , elle le dit encore en consacrant le prêtre qui les doit offrir : car dès cette antiquilé on priait Dieu, comme on fait encore , qu'il sanctifiât ce minisire nouvellement consacré, afin qu'il transformât le corps et le sang de Jésus-Christ , par U7ie pure et irrépréhensible bénédiction'^ .

Enfin on priait tous les dimanches, « en offrant » selon le rit de Melchisédech , que par la venu de » Dieu opérante, on reçût le pain changé au corps, » et le breuvage changé au sang, en sorte qu'on » reçût dans le calice ce môme sang, qui était sorti » du côté sur la croix'' : » après quoi on finissait en ces termes : « Seigneur Jésus-Christ, nous man- » geons le corps qui a été crucifié pour nous, nous » buvons le sang qui a été répandu pour nous; 9 afin que ce corps nous soit à salut, et ce sang en )i rémission de nos péchés, maintenant et à tous i> les siècles des siècles. »

VIL Pourquoi le sacrifice de l' Eucharistie était appelé holocauste. — Ce changement , opéré par le Saint-Esprit, du pain au corps, et du vin au sang, était cause que ce sacrifice était regardé comme une espèce d'holocauste, c'est-à-dire, comme une victime consumée par le feu; parce qu'en elTet le pain et le vin étaient consumés par le Saint-Esprit comme par un feu divin et spirituel : et c'est ce

1. Cat. V. Mystag.,pag. 327. — 2. Miss. GotTi. Missa. xi. in dicm Epiph. — 3. Idem, Miss, xri. — 4. Miss. Goth. in Ord. Presbyt. — 5. Miss. Goih, in fin. in Miss. Dom., n. 80.

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qu'on expriinail par ceUci piiorc qui se irouvc dans tous les anciens Sacrameiitaires durant l'octave de la Pentecôte, comme on les récite encore aujourd'hui : « Nous vous prions, ù Seigneur, (juc les » sacrifices offerts devant votre face, soient consumés » par ce feu divin, dont les cœurs des apôtres ont » été embrasés'. »

C'est en ce sens que le sacrifice du Nouveau Testament est appelé quelquefois un holocauste ; avec celle différence, que le feu qui consumait les victimes anciennes , était un feu qui ne pouvait que consumer et détruire, et qui en effet consumait et dévorait de telle sorte l'hostie immolée avec les pains et les liqueurs qu'on jetait dessus, qu'il n'en demeurait aucun reste ni même aucune apparence; au lieu que le feu que nous employons, c'est-à-dire, le Saint-Esprit, ne consume que ce qu'il veut : de sorte que, sans rien changer au dehors, parce qu'il ne veut rien donner au sens dans un sacrifice qui doit être spirituel, il ne consume que la substance; et encore ne la consunie-t-il pas simjjlement pour la détruire comme fait le feu matériel; mais, comme c'est un esprit créateur, il ne consume les dons proposés que pour en faire quelque chose de meilleur : c'est pourquoi on le priait de descendre , ainsi qu'on a vu , non simplement pour changer le pain et le vin , mais pour en faire le corps et le sang de Notre Seigneur.

VIII. Que la craie matière de l'oblation élait le corps et le sang de Notre Seigneur, et que la consécration en emporte l'oblation avec elle. — Il est maintenant aisé d'entendre que la matière de cette oblation était véritablement le corps et le sang de Notre Seigneur, puisqu'on n'olïrait le pain et le vin que pour y être changés par une vertu toute-puissante , c'est-à-dire par la vertu du Saint-Esprit; et c'est pourquoi ce mystère s'appelait : « la transfor- » mation du Saint-Esprit 2, et la transformation du » corps et du sang de Jésus-Christ, par la vertu de » celui qui les créait, qui les bénissait, qui les » sanctifiait^; » c'est-à-dire, qui les formait sur l'autel, pour nous y être, et par l'oblation et par la manducation, une source de bénédiction et de grâce. Car Jésus-Christ ayant prononcé qu'il se sanctifiait soi-même pour nous, c'est-à-dire, qu'il s'offrait et se dévouait, afin que nous fussions saints''; nous ne craignons point de dire que cette sanctification et celle oblation de Jésus-Christ continue encore sur nos autels : et c'est essenliellement dans la consécration de l'Eucharistie que nous la faisons consister.

Et il est aisé de l'entendre , puisque poser devant Dieu le corps et le sang dans lesquels étaient changés le pain et le vin, c'était en ell'et les lui otTrir : c'était imiter sur la terre ce que Jésus-Christ l'ail dans le ciel , lors(iu'il y parait ])our nous devant son Père, comme dit saint PauP. C'est aussi à quoi revient ce que dit saint Jean dans son Apocalypse", lorsqu'il y vit l'Agneau devant le trône, vivant à la vérité, puisqu'il est debout, mais en même temps comme immolé et comme mort, à cause des cicatrices de ses plaies et des marques qu'il conserve encore, dans la gloire, de son immolation

1. Fer. 2 in On. Penlec. — 2. Miss, Gotli. Miss, i.xvi. — 3. Idfm, Mits. VMi. — 4. Joan., xvii. 19. — 5. J/ei., vri. S5; ix. l'J, 26, — 6. Af'ûc, V. 6.

sanglante. Il est à peu près dans ce même état sur la saillie table, lorsqu'en vertu de la consécration il y est mis tout vivant, mais avec des signes de mort, par la séparation mystique do son corps d'avec son sang. Alors donc il est immolé spirituellement; il est oll'crl à Dieu son Père, en mémoire de sa mort, et pour nous en appliquer continuelleraent la vertu.

IX. L'Eglise explique clairement que c'est le irai corps et le vrai sang qu'elle entend offrir. — Or que ce soit ce corps et ce sang qu'on ait intention d'offrir à Dieu, l'Eglise s'en explique en termes formels dans la liturgie. C'est ce qu'on exprime dans la Secrète qu'on dit encore aujourd'hui le jour de l'Epiphanie , et qu'on trouve dans tous les vieux Sacramentaires : « 0 Seigneur, recevez avec des » yeux favorables ces dons de votre Eglise, par les- » quels on vous ofire, non pas de l'or, de la myrrhe » et de l'encens; mais on oITre, on immole, et on » prend cela même qui élait signifié par ces pré- » seuls, c'est-à-dire, Jésus-Christ Notre Seigneur'. »

Il est donc certain qu'on ofl'rait non pas la figure du corps et du sang de Jésus-Christ, mais la vérité même de ce corps et de ce sang : autrement on n'offrirait pas ce qui élait figuré par les présents des mages, c'était à dire Jésus-Christ même, mais une figure pour une autre, et toujours des ombres, contre le génie de la nouvelle alliance.

Ce que nous venons de voir dans les plus anciens Sacramentaires, dans le romain et dans le gothique, qui était celui dont on usait principalement dans les pays que les Goths avaient occupés, nous Talions voir dans un autre rit très-conforme à celuilà, aussi ancien, aussi vénérable, qu'on appelle Mozarabique : c'est celui qu'avait mis en ordre saint Isidore de Séville, dont on se servait anciennement dans une grande partie de l'Espagne, et qu'on garde encore à présent dans quelques Eglises de Tolède. Nous y lisons ces paroles qui ressentent l'esprit des premiers siècles^ : « Nous, vos indignes serviteurs » et vos humbles prêtres, offrons à votre redoutable » Majesté cette hostie sans tache que le sein d'une » mère a produite par sa virginité inviolable, que la » pudeur a enfantée, que la sanctification a conçue, » que l'intégrilô a fait naître. Nous vous ofirons » cette hostie qui vit étant immolée, et qu'on im- » mole vivante; hostie qui seule peut plaire, parce » que c'est le Seigneur lui-même. »

Les Eglises se communiquaient les unes aux autres ce qu'elles avaient de meilleur. Pour moi , je crois entendre dans cette prière, ou un saint Ambroise, ou quelqu'un d'une pareille anliquilô, d'une pareille onction, d'une pareille piété. Celle prière se disait après avoir récité les noms de ceux dont les oblations étaient reçues, et pour lesquels on allait oll'rir; et on déclare en termes formels que ce qu'on allait oll'rir pour eux n'était rien de moins que Jésus-Christ même.

Pour nous ré|iliquer maintenant qu'on oll'raii Jésus-Christ comme étant au ciel, il faudrait avoir oublié ce qu'on a vu tant de fois, que ce qu'on offrait, on le formait sur l'autel des dons qu'on y apportait, c'est-à-dire, du pain et du vin; ce qui est

1. Sticy. Oreg. Miss. Golh. in Miss. Eplph. Orat. posC. Mysl. — 2. Miss. Moznrah. in Miss. Nul. Dom. apud Mabill. de Li- I luri), Uallic, p. 455.

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inculqué partout dans ce Missel comme dans les autres.

X. Préface admirable du Sacramentaire ambrosien et grégorien. Comment Jésus-Christ est divisé et ne l'est pas. Prière conforme de L'Eglise grecque. — Et alin qu'on ne doute pas du consentement des Eglises, écoulons encore une préface de l'ancien Sacramentaire de saint Grégoire, qu'on lisait autrefois dans tout l'Occident', et qu'on trouve encore aujourd'hui dans le Missel ambrosien, tant dans l'ancien que dans le moderne; il ne se peut rien de plus exprès : a II est juste, ô Seigneur I dit cette » admirable préface^, que nous vous offrions celte » salutaire hostie d'immolation, qui est le sacre- » ment ineffable de la grâce divine, qui est offerte » par plusieurs, et qui par l'infusion du Sainl- » Esprit est faite un seul corps de Jésus-Christ. n Chacun en particulier reçoit Jésus-Christ Noire » Seigneur, et il est tout entier dans chaque partie : » il est reçu de chacun sans diminution; mais il se » donne dans chaque partie en son entier. » Ce que l'Occident disait dans celle belle préface, et ce qu'on dit encore à Milan selon le rit ambrosien, se dit par tout l'Orient, dans la messe qui porte le nom de saint Chrysostome : « L'Agneau de Dieu, dit-on^, ï est divisé , et n'est pas mis en pièces : il se par- » tage à ses membres , et il n'est pas déchiré : on » le mange, et il n'est pas consumé; mais il sanc- I) tille ceux qui le reçoivent. » La même chose se trouve dans la liturgie de saint Jacques, qui est celle de l'Eglise de Jérusalem, dont on sait que ce saint apôtre fut le premier évoque; et nous aurons peut-être occasion de vous en rapporter les paroles en quelque autre endroit. Quel plaisir aurail-on eu dans une prière, malgré la simplicité naïve et intelligible qui y doit régner; quel plaisir, dis-je, d'étourdir le monde par des paradoxes, ou plutôt par des prodiges de propositions inouïes, en disant, comme une merveille, qu'on divise et qu'on ne divise pas; qu'on mange et qu'on ne consume pas; que c'est dans toute l'Eglise et dans toutes les oblalions particulières un seul et même corps, et dans les moindres parcelles ce corps entier sans diminution; si tout cela ne se doit entendre que d'une présence en figure, et d'une manducalion en esprit, c'est-à-dire de la présence la moins divisante, et de la manducalion la moins consumante qu'on puisse jamais imaginer? Mais dans la doctrine de l'Eglise catholique, c'est un vrai miracle qu'un même corps humain soit donné à tous tout entier sous la moindre parcelle : ce corps en même temps est partagé et ne l'est pas; partagé, parce qu'en effet il est réellement donné à chaque fidèle; non parlagé , parce qu'en lui-même il demeure entier et inaltérable.

Je ne m'arrête pas ici à vous expliquer comment

Jésus-Christ est rompu et non rompu dans TEucha-

ristie, divisé et non divisé : ce sont choses qu'on

. explique ailleurs par les locutions les plus simples

et les plus naturelles à l'esprit humain. Ainsi quoi-

1. Guitmond, évêqua d'Averse en Italie, opposant cette préface à Bérenger, la lui aUègue coranie an munutneat autorisé par le suifragô de presque toutes les Eglises latines qui l'ont adoptée : Qui£ per lolum penè orbein latinum habelur. Liber i de Verit. Euchar. {Edit. de Déforis.)

2. Sacr. Greg. llom. 5. post Theoph. EdU. Men., p. 27. Miss. Ambrosian. apud. Partiel, in eàd. Dom.et nov. in Dom 6

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