‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 35 sur 631 · TaO., Lett. wi.p. 265. — 2Idein,p. 2SÛ · texte numérisé non relu

TaO., Lett. wi.p. 265. — 2Idein,p. 2SÛ

SIXIEMI'; KT DERNIER AVERTISSEMENT

changer en une querelle d'injures? « Son zèle, dil » le ministre (c'est de moi qu'il parle), parait grand 1) pour la divinité de Jésus-Christ : (|ul n'en serait » édifié? Il y a pourtant des gens qui croieiil que » tout cela n'est qu'une comédie; car des personnes » de la communion de l'évoque de Meaux lui ont 11 rendu méchant témoignage de sa fol. » Mais par quelle règle de l'Evangile lui est-il permis d'inventer de tels mensonges? Est-ce (|u'il croit que dès ([u'on n'est ]ias de même religion, ou qu'on écrit contre queli|u'un sur cette matière, il n'y a plus, je ne dirai pas de mesures d'honnêteté et de bienséance, mais de vérité à garder; en sorte qu'on puisse mentir impunément, et Imputer tout ce qu'on veut à son adversaire? Ou bien, quand on n'en peut plus, qu'on soit en droit pour se délasser, de lui dire qu'il ne croit pas la divinité de Jésus-Cfirist , et qu'il fait de la religion une comédie? « Des gens de ma communion me rendent » mauvais témoignage sur ma foi. » Qui sont-ils ces gens de ma communion? Depuis vingt ans que je suis évèque , quoique indigne, et depuis trente ou trente-cinq ans que je prêche l'Evangile, ma foi n'a jamais sonlTert aucun reproche : je suis dans la communion et la charité du Pape, de tous les évèques, des prêtres, des religieux, des docteurs, et enlin de tout le monde sans exception ; et jamais on n'a ouï de ma bouche ni remarqué dans mes écrits une parole ambiguë, ni un seul trait qui blessât la révérence des mystères. Si le ministre en sait quelqu'un, qu'il le relève : s'il n'en sali point, lui est-il permis d'inventer ce qu'il lui plait? Et qu'il ne s'imagine pas en être quitte pour avoir ici ajouté : « .le ne me rends pas garant de ces oui-dire ; seu- » lement puis-je dire que le zèle qu'il fait paraître >; pour les mystères ne me persuade pas qu'il en 11 soit persuadé'. » Voilji son style. Un peu après, sur le sujet du landgrave, il ose m'accuser de choses que l'honnêteté et la pudeur ne me permettent pas de répéter. Comme il sait bien que ce sont là des discours en l'air et des calomnies sans fondements , il apaise sa conscience et se prépare une échappatoire , en disant : « Je n'en sais rien : je » veux croire qu'on lui fuit torl^. » Il me semble que j'entends celui qui en frappant de sa lance , et en jetant les traits de ses calomnies, s'il est surpris dans le crime de nuire frauduleusement à son prochain, dit : Je l'ai fait en rianl^. Celui-ci, après avoir lancé ses traits avec toute la violence et la malignité dont 11 est capable, et après les avoir trempés dans le venin de la plus noire calomnie, dil à peu près dans le môme esprit : Je n'en sais rien, je ne le garantis pas : mais s'il n'eu savait rien , il fallait se taire, et n'alléguer pas, comme il fait, pour toute preuve des oui-dire, ou quand il lui plait, la réputation'', à qui il fait raconter ce qu'il veut, et qu'on n'appelle pas en jugement.

Mais puisqu'il ne veut pas nommer ces auteurs ni ces gens de ma communion, qui lui ont rendu de si mauvais tcmoiipumes de ma foi, je veux apprendre ce secret au public. Un religieux, curé dans mon diocèse dont je l'ai chassé, non pas, comme il s'en est vanté, à cause (pi'il penchait à la Réforme prétendue, car je ne lui ai jamais remarqué ce sen-

1. Tah., Letl. iv, p. .300. — 2. Idem. — 3. Pi-oo., xwi. 19. — 4. Pag. 281, 301.

timent, mais parce que souvent convaincu d'être incapable de son emploi, il m'a supplié lui-même de l'en décharger: ce curé, ne pouvant soutl'rir la régularité de son cloitre où je le renvoyais, s'est réfugié entre les bras de M. Jurieu, qui s'en vante dans sa Lettre pastorale contre M. Papin : « Plus » d'ecclésiastiques, dit-il', se sont venus jeter en- 1) tre nos bras depuis la persécution, qu'il n'y en a » eu en quatre-vingts ans de paix. » Nous en connaissons quelques-uns de ces malheureux ecclésiastiques qui nous avouent tous les jours avec larmes et gémissements, qu'en effet ils ont été chercher dans le sein de la Réforme de quoi contenter leur libertinage. Parmi les ecclésiastiques que M. Jurieu se glorifie d'avoir reçus entre ses bras, celui-ci, tout misérable qu'il est, a été l'un des plus importants, et c'est lui qui sous la main de ce ministre a publié un libelle contre moi , où il avance entre autres choses dignes de remarque, que je ne crois pas la transsubstantiation, à cause, dit-il, qu'il m'a vu à la campagne, et dans ma chapelle domestique entendre la messe quelquefois avec un habillement un peu plus aisé que ceux qu'on porte en public, quoique toujours long et régulier, et que ma robe (car il descend jusqu'à ces bassesses) n'était pas assez boutonnée à son gré; d'où il conclut et répète trois ou quatre fois, qu'il n'est pas possible que je croie aux mystères ni à la transsubstantiation. Voilà cet homme de ma communion, qui à son grand malheur n'en est plus : le voilà, dis-je, celui qui rend un si mauvais témoignage de ma foi : c'est le même qui a raconté à M. Jurieu tout ce qu'il rapporte de ma conduite; c'est le même qui lui a dit encore cjue je menais les gens à la messe à, coups de barre'^ : car il rapporte dans son libelle qu'il m'a vu en pleine rue menacer et charger (i'injures les prétendus réformés qui ne voulaient pas m'en croire avec un emportement qui tenait de la fureur. M. Basnagc a relevé celte historiette, fausse en toutes ses parties, et l'a jugée digne d'être placée dans sa Préface à la tète de sa Réponse aux Variations. Il est vrai iju'il se dédit dans cette Préface de la circonstance d'un garde-fou, sur lequel dans le corps de l'ouvrage il me faisait monter comme sur un théâtre pour y crier des injures aux passants qui refusaient de se convertir'. Mais onlln au garde-fou près, il soutient loiil le reste comme vrai, « On m'a vu forcer un malade à pro- » faner les mystères les plus augustes , et à rece- 11 voir les sacrements contre sa conscience ; » moi qui n'ai donné les mystères qu'avec les épreuves et les précautions que Dieu sait et que tout le monde a vues. Les ministres prennent plaisir à exagérer mes violences et ma feinte douceur avec aussi peu de vérité que le reste qu'on vient d'entendre; pour éloigner s'ils pouvaient ceux à qui je tâche dans l'occasion, et lorsque Dieu me les adresse, d'enseigner la voie du salut en toute simplicité; et tout cela sur la foi d'un apostat qui peut-être leur a déjà échappé, et dont en tout cas je i)uis leur répondre qu'ils seront bientôt plus las que moi, qui l'ai supporté avec, une si longue patience. Nous ne laisserons pas cependant de purger l'aire du Seigneur; el puisque ces messieurs se glorllient d'en ramasser

Page 1