‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 34 sur 631 · Lelt. vil, ji. 356. — 2. Tab., U-U. vi, p. 268, 270, 2S · texte numérisé non relu

Lelt. vil, ji. 356. — 2. Tab., U-U. vi, p. 268, 270, 2S

ministre, qui s'en moque sans songera ce ([u'il dit, les doit prêcher connue nous , en d'autres termes peut-être, mais toujours dans le même sens. Sans donc s'arrêter à ces chicanes, il faudrait une l'ois répondre à notre demande : Qui est-ce qui |)rèchait au peuple l'égalité des personnes et l'immuable perfection de l'Etre divin , pendant que tous les docteurs croyaient le contraire? Le ministre dit à pleine bouche : « Nous trouvons dans les iiremiers » siècles une beaucoup plus grande pureté que » dans les âges suivants, et nous nous faisons hon- » neur de notre conformité avec eux'. » Cela est bon i)our s'en faire honneur, et pour faire croire au peu[)le qu'on a réformé l'Eglise sur le plan de ces premiers siècles. Mais cependant s'il faut trouver des variations dans la foi de l'ancienne Eglise, c'est là qu'on les cherche; s'il faut donner des exemples des plus pauvres théologiens qui furent jamais , c'est là qu'on les prend. Ils ont si peu profilé du bonheur d'être si voisins des temps apostoliques , qu'aussitôt après que les apôtres ont eu les yeux fermés, ils ont obscurci les principaux articles de la religion chrétienne par une fausse et impure philosophie. Pour comble d'aveuglement, ils ne lisaient que Platon, et ne lisaient point l'Ecriture, ou ils la lisaient sans application, et sans y apercevoir ce (ju'elle avait de plus clair, c'est-à-dire, les fondements de la religion.

CXIV. Que le ministre permet tout aux tolérants, en approuvant qu'on ait dit que le Fils de Dieu a été fait. — Pour ne rien omettre de considérable , il reste à examiner si en bonne théologie , et sans blesser la foi , le ministre a pu approuver ce qu'il attribue à Tertullien, que Dieu a fait son image et son Verbe ^, qui est son Fils. Il y a là deux questions : l'une si Tertullien l'a dit; l'autre quand il l'aurait dit, s'il était permis do le suivre. Le dernier n'a pas de diiïicultc par les principes communs des protestants comme des catholiques; puisque nous recevons les uns et les autres le Symbole de Nicée, où il est dit expressément du Fils de Dieu, engendré, et non fait. Dire donc qu'il a été fait , c'est aller contre la foi de Nicée qui nous sert de fondement aux uns et aux autres. J'en pourrais demeurer là, si le ministre en m'insultant à cet endroit sur mon esprit déclamatoire , dont il veut qu'on trouve ici un si grand exemple^, n'avait mérité qu'on découvrit son injuste fierté. Disons-lui donc qu'il n'y avait rien de plus manifeste que ce qu'il a voulu embrouiller ici. Dès le premier mot de saint Jean , le Verbe est celui par qui a été fait tout ce qui a été fait^. Il est donc visiblement exclu par là du nombre des choses faites. Comme remarque saint Athanase, on nous dit bien qu'iZ a été fait Christ , qu'î't a été fait Seigneur^, qu'il a été fait homme ou fait chair ^; mais jamais qu'il a été fait Verbe, ni qu'il a été fait Fils : au contraire, il était Verbe et il a été fait homme, par une visible opposition entre ce que le Verbe était naturellement , et ce qu'il a été fait par la volonté de Dieu. Mais il faut ici répéter ce qu'un pro|iosant de quatre jours n'ignore pas , et que le ministre sait bien en sa conscience, puisqu'il a môme bien su que ciuarante

1. Tab., Lelt. vi , p. S96, 297. — 2. Lett. vi de 16S2 , p. 44 , /. Avert.. n. 12. — 3. P. 286. — 4. Joan., i. 3. - 5. Act., u. 36. — 6. Joan., I. 14.

ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE

ans, comme il le corapie, après les apôtres, Alhénagore amit nié que le Fils fût sorti du sein de son Père comme une chose faite', assurant, au contraire, qu'il a été engendré-, comme l'Ecriture le dit perpétuellement. Il cite aussi de saint Irénée ce passage mémorable où il oppose les hommes qui ont été faits , au Verbe dont la coexistence est éternelle^. Ainsi il voit bien qu'il a tort, et que le langage contraire à celui qu'il tient est établi dans l'Eglise dès l'origine du christianisme. Pourquoi donc a-t-il approuvé, après tant de témoignages, et après la foi de Nicée, ce qu'il fait dire à Tertullien , que Dieu a fait son Fils et son Verbe? C'est parce qu'il ne songe pas à ce qu'il dit, et qu'en matière de foi il n'a nulle exactitude. Et pourquoi le soutient-il? C'est parce qu'il ne veut jamais avouer sa faute. Il nous allègue pour toute raison que souvent faire, signifie engendrer en notre langue''; ce qu'il prouve par celte noble façon de parler, que les hommes font des enfants, et les animaux des petits. Ainsi malgré l'Ecriture , malgré la Tradition, malgré la foi de Nicée, il dira quand il lui plaira (j'ai honte de le répéter) que Dieu a fait un Fils , et portera jusque dans le ciel la plus basse façon de parler de noire langue; au lieu qu'il fallait songer qu'il s'agit ici non d'une phrase vulgaire , mais du langage ecclésiastique qui, formé sur l'Ecriture et l'usage de tous les siècles, doit être sacré aux chrétiens, surtout depuis qu'il est consacré par un aussi grand concile que celui de Nicée. Cependant je suis un déclamateur, parce que je veux obliger un professeur en théologie à parler correctement; et il fait semblant de croire que c'est sur celte seule témérité que je me plains qu'on lui souffre tout dans son parti, comme si tout ce qu'il écrit depuis deux ans, principalement sur cette matière , n'était pas plein d'erreurs si insupportables qu'il n'y a qu'à s'étonner de ce qu'on les soiilTre.

Pour ce qui regarde Tertullien, quand il lui serait échappé d'employer une fois ou deux le mot de faire, au lieu de celui d'engendrer, il faudrait mettre cette négligence parmi celles que saint Athanase a remarquées dans les écrits de quelques anciens^, où une bonne intention supplée A une expression trop simple et trop peu précautionnée. Car au reste, Tertullien, dans le livre le plus suspect , qui est celui contre Hermogène, a bien montré qu'à l'exemple des autres Pères, il exceptait le Fils de Dieu du nombre des choses faites, comme celui par qui tout était fait"; et il ne dit pas absolument dans son livre contre Praxéas ce que le ministre lui a fait dire, que Dieu a fait son Fils et son Verbe. On peut bien dire, comme je l'ai remarqué', que Dieu est fait, non absolument, mais, comme dit le Psalmiste, qu'il est fait notre recours et notre refuge^. Il est clair par toute la suite, que le faire de Tertullien^ se dit en ce sens. Ce que le ministre ajoute , qu'ici faire signifie former, n'est pas meilleur, et ne sert qu'à faire voir de plus en plus qu'on se jette d'un embarras dans un autre , quand on veut toujours avoir raison ; car on ne dira non plus dans le langage correct que Dieu ait formé son Fils ni son Saint-Esprit, parce que cela

1. Tiib., Lett. VI, p. 25. — 2. Idem , 232. — 3. Iren., lib. n <■ 43, al. 25, n. 3. p. 153. — 4. Idem, p. 2S6. — 5. Orat.. 3 et 4. — 6. Cap. 19 et seq. — 7. I. Avert., n. 12. — S. Ps., ix. 10. — 9. Ailv. Pyaa>., it. 9.

ressent quelque chose qui était informe auparavant : et il n'y a que M. Jurieu qu'une telle idée accommode. On dit, avec l'Ecriture, que le Fils est engendré; qu'il est né; et par un terme plus général qui convient aussi au Fils, on dit que le Saint-Esprit procède. Dieu , qui dispense comme il lui plait selon les règles de sa sagesse la révélation de ses mystères, n'a pas voulu que nous en sussions davantage sur la procession du Saint-Esprit. On ne dit pas qu'il est né, car il serait Fils; et le Fils de Dieu ne serait pas unique comme il l'est selon l'Ecriture; et c'est pourquoi le ministre ne devait pas dire en parlant du Fils ou du Saint-Esprit, que les anciens les faisaient produits librement à l'égard de leur seconde naissance'; car jamais ni dans l'Ecriture, ni dans les auteurs ecclésiastiques, il n'entendra parler de la nativité du Saint-Esprit, ni de la première, ni de la seconde; puisqu'il en veut donner jusqu'à deux à celui qui n'en a pas même une seule. Un homme qui tranche si fort du théologien , et qui s'érige en arbitre de la théologie de son parti, où il dit tout ce qu'il lui plait sans être repris , ne devait pas ignorer ces exactitudes du langage Ihéologique formé sur l'Ecriture et sur l'usage de tous les siècles.

Ainsi manifestement il ne lui reste aucune réplique contre les tolérants. Il n'y a plus de proposition si hardie et si téméraire contre la personne du Fils de Dieu qui ne doive passer, s'il est permis non de tolérer, mais d'approuver expressément celle qui le met au rang des choses faites. Si le Symbole de Nicée n'est pas une règle, on dira et on pensera impunément tout ce qui viendra dans l'esprit ; on sera contraint de se payer des plus vaines subtilités; et ce qu'on aura souffert au ministre Jurieu, le grand défenseur de la cause, sera la loi du parti.

CXV. Que le ministre , qui n'en peut plus , subs titue les calomnies aux bonnes raisons. — Enfin , ma preuve est complète. Il est plus clair que le jour que le ministre n'a pu établir les variations qu'il cherchai! dans l'ancienne Eglise, sans renverser tous les fondements de sa propre communion. Son argument foudroyant s'en va en fumée : il ne faut plus qu'il cherche de variations dans la véritable Eglise, puisque celle-ci qu'il croyait la plus certaine lui échappe; et tous ses efforts n'ont abouti qu'à donner gain de cause aux tolérants : ainsi il tombe à leurs pieds défait par lui-même , et percé de tous les coups qu'il a voulu me porter.

Cependant, pour étourdir le lecteur, il met les emportements et les vanteries à la place des raii sons. Car, à l'entendre, je suis accablé sous ce ter- I rible argument : « M. de Meaux n'y répond, dit-iP, » que par des puérilités et des injures. Il a fait ; » précisément comme une bêle de charge , qui tom- » bant écrasée sous son fardeau, crève, et en mou- » rant jette des ruades pour crever ce qu'elle » atteint. » Je n'ai rien à lui répliquer, sinon qu'il a toujours de nobles id.ées. Vous pouvez juger par vous-mêmes, mes chers frères, si je me donne une seule fois la liberté de m'épancher en des faits particuliers , ou de sortir des bornes d'une légitime réfutation. Mais pour lui , qui le peut porter à raconter tant de faits visiblement calomnieux qui ne font rien à notre dispute, si ce n'est qu'il veut la

Page 1