‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 375 sur 631 · Juan., XX · texte numérisé non relu

Juan., XX

sacrement est prouvé par ces paroles expresses des Actes' : « Quand les apôtres qui étaient à Jé- » rusalem eurent appris que ceux do Samarie » avaient reçu la parole de Dieu, ils leur envoyc- » rent Pierre et Jean, qui étant venus, firent des » prières pour eux; alin qu'ils reçussent le Saint- » Esprit : car il n'était point encore descendu sur » eux, et ils avaient seulement été baptisés au nom » du Seigneur Jésus. Mais alors ils leur imposèrent » les mains et ils reçurent le Saint-Esprit. » Il a plu aux nouveaux réformateurs de décider de leur autorité, et sans aucun témoignage de l'Ecriture, que ce sacrement, quoique administré dans tous les siècles, et réservé selon la pratique des apôtres aux évoques leurs successeurs, n'était dans l'Eglise que pour un temps. Sous prétexte que le Saint- Esprit ne descend plus visiblement, ils ont prétendu qu'il ne descendait plus du tout, et que cette cérémonie était inutile. Ils auraient pu prétendre, avec autant de raison, qu'à cause que Satan n'afflige plus comme autrefois visiblement en leur chair ceux que l'Eglise lui livre^, elle a perdu le pouvoir de les lui livrer par ses censures. Ne les croyez pas, mes frères, et ne soyez pas plus sages que toute l'antiquité. Apprenez soigneusement de vos pasteurs quel est l'elfet de ce sacrement, et du saint chrême que nous bénissons à l'exemple de nos pères dès l'origine du christianisme. Vous devriez déjà nous avoir demandé avec ardeur un sacrement qui vous est si nécessaire pour fortifier votre foi naissante. Venez, mes frères, venez le recevoir de nos mains; venez, vous qui êtes proche; désirez, vous qui êtes loin; et j'irai vous porter ce don céleste.

Mais surtout préparez-vous à faire la pAque , et à manger la chair adorable de V Agneau sans lâche, qui Ole le péché du monde. Qu'y a-t-il de plus désirable que d'exercer le droit de l'Epouse, de jouir du corps sacré de l'Epoux céleste , de lui livrer le sien, afin qu'il le sanctifie, de s'unir à 1-ui corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit; afin d'être consommé en un avec lui^, d'être os de ses os et chair de sa chair, et enfin deux dans une même chair, et tout ensemble dans un même esprit avec Jésus-Christ*? Ce n'est pas seulement l'esprit, c'est le corps qu'il faut préparer au corps de Jésus. Car depuis que le Verbe a été fait chair, le corps qu'il a pris est le moyen de nous unir à sa divinité; et pour consommer le mystère, c'est aussi en s'unissant à nos corps que le Fils de Dieu fait passer sa grâce et sa vertu dans nos âmes. Courez donc avidement au corps du Sauveur. Qu'aurez-vous à désirer davantage, quand vous y aurez trouvé, avec la divinité et toute la personne de Jésus-Christ, la source de la grâce et de la vie?

Il a dit : Qui me mange, vivra pour moi. Il a dit : Qui mangera de ce pain, aura la vie éternelle. Il a dit : Le pain que je donnerai, c'est ma chair que je donnerai pour la vie du mo?ide^. Quelle autre grâce recevrait-on avec le sang précieux? Et qui ne voit que l'un et l'autre , et les deux ensemble, ont une seule et même vertu? Ne devez-vous pas être contents de communier comme

1. Act., VIII. U, 13, 16, 17. — 2. /. Cor., v. 4, 5. — 3. Joan., XVII 23. —4. Eph., V.30; /. Cor., vi. 16, 17. — 5. Joan., vi. 52, 58, 59.

LETTRE PASTORALE SUR LA COMMUNION PASCALE

la pieuse antiquité coiiiinuiiiail les malades; comme saint Aniljroise a coinniuniè en mourant; comme saint Cyprien cl les autres saints ont communié les enfants; comme les martyrs ont communié dans leurs maisons, et les solitaires dans leurs retraites'; comme plusieurs saints ont entendu que Jésus-Christ avait communié les deux disciples d'Emmaùs; comme les adversaires eux-mêmes communient ceux qui ont répugnance au vin, et ne croient pas les priver du sacrement de Jésus-Christ, encore qu'ils en fassent consister toute la vertu dans les espèces? Combien plus doit-on être content d'une seule espèce dans l'Eglise catholique, où la force du sacrement est mise en Jésus-Christ môme? Croyez-vous que l'Eglise, cette bonne mère, voulût priver ses enfants de la grùce d'un sacrement, dont elle connaît si bien les douceurs et la vertu? ou que Jésus-Christ, qui lui a promis d'être toujours avec elle, l'eût permis? Sur la foi de celte promesse, M. Claude demeure d'accord qu'il y a toujours une Eglise qui publie la foi, une Eglise à qui Jésus-Christ a donné mh ministère extérieur, et par conséquent une Eglise qui a un extérieur et une visibilité'^. Il avoue qu'il faut reconnaître en vertu de cette promesse, une subsistance perpétuelle du ministère dans un état suffisant pour le salut des élus de Dieu^, pour édifier le corps de Christ, et pour amener tous ses élus et ses vrais fidèles à la perfection''. S'il leur manque quelque chose d'essentiel à un aussi grand sacrement que celui de la communion, le ministère est-il sulTisant au salut et à la perfection des fidèles? Est-ce être dans cel état, que de ne recevoir un tel sacrement qu'en violant le commandement de Jésus-Christ? C'est une vérité constante entre nous et les ministres, que l'Eglise ne peut pas être où les sacrements ne sont pas. Si donc les deux espèces sont absolument nécessaires à chaque fidèle, si le sacrement ne subsiste que dans la distribution de toutes les deux; les ministres devraient dire que tant qu'on n'a donné qu'une seule espèce, l'Eglise a été sans le sacrement de la Cène. Ils n'osent le dire néanmoins : ils sont forcés d'avouer qu'on se sauvait parmi nous du moins avant leur Rôformalion, et que la vraie Eglise y était. Il faut donc qu'ils avouent nécessairement que le sacrement de la Cène y était aussi , et par conséquent qu'il subsiste dans toute sa perfection, en ne distribuant qu'une seule espèce.

C'est aussi ce que M. Claude reconnaît d'une manière à ne laisser aucun doute à ceux qui le voudront lire attentivement. Voici comme il définit l'Eglise : « L'Eglise est les vrais fidèles qui font » profession de la vérité et de la piété chrétienne, » et d'une véritable sainlctè, sous un ministère qui » lui fournit les aliments nécessaires pour la vie » spirituelle, sans lui en soustraire aucun^. » Il n'y a rien de plus essentiel à l'Eglise que ce qui entre dans sa définition. Il entre dans la définition de l'Eglise qu'elle soit sous un ministère, c'està-dire, sous des pasteurs qui lui fournissent tous les aliments nécessaires pour la vie spirituelle, sans lui en soustraire aucun. Ce ministre convient sur

1. Voyez le Traité de la Communion sous les deux espèces, p. 15U, 473 , iVi , 4y». — 2. Rép. au dise, de M. de Condom ,q.i,p. 170. - 3. Idem. — 1. Ibid.,p. 171. — 5. lbid.,p. 176.

ce fondement', el tous les ministres en sont d'accord, qu'au moins jusqu'à la Réformation prétendue, on faisait son salut sous le ministère des pasteurs latins, et de l'Eglise romaine, et que la véritable Eglise y était encore. Elle était donc sous un ministère qui lui fournissait tous les aliments nécessaires, sans lui en soustraire aucun, lors môme qu'on avait cessé de donner la coupe , et la coupe ne peut pas être comptée parmi ces aliments nécessaires k la vie spirituelle.

Venez donc, mes chers frères, venez au banquet sacré de l'Eglise; et n'en faites pas consister la perfection dans les deux espèces, puisque les ministres mômes sont forcés ;i reconnaître qu'on vous donne sous une seule tout l'aliment nécessaire à la vie spirituelle, sans vous en soustraire aucun. En effet, quel sujet auriez-vous de douter? Sur la foi de l'Eglise, vous vous contentez de votre baptême, encore que vous l'ayez reçu dans l'enfance sans l'autorité de l'Ecriture, et d'une manière, à ne regarder que la lettre, si différente de celle que Jésus-Christ a ordonnée, qu'il a lui-même observée le premier, et où ses apôtres ont mis la mystérieuse représentation de notre sépulture aussi bien que de notre résurrection avec Jésus-Christ. Vous entendez bien que je parle de l'immersion pratiquée dans le baptême durant tant de siècles, et comprise dans ces paroles de Notre Seigneur, Baptisez, c'est-à-dire. Plongez, et mettez entièrement sous les eaux. Si , sur la foi de l'Eglise vous êtes en repos de votre baptême, reposez-vous, sur la même foi, de votre communion, et ne vous privez pas de tout le sacrement, sous prétexte d'en désirer une partie. C'est le comble de mes vœux de vous voir à la sainte table consommer le mystère de votre paix et de votre réconciliation avec l'Eglise. Mais de peur que vous n'y mangiez votre jugement, et que faute de discerner le corps du Seigneur, vous ne vous en rendiez coupables, nous désirons, autant qu'il sera possible, de vous préparer nous-mème à ce céleste banquet; et nous irons de paroisse en paroisse vous donner les instructions et les conseils nécessaires. Au reste, nous ne demandons point des perfections extraordinaires. Pourvu qu'on apporte à l'Eucharistie une ferme foi, une conscience innocente et une sainte ferveur, nous supporterons les restes de l'infirmité, nous souvenant de cette pàque d'Ezéchias dont nous vous avons parlé au commencement de cette Instruction. Plusieurs de ceux qui étaient revenus du schisme, n'avaient pas été sanctifiés autant qu'il était requis pour faire la pàque : « mais Ezéchias pria pour eux » en disant^ ; Le Seigneur, qui est bon, aura pitié » de ceux qui recherchent de tout leur cœur le Dieu » de leurs pères, et ne leur imjiutera pas de ce » qu'ils ne sont pas assez purifiés : et le Seigneur » l'écouta, et il s'apaisa sur le peuple. » Pourvu donc que, revenus à Dieu de tout votre cœur, vous le serviez dans le môme esprit que vos pères , dans l'Eglise où ils l'ont servi, ce qui manque à votre foi encore infirme sera suppléé par la médiation de Jésus-Christ, dont Ezéchias était la figure; et la sainte Eucharistie sera votre force.

En attendant, mes chers frères, fréquentez les instructions et les catéchismes : envoyez-y vos en-

1. Rt!p. au dise, de M. Condom., q. i, p. 176 et suii>. — 2. //. Puralip., \%\. 18, 19.

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