‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 413 sur 631 · DE M. MAIMBOURG AU .\II.\ISTRE FERRY · texte numérisé non relu

DE M. MAIMBOURG AU .\II.\ISTRE FERRY

Monsieur , J'aur.vis bien de la confusion de toutes les louanges que vous me faites la grâce de me donner par votre dernière, du 18 septembre, si je ne savais de

quelle source elles partent, et que ce serait une vanité, dont je ne suis pas capable, parla grâce de Dieu, que d'attribuer à mon mérite ce que je tiens de votre pure bonté et de celle de vos amis. Tout ce que je puis m'atlribuer avec justice, c'est, monsieur, une passion sincère, vive et constante à vous honorer comme mon père, et comme un des plus grands hommes de notre siècle; et je vous avoue qu'il me fâcherait que vous n'eussiez pas toute la gloire d'une paix tant désirée, si c'est le bon plaisir de Dieu de la faire éclore en nos jours.

Peut-être, monsieur, que le procédé de M. Daillé, tout grand homme qu'il est, n'est pas exempt de quelque jalousie, qu'il n'ait pas été le premier à qui l'on ait fait les premières ouvertures de ce dessein. Quoi qu'il en soit, je ne désespère point, malgré les difficultés que j'y prévois, d'en voir une heureuse conclusion; puisque Dieu vous a, ce semble, choisi entre tous pour une œuvre de cette importance, et qu'il a voulu qu'une réputation aussi belle et aussi pure que la vôtre fût comme le principal fondement et le principal appui de tout ce grand édifice.

Le point du sacrifice est assurément un des plus difficiles à ajuster; mais je suis persuadé qu'il n'est pas impossible de s'approcher et de s'entendre làdessus, comme sur la plupart de nos autres controverses, et que , dans les conférences que vous aurez avec notre illustre abbé et ces autres amis que vous me marquez, vous ne puissiez enfin trouver des éclaircissements et des biais qui pourront satisfaire les plus délicats, sans blesser leur conscience, ni la vérité.

Je voudrais bien être assez heureux pour me trouver à des entretiens où il y aura tant à profiter; et le zèle de la paix, plutôt qu'aucune opinion que j'aie de ma petite capacité, me fait presque croire que je pourrais bien n'y être pas absolument inutile. Mais le moyen de rompre les liens qui m'attachent ici, sans le secours de ceux entre les mains de qui Dieu a mis toutes les choses qui me manquent? Je suis comme ce pauvre paralytique de l'Evangile, hominem non habeo; cependant je fais ce que je puis par-deçà, et peut-être que mes efforts ne seraient pas sans quelque succès, si cette malheureuse passion, je veux dire la jalousie, ne se mêlait pas d'interpréter mes intentions contre toute la netteté de mon procédé et de mes paroles. Il ne faut pas pourtant que cela nous rebute, monsieur, ni oublier que nous ne sommes pas responsables des événements qui dépendent de Dieu seul , mais seulement des choses qu'il a mises en notre pouvoir. Après tout, in magnis roluisse sat est, et comme dit Cicéron : Turpeest quœrendo defatigari, cùm id quod quœrilur sit pulcherrimum.

On me mande de Paris que M. de Bossuet est allé à la campagne, et que notre correspondant en devait partir le 15 du courant pour un voyage de deux ou trois mois. Ainsi je vous supplie, monsieur, de prendre maintenant l'adresse de vos lettres chez M. de Combel, secrétaire du roi, rue des Fossés-Montmartre, en menant mon nom, et non pas celui de Plerville qui lui serait inconnu.

Votre chère lettre m'a été bien et fidèlement rendue, le 19 du courant; j'ai marqué ce jour au haut de la lettre, comme vous l'avez désiré , et je la gar-

l'IKMET DE RÉUNION DES PROTESTANTS DE l'RANUE

derai soigneusemenl, alin de vous la renvoyer, lorsque vous le désirerez.

La longueur de ma dernière, et la liAte que j'avais à la veille de mon dôparl, me tirenl oublier de vous dire que je parlais pour retourner ici, chargé des ordres du roi , et pour arrêter les persécutions d'un curé et de quelques mauvais voisins , qui menaçaient cette maison d'une désolation cnliére. Mais l'envie que j'avais de me rendre en diligence dans la province, avec des ordres si favorables, ne m'empôcha pas de quitter la route ordinaire, pour prendre celle de Saumur, et de là par Thouars, afm d'avoir l'honneur d'y voir les personnes qui vous touchent de si près , et de conférer avec M. Baucelin, de toutes les choses que vous m'aviez fait l'honneur de m'écrire; mais par malheur ils étaient à une journée de là, et le guide que j'avais pris à Saumur, et qui m'avait loué un cheval, ne voulut jamais consentir à ce petit détour, parce qu'il dit que nous manquerions à Blaye l'occasion qui l'avait fait résoudre à ce voyage, ce qui était véritable.

Vous me faites trop de grùces , monsieur, des soins que vous avez la bonté de prendre de ma petite famille. Elle consiste en deux enfants, un petit garçon de six ans, et une petite fille qui entre dans la douzième. Ils sont ici tous deux avec leur mère, logés dans le château même, qui est un des plus beaux et des plus magnifiques de la Guyenne. Je suis, avec toute la tendresse et tout le respect possibles, monsieur, votre très-humble, etc.,

Maimbourg.

CouUonges , le 13 octobre 1GG6.

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