RELATION
Faite par le ministre Ferry, de différents faits, qui ont rapport au projet de réunion.
Le samedi 5 février 1667, le Père de Rhodes m'étant venu voir, après m'avoir déjà cherché deux fois , je lui demandai des nouvelles de la proposition qui nous avait été faite par M. le lieutenant-général, qu'il me témoigna savoir bien, mais non notre réponse par écrit, et surtout la clause, que nous étions prêts à contribuer conjointement avec les Eglises de France , ce que la conscience et la vérité pourraient permettre, et en somme protesta ne rien savoir du second voyage de MM. de Dampierre et de Batilly vers lui. De cela nous passâmes au gros de l'affaire, et ensuite je lui dis que nul de nous n'avait cru qu'il en eût eu aucun ordre du roi; que les uns disaient qu'il n'avait aucun ordre que du Père Annat, ou conseil de conscience, et les autres que c'était un concert fait avec le Père Adam et la congrégation des Jésuites.
Sur quoi il m'avoua ingénument, sous le secret pourtant, qu'il n'avait eu nul ordre pour cela, mais que le Père Adam étant sur son adieu , M. le lieutenant-général lui demanda et à lui de Rhodes, s'il y aurait du mal qu'il nous fit cette proposition; à quoi ils ne s'opposèrent point, pourvu qu'il y eût apparence qu'elle dût être bien reçue et approuvée à la Cour; et ensuite me dit que le Père Adam en avait donné avis au Père Annat, et que lui Père de Rhodes lui en avait écrit au long, à quoi le premier s'en était remis, mais qu'il n'avait eu aucune réponse.
Sur quoi je lui dis que cette proposition avait bien été faite à contre-temps, qu'elle m'avait causé de la peine et du déplaisir, lui en fis un récit sommaire, et ajoutai que le jeudi précédent, 3 de ce mois, M. du Chat, conseiller, m'était venu montrer une lettre qu'il avait reçue de M. Conrard, son beau-frère, où j'étais maltraité, quoique non nommé , à l'occasion de mes éloges qu'on publiait partout de pacifiques, et comme si je donnais les mains, ou traitais déjà des moyens de la réunion. Je le fis souvenir que je leur avais toujours dit que je ne me séparerais jamais de mes frères et collègues; que je ne quitterais jamais rien de la vérité; que tout ce que je leur avais promis était d'ouir les
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PROJET DE RÉUNION DES PROTESTANTS DE FRANCE
adoucisscmonls ou éclaircissements qu'ils me voudraieril donner sur les controverses cl explications du malentendu , et de leur en dire mon sentiment en bonne conscience, et autant que la vérité le pourrail permettre, el sans aucun engagement; el que j'avais toujours dit que celte alTaire n'était jjas pour être traitée à part , mais en une grande assemblée du clergé avec les ministres de France, convoquée avec l'avis d'un synode national; que c'était l'ouvrage d'un grand roi qui n'avait plus rien à l'aire à Paris sous ses yeux; et cela, disais-je, pour m'en détourner, comme n'étant pas du royaume, ni membre de synodes, afm de détourner aussi ce qu'on me disait que le roi m'appellerait : ce qu'il reconnut être entièrement véritable.
Et pour la lin, sur ce qu'il me faisait les recommandations du Père Adam, dont il disait être chargé par trois lettres, et qu'il serait bientôt ici pour se préparer au carême, de le conjurer, et le prier à son arrivée , de se passer de prendre la peine de me venir voir : ce qu'il me promit, en me disant qu'il voyait que je souffrais dedans et dehors.
Sur la proposition qui nous a été faite par MM. de Dampierre el de Batilly, de la part de M. de la Voitgarde, lieutenant du roi en cette ville el gouvernement , el de M. le lieutenant-général au bailliage et siège royal de cette dite ville, el par ordre, comme ils ont dit, de penser aux moyens de parvenir à la réunion des religions d'entre ceux de la religion catholique romaine el nous, el d'en conférer entre nous, el après avec ceux d'entre eux qui nous seront proposés de leur part en lel nombre qu'il sera avisé de part el d'autre : répondons avec tout le respect qu'il appartient, que la désunion qui y est survenue au siècle passé, ayant été une extrémité à laquelle les nôtres n'ont cru se devoir réduire que pour le repos de leurs consciences el pour pouvoir servir Dieu sans l'offenser, il ne nous saurait rien être présenté de plus agréable que la proposition et les moyens de pouvoir retourner à le servir ensemble, comme il le veut être; mais que ne nous étant rien proposé de particulier, nous n'avons aussi rien à répondre de plus exprès, quant à présent; étant jirèts, s'il nous en est fait ci-après quelque ouverture, d'en dire nos sentiments, après que nous aurons pourtant communiqué le loul à nos frères du royaume, avec lesquels nous avons signé une même confession de foi , et avons une môme discipline, auxquels cette alïaire doit être commune avec nous, el en la communion desquels nous faisons profession de vouloir demeurer; promettant néanmoins d'apporter de notre part aux occasions toute la disposition possible , et qui doit être attendue de bons sujets el de bons citoyens, el autant que la malière et la conscience le pourront permettre.