CHAPITRE XXXIII
De l'invocation des saints.
Si les catholiques romains disent publiquement qu'ils n'ont point une autre sorte de confiance aux saints qu'aux vivants, dont ils demandent les prières ; qu'en quelques termes que soient conçues les prières qu'on leur adresse, elles doivent toujours être entendues par manière d'intercession; par exemple, que lorsqu'on dit : Sainte Marie, délierez-moi à l'heure de la mort, le sens est : Sainte Marie, priez pour moi votre Fils, qu'à l'heure de la mort il me délivre : si, dis-je, les catholiques s'expliquent ainsi, tout le péril que les protestants trouvent dans ces prières cessera. Il faudra encore ajouter que l'invocation des saints n'est pas absolument commandée, mais laissée libre aux particuliers par le concile de Trente; et qu'on ne doit pas toujours prier les saints, mais particulièrement, lorsque, dans la crainte de la colère de Dieu , on n'ose lever les yeux vers lui, ni s'y adresser directement : qu'au reste , la prière adressée à Dieu est de tout autre efQcace que celle qu'on adresse aux saints après leur mort, et que la prière la plus parfaite est celle qui s'élève et s'attache plus intimement aux seuls attributs divins.
La chose étant expliquée ainsi , je ne vois pas qu'on puisse désirer beaucoup davantage, si ce n'est peul-èlre, que n'étant pas bien certain que les saints sachent en particulier tous nos besoins, ce serait peut-être le mieux de prier ainsi : Sainte Marie, si vous connaissez mes besoins, priez pour moi. Je m'en rapporte aux autres, et pour moi, je suspens mon jugement. Nous souhaitons, au reste, qu'on abolisse ces manières plus dures d'invoquer les saints, qu'on trouve dans !e Psautier de la sainte Vierge, dans les Neuvaines de saint Antoine et autres de celle nature, qui déplaisent aux catholiques modérés aussi bien qu'à nous; mais il doit suirire aux prolestants que ces formules soient expliquées par manière d'intercession , au même sens qu'il faudrait entendre la prière d'un criminel, qui demandant sa délivrance au ministre de quelque prince, manifestement ne voudrait dire autre chose, sinon qu'il intercédât pour la lui obtenir du prince même.