‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 508 sur 631 · Scas. XXII, cap. vi · texte numérisé non relu

Scas. XXII, cap. vi

Cette doctrine est confirmée par notre auteur, lorsqu'il dit qu'après l'union préliminaire qu'il propose, il ne prétend pas qu'on empêche les luthériens d'entendre les messes privées des catholiques; marque certaine qu'on ne les croit pas dans le fond du cœur si mauvaises qu'on le dit; et que l'aversion qu'on en témoigne est attachée, ou à des abus, ou à de fausses interprétations des sentiments de l'Eglise, comme il serait aisé de le faire voir dans la Confession d'Augsbourg et dans l'Apologie.

De la communion sous les deux espèces.

l.\. Conséquence pour la communion sous une espèce : indifférence de Luther sur ce point. — Cette pratique des protestants sur les messes sans communiants, nous ouvre une voie pour leur faire entendre la faiblesse des raisonnements dont ils se servent sur la communion des deux espèces. Car cette communion n'est pas plus de la substance de l'institution, que la communion des assistants, toutes les fois qu'on célèbre. Jésus-Christ n'a pas célébré seul; il n'a pas pris seul le pain céleste, mais il l'a pris avec ses disciples, à qui il a dit : Prenez, mangez, buvez tous; faites ceci; et toutefois M. Molanus, et avec lui, comme il l'avoue, les Eglises luthériennes demeurent d'accord que l'on peut célébrer la cène sans d'autre communiant que le ministre; c'est-à-dire, comme parle notre auleur lui-même, la célébrer d'une autre manière que celle que Jésus-Christ à instituée, et autrement qu'elle n'est décrite dans l'Evangile : (ce sont ses propres paroles) d'où il résulte qu'il ne s'ensuit pas que tout ce que Jésus-Christ a dit, fait et institué, soit de la substance de l'institution; ce qui se confirme encore par la fraction, qui n'a pas été faite sans mystère; puisque Jésus-Christ a dit : Ceci est mon corps rompu pour vous ; et néanmoins les luthériens ni ne la pratiquent ni ne la croient nécessaire, et ils retranchent sans scrupule une action qui représente le corps du Sauveur rompu à la croix par ses blessures. C'est donc, selon eux, comme selon nous, un principe incontestable, qu'il n'est pas nécessaire de pratiquer dans la célébration de ce sacrement tout ce que Jésus-Christ y a pratiqué, mais seulement ce qui appartient à la substance : or la substance est Jésus-Christ, qui se trouve avec son corps et son sang, son àme , sa divinité, et sa personne toute entière sous chaque espèce, ainsi que nous avons vu que les luthériens en sont d'accord'. Le dessein essentiel de l'institution est d'annoncer, comme dit saint Paul-, la mort de Notre Seigneur, laquelle, selon les paroles de l'institution, et le récit que nous en fait le même apôtre", est annoncée et rappelée en notre mémoire à la distribution de chaque espèce. On ne fait point de procès aux Grecs, qui n'annoncent pas la mort de Notre Seigneur, dans le mélange des deux espèces, mieux que nous, qui en donnons séparément une seule. Ce n'est pas aussi par mépris que l'Eglise a réduit le peuple à une seule espèce, puisqu'elle trouve très-bon que ceux des Grecs, qui sont dans sa communion , reçoivent les deux, et que souvent elle les accorde à ceux qui les demandent avec humilité. Nous pouvons encore ajouter que la défense de recevoir l'une des espèces ne vient pas directe-

1. Ci-dei3us, II. 3. — 2. /. Cor., xi. 26. — 3. Idem, 2-1, 25, 20.

ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

ment de l'Eglise; mais que les peuples s'en élant retirés d'eus- mêmes par la crainte des inconvénients qui arrivaient tous les jours, l'Eglise a changé en loi une coutume reçue, de la môme manière qu'elle a ôté, comme tout le monde sait, l'immersion dans le baptême, qui n'y est pas moins nécessaire que le sont les deux espèces à l'Eucharistie. Aussi est-il bien constant que Luther n'a pas tant pressé d'abord l'obligation de communier sous les deux espèces; puisqu'au contraire il a parlé du rétablissement de la coupe faite d'abord sans son ordre, par Carloslad, comme d'une chose indifTérente , semblable à celle de prendre l'hostie de la main', plutôt que de la bouche, et même comme d'une chose de néant; et c'est un fait bien constant, que quinze ou vingt ans après sa Réforme, plusieurs y communiaient encore sous une espèce, sans pour cela qu'on les rejetât de la table ou de la communion. En un mot, tout le dessein de l'Eglise en cette matière, a toujours été qu'on lui demande plutôt humblement la coupe que de l'arracher par force ; de peur aussi que par là on ne paraisse accuser l'Eglise, et changer les coutumes reçues dans l'administration des sacrements, avec plus d'emportement que de piété.

Des cinq autres Sacrements, et ■premièrement de la pénitence et de l'absolution.

X. Absolution, véritable sacrement selon l'Apologie, autant que le Baptême et la Cène. — La Confession d'Augsbourg veut que l'on conserve l'absolution privée; et, dans les anciennes éditions, on condamne les novatiens, qui ne voulaient pas absoudre ceux qui étaient tombés après le baptême. Conformément à cette doctrine , l'Apologie décide que « l'absolution peut proprement être appelée un » sacrement^. » Elle ajoute « que le baptême, la » cène et l'absolution sont de véritables sacrements, » qui sont établis par le commandement de Dieu , » avec promesse de la grâce propre à la nouvelle » alliance; et que c'est une erreur de croire que » par la puissance des clefs, les péchés ne soient » pas remis devant Dieu, mais seulement devant » l'Eglise. » Je ne vois pas ce que l'on pourrait dire davantage.

Des trois actes du sacrement de pénitence, et premièrement de la confession.

XL Confession et absolution conservées par les luthériens, de même que par les catholiques. — Le concile de Trente et toute l'Eglise catholique établit trois actes du pénitent dans le sacrement de pénitence : la contrition, la confession et la satisfaction.

Pour la contrition et la repentance on est d'accord, qu'elle est absolument nécessaire pour recevoir l'absolution.

A l'égard de la confession, Luther et tout le parti déclarent, dans les articles de Smalcalde qu'il ne la faut point abolir, non plus que l'absolution.'''. Il est vrai que la Confession d'Augsbourg semble rejeter le dénombrement des péchés*, parce qu'il est impossible, conformément à cette parole : Qui connail ses péchés? mais la petite Confession de Luther, qui est reçue dans tout le parti parmi les écrits symbo-

1. Episl. ad Gasp. Gusiol. — 2. Tit lih. Conc, p. 200 et aeq. — ■^. Ari. vm SiiuUc. — 4, Conf. .\ tiy., arl. \l.

liques, résout la difficulté par ces paroles : « Nous 1) nous devons regarder devant Dieu, comme coua publes de tous les péchés; mais à l'égard de son » ministre, nous devons seulement confesser ceux

• qui nous sont connus et que nous sentons dans » notre cœur'; » après quoi on ordonne au confesseur d'interroger le pénitent en cette sorte : « Groyez- » vous que mon pardon soit celui de Dieu? et après » qu'il a répondu : Je le crois, le confesseur lui » doit dire : Qu'il vous soit fait selon votre foi; et

• moi , par le commandement de Notre Seigneur » Jésus-Christ, je vous remets vos péchés, au nom » du Père, etc. » Les confesseurs catholiques n'en font pas davantage.

De la satisfaction.

XII. Que le fond de la satisfaction est approuvé dans l'Apologie. — Il est vrai que la Confession d'Augsbourg et l'Apologie s'opposent beaucoup à la satisfaction; mais c'est plutôt au terme qu'à la chose même, puisqu'elle dit que les bonnes œuvres et les afflictions, qui sont en d'autres paroles ce que nous appelons les pénitences, méritent non pas la justification, mais d'autres récompenses^ ; et en parlant des aumônes, qm sont comptées par les catholiques parmi les œuvres satisfactoires les plus importantes : « Nous accordons, dit l'Apologie^, qu'elles » méritent beaucoup de grâces, qu'elles adoucis- » sent les peines, qu'elles nous méritent la grâce » d'être protégés dans le péril du péché et de la » mort; » ce qui est manifestement dire avec nous en d'autres termes, qu'elles apaisent Dieu, et qu'elles satisfont en quelque manière à sa justice.

Quand donc les luthériens trouvent si mauvais que nous croyions pouvoir satisfaire à Dieu , ils l'entendent visiblement d'une satisfaction exacte et complète , qui en elTet n'appartient qu'à Jésus- Christ; et nous n'avons jamais seulement pensé le contraire : mais si Jésus-Christ a pu offrir seul une entière satisfaction, il ne s'ensuit pas pour cela que nous ne puissions et ne devions faire par sa grâce le peu que nous pouvons pour l'imiter, en nous affligeant par le jeûne dans le sac et la cendre, et ra^ chetant nos péchés par nos aumônes, comme dit Daniel*; faisant enfm ce que nous pouvons pour contenter Dieu, et lui offrant, à l'exemple de l'ancienne Eglise dès les premiers temps, nos telles quelles satisfactions, qui tirent tout leur prix des mérites de Jésus-Chrisl et ne sont reçues qu'en son nom , ainsi que nous l'avons dit^ avec le concile de Trente».

Des quatre autres Sacre/nents.

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