‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 521 sur 631 · CHAPITRE VIL Sur le concile de Trente · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL Sur le concile de Trente

I. Que le concile de Trente est reçu en France et dans toute l'Eglise catholique pour les décisions de foi. — J'ai réservé à la fin cette question co^mme la plus difficile, non en elle-même, mais par rapport aux protestants.

Je suppose, en premier lieu, comme constant, que ce concile est reçu dans toute l'Eglise catholique et romaine, en ce qui regarde la foi; ce qu'il est nécessaire d'observer, parce qu'il y en a qui se persuadent que la France n'en reçoit pas les décisions à cet égard, sous prétexte que, pour certaines raisons, elle n'en a pas reçu toute la discipline. Mais c'est un fait constant, 'et qu'on peut prouver par une infinité d'actes publics, que toutes les protestations que la France a faites contre le concile.

PROJET DE REUNION ENTUK LLIS CATHOLIQUHS

et durant sa célébration et depuis, ne regardent que les préséances, prérogatives, libertés et coutumes du royaume, sans loucher en aucune sorte aux décisions de la foi, auxquelles les évoques de France ont souscrit sans difficullé dans le concile. Tous les ordres du royaume, toutes les universilés, toutes les compagnies, et en général et en particulier, y ont toujours adhéré. Il n'en est pas de la foi comme des mœurs : il peut y avoir des lois qu'il soit impossible d'ajuster avec les mœurs et les usages de quelques nations; mais pour la foi, comme elle est de tous les âges, elle est aussi de tous les lieux. Il est même très-véritable que la discipline du concile de Trente, autorisée dans sa plus grande partie par l'ordonnance appelée de Blois, à cause qu'elle a été faite dans les Etats tenus dans cette ville, s'atïermit de plus en plus dans le royaume; et qu'à peu d'articles près, elle y est universellement suivie. ■

Je n'en dirai pas davantage sur ce sujet, parce que la chose est évidente, et que M. l'abbé Pirot, syndic de la faculté de théologie, envoie un mémoire fort instructif sur celte matière'.

II. Exemple qui fait voir aux proleslatUs la manière de recevoir les conciles par consentement et approbation. — A l'égard des protestants modérés, à. qui nous avons alTaire , l'aversion qu'on a dans leur parti contre le concile de Trente, doit être fort diminuée , après qu'on a vu, par l'écrit qu'ils nous ont adressé, que la doctrine de ce concile bien entendue est saine et ancienne; en sorte que ce qui reste d'aversion doit être attribué à la chaleur des partis, qui n'est pas encore tout à fait éteinte, et aux préventions où l'on est contre les véritables sentiments de cette sainte assemblée. Il semble donc qu'il est temps plus que jamais d'en revenir sur ce concile à ce que saint Hilairc a dit autrefois sur le concile de Nicée : « Le consubslantiel peut » être mal entendu ; travaillons à le faire bien en- » tendre*. » Par ce moyen, les protestants qui regardent le concile de Trente comme étranger, se le rendront propre, en l'entendant bien, et en l'approuvant.

Ainsi , trouvons-nous dans les conciles d'Espagne' qu'ils se rendirent propre le concile vi, auquel ils n'avaient point été appelés, en examinant, en recevant , en publiant la décision qu'on y avait faite sur la foi : ainsi, le concile de Constanlinople, qui n'avait été célébré que par les évoques d'Orient, eut l'autorité et le nom de second concile général, par l'acceptation et le consentement de l'Occident : ainsi, le Siège apostolique se rendit propre le cinquième concile, en lui donnant son approbation, encore qu'il eût été commencé sans son concours : ainsi, la France, qui n'avait point assisté au septième concile, après quelques dilTicultés, qui venaient plutôt , comme il est notoire , de ce qu'on ne s'entendait pas bien , que du fond de la doctrine , le reçut à la fin comme les autres nations orientales et occidentales, sans que depuis ce temps, on en ait contesté l'autorité, ou rejelé les décisions.

1. Nous aurion» fort aouliaité (l'enrichir cette collection du Mémoire de M. Firot , dont le savant auteur fait ici l'éloge; mais nous n'avons pu le trouver ni dans les papiers de M. de iMeaux ni ailleurs. {Edit. de Parié.)

•^. De Si/nod., n. 88, col. 1202. — 3. Corf. Tolcl. xiv, cup. iv.

v; \ibi sup.

m. Les raisons des prolestants contre ce concile. — La principale raison que les prolestants ont opposée à ce concile est que le Pape et les évèques de sa communion , qui ont été leurs juges, étaient en môme temps leurs parties; et c'est pour remédier à ce prétendu inconvénient qu'ils s'attachent principalement à demander que leurs surintendants soiimt reconnus juges dans le concile qu'on tiendra. Mais si cette raison a lieu, il n'y aura jamais de jugement contre aucune secte hérétique ou schismatique; n'étant pas possible que ceux qui rompent l'unité soient jugés par d'autres que par ceux qui étaient en place, quand ils ont rompu. Le Pape et les évèques catholiques n'ont l'ail ijue se tenir dans la foi où les protestants les ont trouvés. Ils ne sont donc point naturellement leurs parties. Ce sont les protestants qui se sont rendus leurs parties contre eux, en les accusant d'idolâtrie, d'impiété et d'antichristianisme. Ainsi , ils ne pouvaient pas être assis comme juges dans une cause où ils s'étaient rendus accusateurs. Les novatiens et les donatistcs, qui avaient rompu avec l'Eglise, ne furent point appelés à ses conciles. Les prolestants n'ont point appelé ceux qu'ils appellent réformés aux assemblées où ils ont jugé de leur doctrine, et ils n'ont pas laissé de la condamner. Les réformés euxmêmes n'ont pas fait asseoir les Arminiens dans leur synode de Dordrecht, où ils les jugeaient : en un mot, quoi qu'on fasse, on ne peut jamais faire que les hérétiques soient jugés par d'autres que par les catholiques; et si l'on appelle cela être partie, il n'y aura plus de jugement ecclésiastique, ainsi qu'il a déjà été remarqué.

Les analhèmes du concile de Trente, dont les protestants font tant de plaintes, n'ont rien de plus fort que ce qui est si souvent répété par les mêmes protestants dans leurs livres symboliques. Ils condamnent, ils improuvent comme impie, etc., telle et telle doctrine. Tout cela, dis-je, est équivalent aux anathèmes de Trente. Il faut donc faire cesser ces reproches, et, en dépouillant tout esprit de contention et d'aigreur, entrer dans les éclaircissements qui rendront les décisions du concile recevabics aux protestants mômes.

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