‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 520 sur 631 · Epist. Conc. Basil.. T. xii Conc. Labb., col. 671, liSl · texte numérisé non relu

Epist. Conc. Basil.. T. xii Conc. Labb., col. 671, liSl

ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

De cette sorte , ils déclarent , non-seulement aux Bohémiens, mais encore à toute la terre, puisqu'on a vu que ce décret fut publié partout, que bien loin de regarder la décision faite à Constance comme suspendue, ils ne jugeraient autre chose que ce qui avait été jugé dans ce concile; et c'est pourquoi ils expliquent en termes formels qu'ils appellent les Bohémiens à leur concile, non « pour révoquer » en doute ce qui a été décidé, mais pour les ins- « truire, pour leur éclaircir la matière, pour les » retirer de leur erreur, pour les convaincre, en un » mot , pour confondre les hérétiques et confirmer » les catholiques dans leur foi; » or c'est là précisément ce que nous disons.

Voilà le fondement sur lequel les Pères du concile de Bàle ont bâti, et les ambassadeurs qu'ils envoyèrent aux Bohémiens, pour négocier avec eux, étaient entrés dans ce même esprit, lorsqu'ils écrivaient au concile même en ces termes' : « C'est le sentiment " constant et unanime de nous tous , qu'il ne faut » point révoquer en doute ce qui a été décidé dans » les conciles : qu'on admette donc à l'audience » ceux qui ont été appelés au concile , atin que , » notre foi demeurant toujours la même , on rap- » pelle de leur égarement ceux qui sont tombés >• dans l'erreur.

Et il importe de bien comprendre ce qu'ils veulent dire, lorsqu'ils déclarent que leur Conférence avec les Bohémiens a pour but de confirmer les catholiques dans la vérité qui avait été décidée à Constance. C'est, disent-ils, que les Bohémiens, nonseulement se plaignaient qu'on ne les avait jamais ouïs , mais avaient encore la hardiesse de se vanter qu'on n'avait osé les ouïr, parce qu'on ne pouvait répliquer à leurs raisons. Par là ils s'endurcissaient dans leur opiniâtreté; et les infirmes, dont le nombre est toujours si grand dans l'Eglise , étaient frappés de ce discours. On n'y pouvait apporter le meilleur remède que celui de leur accorder une audience publique, pour écouter leurs raisons, et pour les convaincre , ainsi que parlent les Pères du concile.

Et que leur intention fût de les convaincre comme des errants, et de les mettre en ce nombre, ils s'en expliquent clairement, quoiqu'avec toute la douceur et le ménagement possibles, dans celte même lettre invitatoire; puisqu'ils les séparent du bon grain et les rangent avec Vivraie; et que tout ce qu'ils en disent de plus favorable est, « qu'ils présument » que la racine n'est pas encore entièrement dessé- » chée, ni la terre tout à fait infructueuse^. »

C'est donc un fait indubitable, que l'examen qu'on promettait à Bàle n'était pas un examen pour délibérer de nouveau de la décision de Constance, comme si elle eut encore été douteuse, mais pour instruire les Bohémiens des raisons qu'on avait eues de la faire, pour l'éclaircir et la confirmer; ce qui fut fait aussi en termes formels et par une décision expresse en la session xxx , où le décret, qui déclarait que la communion sous les deux espèces n'était pas de précepte, fut renouvelé; après quoi les Bohémiens, qui voulaient encore chicaner, ne reçurent plus aucune réponse.

Et la chose avait été déjà préjugée, non-seule-

1. Fr'sl. Conc. Basil., T.wiConc. Labb.,col. 9Sî. • coi. 670.

■ 2. Idem,

ment par toutes les déclarations qu'on vient de voir, mais encore par les propres termes de l'accord; puisque, premièrement, on y accordait le calice, non pas à tous, ce qu'il aurait fallu faire, si on l'avait tenu de précepte divin, mais à ceux-là seulement gui le désireraient et qui auraient accoutumé de le recevoir; ce qui marquait que la chose était libre et indifférente par elle-même : secondement, que le calice était accordé, non-seulement par l'autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ , mais encore par celle de l'Eglise, sa vraie épouse, de peur qu'on ne crût que l'institution de Jésus-Christ fût tellement manifeste, qu'on n'eût après cela aucun besoin de la déclaration et autorité de l'Eglise : en troisième lieu, sur ce point là même, comme sur tous les autres qui devaient être traités, on se soumettait à l'autorité du concile de Bâle, comme dirigé par le Saint-Esprit; car c'étaient les propres termes portés dans l'accord; quoiqu'on sût que ce concile, auquel on se soumettait, n'avait rien tant en recommandation que l'autorité et les décrets du concile de Constance, sur lesquels il fondait toute sa conduite.

Il faut encore ajouter cette clause de l'accord : qu'on n'accordait le calice qu'à ceur qui convenaient avec le concile, et avec l'Eglise romaine, de tous les autres points de la foi. Ils convenaient, par conséquent, de l'infaillibilité de l'Eglise; et c'est aussi pourquoi ils se soumettaient au concile, comme dirigé par le Saint-Esprit. Or dès là que l'on convient de l'infaillibilité de l'Eglise, on ne peut plus soutenir qu'elle ait erré dans l'administration de l'Eucharistie, non plus que dans celle des autres sacrements.

Il est donc plus clair que le jour, selon les principes posés par l'accord même , qu'il n'y avait point à douter qu'on ne renouvelât à Bàle le décret de Constance, comme en effet on le fit. Ainsi ce qu'on accordait aux Bohémiens, et toute la condescendance qu'on avait pour eux, n'était, d'un côté, qu'un dessein de confirmer les catholiques dans la vérité décidée, et de l'autre côté, qu'une pieuse adresse pour attirer les errants au concile, dans l'espérance qu'ils céderaient à l'autorité, à la charité, et aux raisons d'une assemblée, à laquelle ils reconnaissaient, dans l'accord même, que le Saint- Esprit présidait.

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