DE BOSSU ET A L E I B \ I T Z
Monsieur ,
J'ai reçu, par l'entremise de madame de Brinon, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de ra'écrlre, qui est si honnête et si obligeante, que je ne puis assez vous en remercier, ni assez vous témoigner l'estime que je fais de tant de politesse et d'honnêteté, jointes à un si grand savoir, et à de si bonnes intentions pour la paix du christianisme. Les articles de M. l'abbé Molanus seront, s'il plaîl à Dieu, un grand acheminement à un si bel ouvrage. J'ai lu ce que vous m'en avez envoyé avec beaucoup d'attention et de plaisir, et j'en attends la suite ,
1. Cette lettre ne s'est point trouvée parmi les papiers de Bossuel.
2. Ce sont apparemment celles qu'on trouve dans la lettre précédf-nle.
PR(i.IKT DE REUNION ENTRE LES CATHOLIQUES
que vous me faites esptVer, avec une extrême impatience. Ce. sera quand j'aurai tout vu, que je pourrai vous en dire mon sentiment; et je croirais mon jugement trop précipité, si j'entreprenais de le porter sur la partie avant que d'avoir vu et compris le tout. Pour la môme raison, Monsieur, il est assez diiïicile de répondre précisément à ce que vous dites à madame de Brinon, dans la lettre qu'elle m'a communiquée; puisque tout dépendant de ce projet, il faut l'avoir vu tout entier avant que de s'expliquer sur cette matière.
Tout ce que je puis dire en attendant, c'est, Monsieur, que si vous êtes véritablement d'accord des cinq propositions mentionnées dans votre lettre', vous ne pouvez pas demeurer longtemps dans l'état où vous êtes sur la religion; et je voudrais bien seulement vous supplier de me dire, premièrement, si vous croyez que l'infaillibilité soit tellement dans le concile œcuménique , qu'elle ne soit pas encore davantage, s'il se peut, dans tout le corps de l'Eglise, sans qu'elle soit assemblée; secondement, si vous croyez qu'on fût en sûreté de conscience après le concile de Nicée et de Ghalcédoine, par exemple, en deuieuraiit d'accord que le concile œcuménique est infaillible, et mettant toute la dispute à savoir si ces conciles méritaient ^e titre d'œcuméniques; troisièmement, s'il ne vous parait pas que réduire la dispute à cette question, et se croire par ce moyen en sûreté de conscience, c'est ouvrir manifestement la porte à ceux qui ne voudront pas croire aux conciles, et leur donner une ouverture à en éluder l'autorité; quatrièmement, si vous pouvez douter que les décrets du concile de Trente soient autant reçus en France et en Allemagne parmi les catholiques , qu'en Espagne et en Italie, en ce qui regarde la foi; et si vous avez jamais ouï un seul catholique , qui se crût libre à recevoir ou ne recevoir pas la foi de ce concile : cinquièmement, si vous croyez que dans les points que ce concile a déterminés contre Luther, Zwingle et Calvin, et contre les Confessions d'Augsbourg, de Strasbourg et de Genève, il ait fait autre chose que de proposer à croire à tous les tidèles ce qui était déjà cru et reçu , quand Luther a commencé de se séparer ; par exemple, s'il n'est pas certain qu'au temps de cette séparation, on croyait déjà la transsubstantiation, le sacrilice de la messe, la nécessité du libre arbitre, l'honneur des saints, des reliques, des images, la prière et le sacrifice pour les morts, et en un mot, tous les points pour lesquels Luther et Calvin se sont séparés. Si vous voulez, Monsieur, prendre la peine de répondre à ces cinq questions avec votre brièveté, votre netteté et votre candeur ordinaires, j'espère que vous reconnaîtrez facilement que quelque disposition qu'on ait pour la paix, on n'est jamais vraiment pacifique et en état de salut, jus(]u'à ce qu'on soit actuellement réuni de communion avec nous.
Je verrais au reste avec plaisir ÏHistoire de la réformation d'Allemagne de M. de Seckendorf', si