‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 574 sur 631 · LETTRE XX · texte numérisé non relu

LETTRE XX

DE Mme de BRINO.V A BOSSUET.

Mad.vme la duchesse de Brunswick m'a envoyé, Monseigneur, cette grande lettre de M. Leibnitz; elle souhaiterait fort que Votre Grandeur voulut y répondre. Je crains ([ue M. Leibnitz n'embarrasse sa foi par ses subtilités, et qu'il ne veuille aussi essayer de vous faire parler à un autre qu'à lui sur le concile de Trente : car assurément ce que vous lui en avez dit, et M. Pirot aussi , lui devrait suf-

1. La un do cette lettre cuntoQait rloâ observations sur dos idées philosojdiiiiues, étrangères au projet de réunion : ou les a supprimées comme inutiles. (Edit. de Paris.)

ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

fire. J'ai mandé toujours d'avance à celle duchesse, qui est fort goùlée des proteslanls, que la malière du concile de Trente était épuisée et décidée entre Voire Grandeur et M. Leibnitz; que s'il était de bonne foi , il n'avait qu'à lui montrer ce que vous aviez pris la peine de lui en écrire; que vous n'auriez rien davantage à lui dire là-dessus. Mais comme je doute fort qu'il montre à Son Altesse Sérénissime ce que Votre Grandeur lui en a écrit, et ^L Pirot aussi , avant que notre illustre ami M. Pelisson fût mort; je vous supplie très-humblement. Monseigneur, de me faire l'honneur de m'écrire quelque chose là-dessus, que je puisse envoyer en Allemagne, à madame la duchesse de Brunswick; alin qu'elle voie que je n'ai pas manqué de vous envoyer la lettre de M. Leibnitz, comme elle me l'a ordonné, et qu'elle puisse elle-même savoir à quoi s'en tenir sur le concile de Trente. Elle m'écrit qu'elle est fort surprise d'apprendre qu'il n'est pas reçu en France; aussi bien sur les dogmes que sur la politique-. Je serais très-fàchée, dans l'estime et l'amitié ([ue j'ai pour cette duchesse, et dans l'intégrité où je connais sa foi, qu'on la put séduire en ce dangereux pays sur la moindre chose. C'est ce qui fait, Monseigneur, que j'ai recours à vous; afin que vous lui donniez quelque antidote contre ce poison. Je m'aperçois que M. Leibnitz a des correspondances avec quelques docteurs, qui l'instruisent de tout, bien ou mal ; c'est ma pensée; peut-être que je me trompe; mais il me semble que ce jugement n'est point téméraire. Je vous demande toujours la continuation de votre bienveillance.

Ce 5 août'.

LETTRE XXL

RÉPONSE DE LEIBNITZ AD MlIOlRE DE l'ABBÉ PIROT, ToucH-ufT l'autorité du concile de Trente'.

L L.\ dissertation de M. l'abbé Pirot sur l'autorité du concile de Trente en France , ne m'a point paru prolixe; et quand j'étais à la dernière feuille, j'en cherchais encore d'autres. Il y a plusieurs faits importants éclaircis en aussi peu de mots qu'il est possible; et les discussions des faits demandent plus d'étendue que les raisonnements. Je lui suis infiniment obligé de la peine qu'il a prise, principalement pour mon instruction, lui qui est si capable d'instruire le public. Je souhaiterais qu'il me fut possible , dans l'état de distraction où je me trouve maintenant, d'entrer assez avant dans cette discussion des faits pour profiter davantage de ses lumières; mais ne pouvant pas aller si loin, je m'attacherai principalement aux conséquences qu'on en tire.

IL Le concile de Trente a eu deux buts; l'un, de décider ou de déclarer ce qui est de foi et de droit divin; l'autre, de faire des règlements ou lois positives ecclésiastiques. On demeure d'accord , de part et d'autre, que les lois positives Iridentines ne sont pas reçues en France sur l'autorité du concile, mais par des constitutions particulières ou règlements du royaume : et sur ce que le concile de Trente décide comme de foi ou de droit divin, M.

1. Cette lettre ne marque point l'année oti eUe a été écrite; mais il nous paraît que c'est ici s;i vraie place. {Edit. de Déforis.)

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