LETTRE XXVIII. DU MÊME A BOSSUET
Monseigneur, Votre dernière' a fait revivre nos espérances. M. l'abbé de Lokkum travaille fort et ferme à une espèce de liquidation des controverses qu'il y a entre Rome et Augsbourg, et il le fait par ordre de l'empereur. Mais il a affaire à des gens qui demeurent
1. On n'a point la lettre de M. de Meaux, à laquelle répond Leibnitz, disaient les éditeurs de Versailles, et o*est à tort que ncpuis on a cru l'avoir retrouvée. C.-I-.
'UO.IET DE RÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES
d'accord du grand jirincipc de la réunion, qui est la base de toute la négociation : et c'est sur cela qu'une convocation de nos théologiens avait l'ait solennellement et authentiquemcnl ce pas que vous savez, qui est le plus grand qu'on ait fait depuis la Réforme. Voici l'échantillon de quelques articles de celte liquidation, que je vous envoie, Monseigneur, de sa part. Il y en a jusqu'à cinquante qui sont déjà prêts. Ce qu'il avait projeté sur votre excellent Ecrit, entre maintenant dans sa liquidation , qui lui a fait prendre les choses de plus haut, et les traiter plus à fond; ce qui servira aussi à vous donner plus de satisfaction un jour. Cependant je vous envoie aussi la préface de ce qu'il vous destinait dos lors, et des passages où il s'expliquait à l'égard du concile de Trente : et rien ne l'a arrêté que la difficulté qu'il voyait naître chez vous sur ce concile, jugeant que si l'on voulait s'y attacher, ce serait travailler sans fruit et sans espérance , et môme se faire tort de notre côté, et s'éloigner des mesures prises dans la convocation, et du fondement qu'on y a jeté. Il espère toujours de vous une déclaration sur ce grand principe, qui le mette en état de se joindre à vous dans ce grand et pieux dessein de la réunion, avec cette ouverture de cœur qui est nécessaire. Il me presse fort là-dessus , et il est le plus étonné du monde de voir qu'on y fait difficulté; ceux qui ont fait la proposition de votre côté, et qui ont fait naitre la négociation, ayant débuté par cette condescendance, et ayant très-bien reconnu que sans cela il n'y aurait pas moyen d'entrer seulement en négociation.
Le grand article qu'on accorde de notre côté, est qu'on se soumette aux conciles 03cuméniques et à l'unité hiérarchique; et le grand article réciproque qu'on attend de votre côté, est que vous ne prétendiez pas que pour venir à la réunion, nous devions reconnaître le concile de Trente pour œcuménique, ni ses procédures pour légitimes. Sans cela M. Molanus croit qu'il ne faut pas seulement songer à traiter, et que les théologiens de ce pays n'auraient pas donné leur déclaration; et qu'ainsi lui-même ne peut guère avancer non plus, de peur de s'écarter des principes de cette convocation, où il a eu tant de part. Il s'agit de savoir si Rome, en cas de disposition favorable à la réunion, et supposé qu'il ne restât que cela à faire, ne pourrait pas accorder aux peuples du nord de l'Europe , à l'égard du concile de Trente, ce que l'Italie et la France s'accordent mutuellement sur les conciles de Constance, de Râle, et sur le dernier de Latran, et ce que le Pape avec le concile de Bàle ont accordé aux Etats de IJohème, sub utrdque, à l'égard des décisions de Constance. Il me semble. Monseigneur, que vous ne sauriez nier, in thesi, que la chose est possible ou licite. Mais si les affaires sont déjà assez disposées, in hijpolhesi, c'est une autre question. Cependant il faut toujours commencer par le commencement, et convenir des principes, alin de pouvoir travailler sincèrement et utilement.
Puisque vous demandez. Monseigneur, où j'ai trouvé l'acte en forme , passé entre les députés du concile de Bàle et les Bohémiens, par lequel ceuxci doivent être reçus dans l'Eglise sans être oljligôs de se soumettre aux décisions du concile de Constance, je vous dirai que c'est chez un auteur
très-catholique que j'ai trouvé , savoir, dans les MisccUanca Bohemica du révérend P. Balbinus, jésuite des plus savants de son ordre pour l'histoire, qui a enrichi ce grand ouvrage de beaucoup de pièces authentiques , tirées des archives du royaume, dont il a eu l'entrée. Il n'est mort que depuis peu. Il donne aussi la lettre du pape Eugène, qui est une espèce de gratulalion sur cet accord ; car le pape et le concile n'avaient pas rompu
alors'
N'ayant pas maintenant le livre du Père Balbinus, j'ai cherché si la pièce dont il s'agit ne se trouverait pas dans le livre de Goldastus de Regno Bohemiœ. Je l'y ai donc trouvée, et l'ai fait copier telle qu'il la donne : mais il sera toujours à propos de recourir à Balbinus. Les compaclata mêmes se trouvent aussi dans Goldastus, qui disent la même chose et dans les mêmes termes, quant au point deprœceplo. Peut-être que dans les archives de l'église de Coutances en Normandie, dont l'évêque a été le principal entre les légats du concile, ou parmi les papiers d'autres prélats et docteurs français, qui ont été au concile de Bàle, on trouverait plus de particularités sur toute celte négociation. .Je suis avec zèle, Monseigneur, votre très-humble et obéissant serviteur, Leibnitz.
A Hanovre, ce 12 juillet 1G94.