‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 590 sur 631 · C.IJ · texte numérisé non relu

C.IJ

l'ROJET DE RÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES

au public sur ce qui csldcfoi; que Son AllesseSôrénissinic m'ordonna de vous communiquer pour le sûumellrc à voire jugement, cl pour lâcher d'apprendre, Monseigneur, selon votre commodité, s'il a voire apiirohalion , de laquelle ce iirince lerail presque aulanl de cas (juc si elle venait de Home môme; m'ayaut ordonné de vous l'aire ses complimciils, et de vous marquer combien il honore votre mérite émincnt.

Le dessein de distinguer ce qui est de foi, de ce qui ne l'est point, parait assez conforme à vos vues et à ce que vous appelez la méthode de l'Exposition ; et il n'y a rien de si utile pour nous décharger d'une bonne partie des controverses, que de faire connaitrc que ce qu'on dit de part et d'autre n'est point de foi. Cependant Son Altesse Sôrénissime ayant jeté les yeux sur ce livre, y a trouvé bien des diCficultés. Car premièrement, il lui semble qu'on n'a pas assez marqué les conditions de ce qui est de foi, ni les principes par lesquels on le peut connailre. De plus, il semble, en second lieu, qu'il y a des degrés entre les articles de foi , les uns étant plus importants que les autres.

Si j'ose expliquer plus amplement ce que Son Altesse Sérénissime m'avait marqué en peu de mois , je dirai que pour ce qui est des conditions et principes, tout article de foi doit être sans doute une vérité que Dieu a révélée : mais la question est, si Dieu en a seulement révélé autrefois, ou s'il en révèle encore; et si les révélations d'autrefois sont toutes dans l'Ecriture sainte , ou sont venues du moins d'une tradition apostolique; ce que ne nient point plusieurs des plus accommodants entre les protestants.

Mais comme bien des choses passent aujourd'hui pour être de foi, qui ne sont point assez révélées par l'Ecriture, et où la tradition apostolique ne parait pas non plus; comme, par exemple, la canonicité des livres que les protestants tiennent pour apocryphes, laquelle passe aujourd'hui pour être de foi dans votre communion, contre ce qui était cru par des personnes d'autorité dans l'ancienne Eglise : comment le peut-on savoir, si l'on n'admet de révélatiens nouvelles, en disant que Dieu assiste tellement son Eglise, qu'elle choisit toujours le bon parti, soit par une réception tacite ou droit non écrit, soit par une délinition ou loi expresse d'un concile ojcuménique? où il est encore question de bien déterminer les conditions d'un tel concile, et s'il est nécessaire que le pape prenne part aux décisions, pour ne rien dire du pape à part, ni encore de quelque particulier qui pourrait vérifier ses révélations par des miracles. Mais si l'on accorde à l'Eglise le droit d'établir de nouveaux articles de foi, on abandonnera la periiétuilô, qui avait passé pour la maniue de la foi catholique. J'avais remarqué autrefois que vos propres auteurs ne s'y accordent point, et n'ont point les mêmes fondements sur l'analyse de la foi, et que le Père Grégoire do Valcnlia, jésuite, dans un livre fait là-dessus, la réduit aux décisions du pape, avec, ou sans le concile; au

antehac compitatamt ctb otnyiihus Sorh. Doclor. in plenâ con'jre- (/atione l'^acultctis Thnologiœ approbatmn , necnon an. 1645 ï'n ynn. cotivcnlu ah ujiivc-rso CU-ro Gaîlic. rect'ptam, ac per lUusl. et Duclis. Witllemb. Episc. ynultùm laitdatain, ex ipso Concilio Tridentino et prfœalA refiulâ compcndioaO excerpttt, an, Chrisli ICyy. in-16, saD^ nom d'auteur, do ville et d^iinpriinuur.

lieu qu'un docteur de Sorbonne, nommé Ilolden, voulait, aussi dans un livre exprès, que tout devait avoir déjà été révélé aux apôtres, et puis propagé jusqu'à nous jiar l'entremise de l'Eglise; ce qui paraîtra le meilleur auxiiroteslants. Mais alors il sera dillicile de justiliei' l'antiquité de bien des sentiments, qu'on veut faire passer pour être de foi dans l'Eglise romaine d'aujourd'hui.

Et quant aux degrés de ce qui est de foi, on disputa dans le colloque de Ratisbonne de ce siècle entre Ilunnius protestant, et le Père Tanner jésuite, si les vérités de peu d'importance, qui sont dans l'Ecriture sainte, comme, par exemple, celle du chien de Tobie, suivant votre canon, sont des articles de foi, comme le Père Tanner l'assura. Ce qui étant posé, il faut reconnaître qu'il y a une infinité d'articles de foi, qu'on peut, non-seulement ignorer, mais même nier impunément, pourvu qu'on croie qu'ils n'ont point été révélés : comme si quelqu'un croyait que ce passage, Très sunt qui teslimonium dant, etc.', n'est point authentique, puisqu'il manque dans les anciens exemplaires grecs. Mais il sera question maintenant de savoir s'il n'y a pas des articles tellement fondamentaux, qu'ils soient nécessaires, necessitale medii; en sorte qu'on ne les saurait ignorer ou nier sans exposer son salut, et comment on les peut discerner des autres.

La connaissance de ces choses parait si nécessaire, Monseigneur, pour entendre ce que c'est que d'être de foi, que Monseigneur le Duc a cru qu'il fallait avoir recours à vous pour les bien connaître; ne sachant personne aujourd'hui dans votre Eglise, qu'on puisse consulter plus sûrement, et se flattant, sur les expressions obligeantes de votre lettre précédente, que vous aurez bien la bonté de lui donner des éclaircissements. Je ne suis maintenant que son interprète, et je ne suis pas moins avec respect, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur, Leihnitz.

De Wolfenbutel, ce H décembre 1U99.

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