Ibid., lib. svui, ç^p. xxxvi, col
l'no.lKT DE RÉUNION ENTl'.K LKS CATHOLIQUES
bces ne se Iroiivenl i)cis dans les saintes Ecrilurcs qu'on appelle canoninues; el puis il dilque l'Eglise les tient pour canoniijues. C'est donc dans un autre sens inférieur, que la raison qu'il ajoute fait connaître ; car les admirables exemples de la soullrance des martyrs, propres à fortilier les chrétiens durant les persécutions , faisaient juger que la lecture de ces livres serait très-utiles. C'est pour cela que l'Eglise les a reçus dans l'autorité, et dans une manière de canon, c'est-à-dire, comme ecclésiastiques ou utiles; mais non pas comme divins ou infaillibles : car cela ne d( iiend pas de l'Eglise; mais de la révélation de Dieu, faite par la bouche de ses prophètes ou apôtres.
CIL Enl]n saint Augustin, dans son livre de la Doctrine chrétienne, raisonne sur les livres canoniques dans un sens fort ample et général , entendant tout ce qui était autorisé dans l'Eglise. C'est pourquoi il dit ([ue pour en juger, il faut en faire estime selon le nombre et l'autorité des Eglises : puis il vient au dénombrement ' : Totus autem canon Scripturarum in quo istam considerationem versandam dicimus, his libris continelur, etc.; et il nomme les mômes que le pape Innocent l" : ce qui fait visiblement connaître qu'en parlant du canon , il n'entendait pas seulement les livres divins incontestables; mais encore ceux qu'on regardait diversement, et qui avaient leur autorité de l'Eglise seulement, ou des Eglises, et nullement d'une révélation divine.
CIIL Après cela, le passage de saint Augustin, où, dans la chaleur de l'apologie de sa citation, il semble aller plus loin, ne saurait faire de la peine. Vous aviez remarqué. Monseigneur, | 9, qu'il avait cité contre les pélagiens ce passage de la Sagesse : Raptus est ne malilia mutaret intellectum ejus. Quelques savants Craulois avaient trouvé mauvais qu'il eut employé ce livre, lorsqu'il s'agissait de prouver des dogmes de foi ; Tanquam non canonlcum definiebanl omittendum. Saint Augustin se défend dans son livre de la Prédestination des Saints-. Il ne dit pas que la Sagesse est égale en autorité aux autres; ce qu'il aurait fallu dire, s'il avait été dans les sentiments ïridentins : mais il répond que quand elle ne dirait rien de semblable, la chose est assez claire en elle-même; qu'elle doit cependant être préférée à tous les auteurs particuliers : Omnibus traclatoribus debere anteponi; parce que tous CCS auteurs , même les plus proches des temps des apôtres, avaient eu celte déférence pour ce livre : Qui eum testum adhibentes, nihil se adhiberi nisi divinwn testimoniuin crcdiderunt. Et un peu auparavant : Meruisse in Ecclcsid Chrisli tain lomjd annositate recitari, et ah omnibus Chrislianis cujn reneralione dii'inœ auctorilatis audiri.
CIV. Ces paroles de saint Augustin paraîtraient étranges, d'autant qu'elles semblent contraires à la doctrine reçue dans l'Eglise, si l'on n'était déjà instruit de son langage par tous les passages précédents. Donc, puisque aussi il n'est pas croyable que ce grand homme ait voulu s'opposer à lui-même et à tant d'autres, il faut conclure que cette autorité divine dont il parle, ne peut être autre chose
1. Dedoct. Christ. , lib. ii, cap. vm, n. 13; toni iir, pari. I, rot. 23. — 2. De Prcedesl. SS., cap. xiv, ii. ï7, 2S , tom. x, col. SCS.
que le témoignage que -l'Eglise a rendu au livre de la Sagesse, qu'il n'y a rien là que de conforme aux Ecritures immédiatement divines ou lns[)irées; puisqu'il avait reconnu lui-môme, dans son livre de la Cité de Dieu', que ce livre n'a reçu son autorité que par l'Eglise, surtout en Occident; mais qu'il n'a pas assez de force contre les contredisants, parce qu'il n'est pas dans le canon originaire du Vieux Testament. Et le même saint Augustin , citant un livre de pareille nature^, qui est celui du Qls de Sirach , n'y insiste point, el se contente de dire, que si on contredit à ce livre, parce qu'il n'est pas dans le canon des Hébreux , il faudra au moins croire au Deutéronome et à l'Evangile qu'il cite après.
CV. Ce qu'on a dit du sens de saint Augustin, doit être encore entendu de ceux f|ui ont copié ses expressions par après, comme Isidore et Rabanus Maurus, et autres, lorsqu'ils parlaient d'une manière plus confuse. Mais quand ils parlaient distinctement, et traitaient la question de l'égalité ou inégalité de l'autorité des livres de la Bible, ils continuaient à parler comme l'Eglise avait toujours parlé; en quoi l'Eglise grecque n'a jamais biaisé. Et l'autorité de saint Jérôme a toujours servi de préservatif dans l'Eglise d'Occident, malgré la barbarie qui s'en était emparée. On a toujours été accùutumé de mettre son Prolocjus Galeatus, et sa lettre à Paulin, à la tète de la sainte Ecriture, et ses autres Préfaces devant les livres de la Bible qu'elles regardent; où il s'explique aussi nettement qu'on a vu, sans que personne ait jamais osé, je ne dis pas condamner, mais critiquer même celte doctrine, jusqu'au concile de Trente, qui l'a frappée d'anathème par une entreprise des plus étonnantes.
CVI. Il sera à propos de particulariser tant soit peu cette conservation de la saine doctrine; car [)Our rapporter tout ce qui se pourrait dire, il faudrait un ample volume. Cassiodore, dans ses Institutions, a donné les deux catalogues, tant le plus étroit de saint Jérôme et de l'Eglise universelle, qui n'est que les livres immédiatement divins , que la liste plus large de saint Augustin et des Eglises de Rome et d'Afrique , qui comprend aussi les livres ecclésiastiques.
CVII. Junilius, évèque d'Afrique , fait parler un maître avec son disciple^ Ce maître s'explique fort nettement, et sert très-bien à faire voir qu'on donnait abusivement le litre de livres divins à ceux qui, à parler proprement , ne le devaient point avoir. — DiscipuLi. Quomodo dicinorum librorum consideratur auctoritas ? — M.\gister. Quia quidam perfectœ aucloritatis sunl , quidam mi'diœ , quidam nullius. Après cela on ne s'étonnera pas, si quelques-uns , surtout les Africains, ont donné le nom de divines Ecritures aux livres qui , dans la vérité, n'étaient qu'ecclésiastiques.
CVIII. Grégoire le Grand, quoique pape du siège de Rome, et successeur d'Innocent I et de Gélase, n'a pas laissé de parler comme saint Jérôme ; et il a montré par là, que les sentiments de ses prédécesseurs devaient être expliqués de même. Car il
1. De Civil. Dei, l. .wii, c. xx, ut>i siip. — 2. Lib. de curd pro Morluis, c. XV, tom. vi , col. .5-^8.— 3. Lia. départ, div. legis ,
c. VII.
dit positivement que les livres des Machabées ne sont point canoniques, Iket non canonicos' ; mais qu'ils servent à l'édilication de l'Eglise.
GIX. Il sera bon de revoir un peu les Grecs avant que de venir aux Latins postérieurs. Léontius , auteur du sixième siècle, parle comme les plus anciens. Il dit qu'il y a vingt-deux livres du Vieux Testament, et que l'Eglise n'a reçu dans le canon que ceux qui sont reçus chez les Hébreux^.
ex. Mais sans s'amuser à beaucoup d'autres, on peut se contenter de l'autorité de Jean de Damas, premier auteur d'un système de théologie, qui a écrit dans le huitième siècle, et que les Grecs plus modernes, et même les scholastiques latins ont suivi. Cet auteur, dans son liure iv de la foi orthodoxe^, Imitant, comme il semble, le passage allégué cidessus du livre d'Epiphane des poids et des mesures, ne nomme que vingt-deux livres canoniques du Vieux Testament ; et il ajoute que les livres des deux Sagesses, de celle qu'on attribue à Salomon , et de celle du fils de Sirach , quoique beaux et bons , ne sont pas du nombre des canoniques, et n'ont pas été gardés dans l'arche , oii il croit que les livres canoniques ont été enfermés.
GXI. Pour retourner aux Latins, Strabus, auteur de la Glose ordinaire, qui a écrit dans le neuvième siècle , venant à la préface de saint Jérôme , mise devant le livre de Tobie, où il y a ces paroles : Libruni Tobiœ Ilebrcei de catalogo divinaruin Scripturarum sécantes, ils quœ hag iog rapha memorant, manciparunt ; remarque ceci, potius et verius dixisset apocrypha, vel large accepit hagiographa, quasi Sanctorurn scripta , et non de numéro illorum novem , etc.
GXII. Radulphus Flaviacensis , bénédictin du dixième siècle, dit au commencement de son livre quatorzième sur le Lévitique : « Quoiqu'on lise » Tobie, Judith et les Machabées pour l'instruction, » ils n'ont pas pourtant une parfaite autorité. »
CXIII. Rupert, abbé de Tuits, parlant de la Sagesse : « Ce livre, dit-iP, n'est pas dans le canon, » et ce qui en est pris n'est pas tiré de l'Ecriture » canonique. »
GXIV. Pierre le Vénérable, abbé de Gluni, écrivant une lettre contre certains, nommés Pétrobrusiens, qu'on disait ne recevoir de l'Ecriture que les seuls Evangiles, leur prouve, en supposant l'autorité des Evangiles, qu'il faut donc recevoir encore les autres livres canoniques.
Sa preuve ne s'étend qu'à ceux que les protestants reconnaissent aussi. Et quant aux ecclésiastiques, il en parle ainsi : « Après les livres authen- » tiques de la sainte Ecriture, restent encore six, » qui ne sont pas à oublier, la Sagesse, Jésus fils » de Sirach , Tobie , Judith et les deux des Machai> bées, qui n'arrivent pas à la sublime autorité des » précédents; mais qui, à cause de leur doctrine » louable et nécessaire, ont mérité d'être reçus par » l'Eglise. Je n'ai pas besoin de vous le recomman- » der; car si vous avez quelque considération pour » l'Eglise, vous recevrez quelque chose sur son au- » torité. » Ce qui fait voir que cet auteur ne considère ces livres que comme seulement ecclésiastiques. CXV. Hugues de Saint-Victor, auteur du com-
1. Moral., lib. XIX, cap. xxl , n. 34 ; tom. l , col. 622. — 2. De SecC. Act. II. — 3. Cap. xviii. — 4. Lib. tu, in Gen. cap. xxxi.
mencement du douzième siècle, dans son livre des Ecritures et écrivains sacrés', fait le dénombrement des vingt-deux livres du vieux Testament , et puis il ajoute : « Il y a encore d'autres livres, comme » la Sagesse de Salomon, le livre de Jésus, fils de » Sirach, Judith, Tobie et les Machabées qu'on lit, f> mais qu'on ne met pas dans le canon; » et ayant parlé des écrits des Pères, comme de saint Jérôme, saint Augustin, etc., il dit que ces livres des Pères ne sont pas du texte de l'Ecriture sainte, « de même » qu'il y a des livres du Vieux Testament qu'on lit, » mais qu'on ne met pas dans le canon, comme la » Sagesse et quelques autres. »
CXVI. Pierre Comestor, auteur de Vllistoire scolastique , contemporain de Pierre Lombard , fondateur de la théologie .scolastique, va jusqu'à corriger en critique le texte du passage de saint Jérôme, dans sa préface de Judith, où il y a que Judith est entre les hagiographes chez les Hébreux, et que son autorité n'est pas suffisante pour décider des controverses. Pierre Comestor veut qu'au lieu d'hagiograjyhe, on lise apocrypha, croyant que les copistes, prenant les apocryphes en mauvais sens, ont corrompu le texte de saint Jérôme : Apocrypha horrentes , eo rejecto , hagiographa scripsere. Il semble que le passage de Strabus sur Tobie adonné occasion à celte doctrine.
CXVII. Dans le treizième siècle fleurissait un autre Hugo, dominicain, premier auteur des Concordances sur la sainte Ecriture , c'est-à-dire , des allégations marginales des passages parallèles, fait cardinal par Innocent IV. On a de lui des vers, oii, après le dénombrement des livres canoniques, suivant l'antiquité et les protestants , on trouve ceci :
Lex vêtus tiis libris perfectè tota teaetur, Restant apocrypha : Jésus, Sapientia, Pastor, Et MachalDaeorum libri, Judith atque Tobias. Hi quia sunt dubii sub Caaone non numerantur ; Sed quia vera canunt, Ecclesia suspicit illos.
CXVIII. Nicolas de Lyre, fameux commentateur de la sainte Ecriture du siècle quatorzième, commençant d'écrire sur les livres non canoniques, débute ainsi dans sa préface sur Tobie : « Jusqu'ici » j'ai écrit, avec l'aide de Dieu, sur les livres cano- » niques; maintenant je veux écrire sur ceux qui » ne sont plus dans le canon. » Et puis : « Bien que » la vérité écrite dans les livres canoniques précède » ce qui est dans les autres, à l'égard du temps dans » la plupart, et à l'égard de la dignité en tous; » néanmoins la vérité écrite dans les livres non ca- » noniques est utile pour nous diriger dans le che- » min des bonnes mœurs, qui mène au royaume ') des cieux. »
GXIX. Dans le même siècle, le glossateur du décret, qu'on croit être Jean Semeca, dit le Teutonique, parle ainsi^ : « La Sagesse de Salomon, et » le livre de Jésus, fils de Sirach, Judith, Tobie et le » livre des Machabées, sont apocryphes. On les lit; » mais peut-être n'est-ce pas généralement. »
CXX. Dans le quinzième siècle, Antonin, archevêque de Florence, que Rome a mis au nombre des saints, dans sa Somme de théologie^, après avoir dit que la Sagesse, l'Ecclésiastique, Judith, Tobie
1. Cap. IV. — 2. Can. c, dist. 16. — 3. Par. m, til. IS , cap. VI, § 2.
'HOJET DE RÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES
cl les Machabôes sont apocryphes chez les Hébreux, et que saint J6ri)mc ne les juge point propres à décider les controverses; il ajoute que « saint Tiio- » mas , in secundd sccundœ , et Nicolas de Lyre , » surTobic, en diseni autant; savoir, qu'on n'en » peut pas tirer des arguments efficaces, en ce ([ui » est de la foi , comme des autres livres de la sainte » Ecriture. Et peut-ôtre, ajoute Antonin, qu'ils ont 1) la même autorité que les paroles des saints, ap- » prouvées par l'Eglise. »
CXXI. Alphonse Testât, grand commentateur du siècle qui a précédé celui de la Réformation, dit dans son Defensorium' , a que la distinction des » livres du Vieux Testament en trois classes, faite » par saint Jérôme dans son Prologus Galealus, est » celle de l'Eglise universelle; qu'on l'a eue des » Hébreux avant Jésus-Christ, et qu'elle a été con- » linuée dans l'Eglise. » Il parle en quelques endroits comme saint Augustin , disant dans son Commentaire sur le Prologus Galealus, que l'Eglise reçoit ces livres, exclus par les Hébreux, pour authentiques, et compris au nombre des saintes Ecritures. Mais il s'explique lui-même sur saint Matthieu : « Il y a, dit-iP, d'autres livres que l'E- )) glise ne met pas dans le canon , et ne leur ajoute » pas autant de foi qu'aux autres : Noii recipientes i> non judicat inobedientes aut infidèles ; elle ignore » s'ils sont inspirés : » et puis il nomme expressément à ce propos la Sagesse , l'Ecclésiastique , les Machabées , Judith et Tobie, d\sa.nl : Quôd probalio ex illis sumpla sil aliquaiiter e/fîcax. Et parlant des apocryphes , dont il n'est pas certain qu'ils ont été écrits par des auteurs inspirés , il dit', K qu'il suffît qu'il n'y a rien qui ne soit manifeste- » ment faux ou suspect; qu'ainsi l'Eglise ne les » met pas dans son canon , et ne force personne à I) les croire; cependant elle les lit, etc.; » et puis il dit expressément au môme endroit, qu'il n'est pas assuré que les cinq livres susdits soient inspirés : De auctoribus horum non constat Ecclesiœ an Spiritu sanclo dictante scripserint : non tamen reperit in illis alUiuid falsurn aut valde suspeclum de faUitale.
CXXII. Enlin, dans le seizième siècle, immédiatement avant la Rôformation , dans la préface de la Bible du cardinal Ximencs, dédiée à Léon X, il est dit que les livres du Vieux Testament, qu'on n'a qu'en grec , sont hors du canon , et sont plutôt reçus pour l'édilication du peuple, que pour établir des dogmes.
CXXIII. Et le cardinal Cajétan, écrivant après la Réformation conmiencée, mais avant le concile de Trente, dit à la fin de son Commentaire sur l'Ecclésiaste de Salomon, publié à Rome en 1.534 : « C'est » ainsi que Unit l'Ecclésiaste avec les livres de Sa- » lomon et de la Sagesse, mais quant aux autres " livres, à qui on donne ce norn, qui cocanlur libri » sapientiales ; puis<iue saint Jérôme les met hors » du canon qui a l'autorité de la foi, nous les omet- » trons, et nous nous hâterons d'aller aux oracles » des prophètes. r>
CXXIV. Après ce détail de l'autorité de tant de grands hommes de tous ces siècles , qui ont parlé formellement comme l'ancienne Eglise et comme les protestants, on ne saurait douter, ce semble,