V. LXVll, LXVIII
ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE
Quod lalium auctoritas ad roboranda ea quce i?i œnlentionem i-eniunt minus idonca judicatui''. Et parlant du livre de Jésus, fils de Sirach, et du livre nommé faussement la Sagesse de Salomon , il dit- : Sicut Judith et Tobiœ et Machabœorum libros legit quidem Ecclesia, sed eos in canonicas Scripluras non reciplt; sic et hœc duo volumina leyit ad cedificationem plebis, non ad auctoritatem ecdesiasticorum dogmalum confirmandam.
XGVL Rleu ne saurait être plus précis; et il est remarquable qu'il ne parle pas ici de son sentiment particulier, ni de celui de quelques savants, mais de celui de l'Eglise : Ecdesia , dit-il, non recipit. Pùuvait-il ignorer le sentiment de l'Eglise de son temps? ou pouvait-il mentir si ouvertement et si impudemment, comme il aurait fait sans doute, si elle avait été d'un autre sentiment que lui? Il s'explique encore plus fortement dans la préface sur Esdras et Néhémie : Quœ non habentur apud Hebrœos, nec de riginti quatuor senibus sunt, (on a expliqué cela') procul abjiciantur ; c'est-à-dire, loin du canon des livres vérilablemenl divins et infaillibles.
XCVIL Je crois qu'après cela on peut être persuadé du sentiment de saint Jérôme et de l'Eglise de son temps : mais on le sera encore davantage, quand on considérera que Rufin son grand adversaire, homme savant, et qui cherchait occasion de le contredire , n'aurait point manqué de se servir de celle-ci, s'il avait cru que saint Jérôme s'éloignait du sentiment de l'Eglise. Mais bien loin de cela, il témoigne d'être lui-même du même sentiment, lorsqu'il parle ainsi dans son exposition du Symbole, après avoir fait le dénombrement des livres divins ou canoniques, tout comme saint Jérôme : « Il faut savoir, dit-il, qu'il y a des livres » que nos anciens ont appelés, non pas canoniques, » mais ecclésiastiques, comme la Sagesse de Salo- » mon , et cette autre Sagesse du fils de Sirach , • qu'il semble que les Latins ont appelée pour cela » même du nom général d'Ecclésiastique; en quoi » on n'a pas voulu marquer l'auteur, mais la qua- » lité du livre. Tobie encore, Judith et les Macha- 0 bées sont du même ordre ou rang : et dans le » Nouveau Testament, le livre pastoral d'Hermas » appelé les deux voies et le jugement de Pierre : 1) livres qu'on a voulu faire lire dans l'Eglise , » mais qu'on n'a pas voulu laisser employer pour X conlirmer l'autorité de la foi. Les autres Ecri- » tures ont été appelées apocryphes , dont on n'a » pas voulu permettre la lecture publique dans les » Eglises. »
XGVIII. Ce passage est fort précis et instructif; et il faut le conférer avec celui d'Amphilogius cité ci-dessus ^, atin de mieux distinguer les trois espèces d'Ecritures; savoir, les divines ou les canoniques de la première espèce, les moyennes ou ecclésiastiques qui sont canoniques, selon le style de quelques-uns, de la seconde espèce, ou bien apocryphes selon le sens le plus doux; et enfin les apocryphes dans le mauvais sens , c'est-à-dire , comme dit saint Athanase ou l'auteur de la Synopse , qui sont plus dignes d'être cachées, àTToxpvir,;, que d'être lues, et desquelles saint Jérôme dit, Ep. vu ad Lœlam : Ca-
1. Prii:f. iii Jwlith. — S. Prœf. in Lib. Salom. — 3. Sup., 11. Lwii;. — 4. X. Lxxvm.
vcat apocrypha; et sur Isaie, liv, 4, Apocryphorum deliramenta conficiant.
Voici la représentation de ces degrés ou espèces :
Canoniques.
Proprement, ou du premier rang.
Divins, ou infaillibles.
Improprement, ou d'unranginférieur.
Ecclésiastiques, ou movens.
Apocryphes.
Improprement, ou dans le sens plus doux.
Dcfentlus , quant à la lecture publique.
Plus proprement, ou dans le mauvais
XCI.X. Mais on achèvera d'être persuadé que la doctrine de l'Eglise de ce temps était celle des protestants d'aujourd'hui , quand on verra que saint Augustin, qui parle aussi comme le pape Innocent I, et le synode m de Carthage, où l'on croit qu'il a été , s'explique pourtant fort précisément , en d'autres endroits , tout comme saint Jérôme et lous les autres. En voici quelques passages : « Gette Ecri- » ture, dit-il', qu'on appelle des Machabées, n'est » pas chez les Juifs comme la Loi , les Prophètes et » les Psaumes, à qui Notre Seigneur a rendu témoi- » gnage comme à ses témoins. Gependant l'Eglise » fa reçue avec utilité, pourvu qu'on la lise sobre- » ment; ce qu'on a fait principalement à cause de » ces Machabées, qui ont soutïert en vrais martyrs » pour la loi de Dieu, etc. »
G. Et dans la Cité de Dieu- : « Les trois livres de " Salomon ont été reçus dans l'autorité canonique; » savoir les Proverbes , l'EccIésiaste , et le Gantique » des cantiques. Mais les deux autres , qu'on appelle » la Sagesse et l'Ecclésiastique, et qui, à cause de t quelque ressemblance du style , ont été attribués » à Salomon, (quoique les savants ne doutent point » qu'ils ne soient point de lui,) ont pourtant été )) reçus anciennement dans l'autorité par l'Eglise
« occidentale principalement Mais ce qui n'est
» pas dans le canon des Hébreux n'a pas celte force » contre les contredisants, que ce qui y est. » On voit par là qu'il y a selon lui des degrés dans l'autorité; qu'il y a une aulorilé canonique dans le sens plus noble, qui n'appartient qu'aux véritables livres de Salomon, compris dans le canon des Hébreux; mais qu'il y a aussi une autorité inférieure, que l'Eglise occidentale surtout avait accordée aux livres qui ne sont pas dans le canon hébraïque , et qui consiste dans la lecture publique pour l'édification du peuple; mais non pas dans l'infaillibilité, qui est nécessaire pour prouver les dogmes de la foi contre les contredisants.
CL Et encore dans le même ouvrage' : « La '• supputation du temps, depuis la restitution du " temple , ne se trouve pas dans les saintes Ecritures 1' qu'on appelle canoniques; mais dans quelques » autres, que, non les Juifs, mais l'Eglise tient » pour canoniques , à cause des admirables souf- I frances des martyrs, » etc. On voit combien saint Augustin est flottant dans ses expressions ; mais c'est toujours le même sens. Il dit que les Macha-
1. Cont. Gaudent.. lib. i, cap. xxxi, n. 3S, io^i. ix . roi, 655