DU MÈ.VIE AU MÊME
Monseigneur, J'ai ou l'honneur rl'apprendre de Monseigneur le prince, héritier de Wolfenbutel, que vous aviez lénioigné de souhaiter quelque comniuincation avec un théologien de ces pays-ci. Son Altesse Sérénissime y a pensé, cl m'a fait la gr;\ce de vouloir
aussi écouter mon sentiment là-dessus : mais on y a trouvé de la difiiculté; puisque M. l'abbé de Lokkura même paraissait ne vous pas revenir', que nous savons être sans contredit celui de tous ces pays-ci qui a le plus d'autorité, et dont la doctrine et la modération ne sont guère moins hors du pair chez nous. Les autres qui seront le mieux disposés, n'oseront pas s'expliquer de leur chef d'une manière où il y ait autant d'avances, qu'on en peut remarquer dans ce qu'il vous a écrit. Et comme ils communiqueront avec lui auparavant, et peut-être encore avec moi , il n'y a point d'apparence que vous en tiriez quelque chose de plus avantageux que ce qu'on vous a mandé. La plupart même en seront bien éloignés, et diront des choses qui vous accommoderont encore moins incomparablement : car il faut bien préparer les esprits piour leur faire goûter les voies de modération. Outre qu'il faut, Monseigneur, que vous fassiez aussi des avances , qui marquent votre équité; d'autant qu'il ne s'agit pas proprement, dans notre communication, que vous quittiez à présent vos doctrines, mais que vous nous rendiez la justice de reconnaître que nous avons de notre côté des apparences assez fortes pour nous exempter d'opiniâtreté, lorsque nous ne saurions passer l'autorité de quelques-unes de vos décisions. Car si vous voulez exiger comme articles de foi des opinions, dont le contraire était reçu notoirement par toute l'antiquité, et tenu encore du temps du cardinal Cajétan, immédiatement avant le concile de Trente; comme est l'opinion, que vous paraissiez vouloir soutenir, d'une parfaite et entière égalité de tous les livres de la Bible, qui me parait détruite absolument et sans réplique, par les passages que je vous ai envoyés; il est impossible qu'on vienne au but. Car vous avez trop de lumières et trop de bonnes intentions, pour conseiller des voies obliques el peu théologiques, et nos théologiens sont de trop honnêtes gens pour y donner. Ainsi je vous laisse à penser à ce que vous pourrez juger faisable; et si vous croyez pouvoir me le communiquer, j'y contribuerai sincèrement en tout ce qui dépendra de moi. Car bien loin de me vouloir approprier cette négociation, je voudrais la pouvoir étendre bien avant à d'autres; et je doute qu'on retrouve sitôt des occasions si favorables du côté des princes et des théologiens.
■Vous m'aviez témoigné autrefois. Monseigneur, d'avoir pris en bonne part, que j'avais conseillé qu'on y joignit de votre côté quelque personne des conseils du roi , versée dans les lois et droits du royaume de France, qui eût toutes les connaissances et qualités requises, et qui pourrait prêter l'oreille à des tempéraments el ouvertures où votre
1. n est diflicile de deviner sur quui I.eilmitz ii pu suupeonner M. de Rleaux de uo vouloir pas traiter avec .Molanus ; |iuisque ce prélat a toujours au contraire lémoigno uue estime toute particulière pour l'abbé de Lokkum, dont le savoir et la mudératioa étaient on effet très-estimables. Si l'on veut oxaminor les choses de urès, je crois qu'on soupçonnera pluliNt Loibnitz d'avoir écarté Molanus , et de s't-'tre mis à sa place fort mal à propos. Car il est certain que Leibnitz ne montre pas la même candeur et la mémo sincérité. Il chicane sur tout; il incidente à tout propos; il repéto sans cesse des objections déjA résolues, et paraît employer tout son esprit à éluder les réponses si satisfaisantes tju'on lui donnait, et à faire naître de nouvelles dllHcultos; au lieu que Molanus ne cherchait qu'à les aplanir. Cette lettre, ainsi que plusieurs autres qui l'ont précédée, n'est pleine, à proprement parler, que de chicanes, comme M. de Meaux lo lait assez sentir dans sa Réponse. (Edit. de Paris.)
ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE
caractère ne vous permet pas d'entrer, quand même vous les trouveriez raisonnables; mais qui ne feraient point de peine à une personne semblable à feu M. Pelisson, ou au président Miron, qui parla pour le tiers-clat en 1G14. Car ces ouvertures pourraient être réconciliables avec les anciens principes et privilèges de l'Eglise et de la nation française, appuyés sur l'autorité royale, et soutenus dans les assemblées nationales et ailleurs; mais que votre clergé a tâché de renverser par une entreprise contraire à l'autorité du roi, qui ne serait point soufferte aujourd'hui. Ainsi je suis très-content. Monseigneur, que vous demandiez des théologiens, comme j'ai demandé des jurisconsultes. La différence qu'il y a, est, que votre demande ne sert point à faciliter les choses , comme faisait la mienne , et que vous avez en effet ce que vous demandez. Car ce que je vous ai mandé a été communiqué avec M. l'abbé de Lokkum , et en substance encore avec d'autres. Je suis avec tout le zèle et toute la déférence possible. Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur, Leibmtz.
A. Wûll'enbutel , ce 21 juin 1701.