‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 79 sur 631 · Cor., XI · texte numérisé non relu

Cor., XI

SUR LES PROMESSES DE L'EGLISE

ilc concorde et d'amilié , comme les enfants Iiicnaimés du grand Père de famille : et quand le nombre en sera trop grand, être du moins distribués par bandes et par compagnies , per conlubernia ' : en sorte qu'on vous moite ensemble le plus qu'on pourra, cent à cent, cinquante à cinquante, comme les cinq mille que le Sauveur nourrit dans le désert. Vous voulez manger d'un même pain rompu entre vous, comme saint Paul l'insinue^, et comme Jésus- Christ l'avait pratiqué , et boire tous dans la même coupe en témoignage d'union , et pour accomplir ce qu'a prononcé Jésus-Christ : Buvez-en tous , et divisez-la entre vous, qui est un signe d'amitié, d'hospitalité, de fidèle correspondance. Vous voulez faire ce divin repas sur le soir, à la fin du jour, après le soupé^, pour exprimer que le Fils de Dieu nous préparait son banqueta la fin des siècles et au dernier âge du monde. Vous vous moquez, direzvous , de nous réduire à ces minuties. Dites donc que le Fils de Dieu a fait tout cela sans dessein , et qu'il n'y a pas du mystère en tout ce qu'il fait dans une action si importante et si solennelle, ou que, pour discerner ce qu'il veut qu'on fasse, vous avez pour règle, non point sa pratique et sa parole, mais votre propre raisonnement. Est-ce là, mes frères, la règle que vous prenez pour assurer votre salut? Venons pourtant à des choses que vous croyez plus importantes; que dites-vous de la fraction du pain? N'est-elle pas essentielle à la sainte Cène, comme le signe sacré du corps de Jésus-Christ rompu à la croix ^? Avouez la vérité; vous le tenez tous, et vous ne cessez d'avoir cette parole à la bouche; mais en même temps pourquoi tolérez-vous les luthériens, qui n'ont point cette fraction? pourquoi, dis-je encore un coup, les tolérez-vous, non-seulement en général par votre tolérance universelle envers eux , mais encore par un acte exprès où cette infraction de la loi de Jésus-Christ leur est pardonnée? Le fait est constant et avoué par vos ministres. Où avezvous trouvé dans l'Evangile qu'une chose si expressément pratiquée par Jésus-Christ , et encore par une raison si essentielle, fut indifférente, ou ne fût point du nombre de celles dont il a dit : Faites ceci? Reconnaissez que vos ministres vous abusent, et qu'ils vous donnent pour règle en cette occasion, non point la parole de Jésus-Christ, mais leur politique et leur aveugle complaisance pour les luthériens.

Passons outre. Que ferez-vous à ceux que leur aversion naturelle et insurmontable pour le vin exclut de cette partie de la sainte Gène? la refuserez-vous tout entière à ces infirmes , parce que vous ne pouvez pas la leur donner tout entière, ni comme vous la croyez établie par Jésus-Christ'? Ce serait le bon parti selon vos principes; mais il n'est pas soutenable, et vous leur donnez l'espèce du pain toute seule, comme le règle votre discipline après les synodes : mais en ce cas que leur donnez-vous? Ont-ils la grâce entière du sacrement, ou ne l'ontils pas? Où Jésus-Christ ne prononce rien, comment prononcerez-vous, si, comme nous, vous n'avez recours à la Tradition et à l'autorité de l'Eglise? Ce qu'ils reçoivent, est-ce (juelque chose

1. Marc, VI. 39,4U. — 2. /. Cor.,ii. 16. 17.— 3. /. Cor., xi. 25.

— 4. Traité de la Comrn. sous les deux esp., II. part., ckap, 12.

— 5. Idem , ch. 3.

qui n'appartienne en aucune sorte au sacrement', comme le dit le ministre Jurieu, ou quelque chose qui y appartienne, comme le soutient contre lui le ministre de Larroque? Déterminez -vous , mes frères. M. Jurieu se fonde sur ce que le sacrement mutilé n'est pas le sacrement de Jésus-Christ. M. de Larroque soutient au contraire qu'on ne met point dans l'Eglise une institution humaine à la place du sacrement de Jésus-Christ. Ils ont raison tous deux selon vos principes , et vous n'avez point de règles pour sortir de cet embarras.

Mais il y a quelque chose de plus essentiel encore : c'est la parole de consécration et de bénédiction où la forme du sacrement est établie^. Appelezla comme vous voudrez : en général, parmi vous comme parmi nous et parmi tous les chrétiens, le sacrement consiste principalement dans la parole qui est jointe à ce qu'on appelle l'élément et la matière : Je vous baptise, et le reste, doit être ajouté à l'eau pour faire le vrai baptême ; et la vertu , l'efTicace , la vie, pour ainsi parler, du sacrement, est dans la parole. En particulier dans la cène, Jésus-Christ a béni , il a prié , il a invoqué son Père pour opérer la merveille qu'il préparait dans l'Eucharistie. Il a parlé, l'effet a suivi. Saint Paul marque expressément dans l'Eucharistie , la coupe bénie que nous bénissons^ : le pain sacré n'est pas moins béni ni moins consacré par la parole. Mais quelle est-elle? Est-il libre, ou de ne rien dire, comme le permet votre Discipline, ou de dire tout ce qu'on veut , sans se conformer à ce que l'Eglise a toujours dit par toute la terre? Mais si l'on peut ne rien dire , laissera-t-on un si grand sacrement sans parole , et le calice de bénédiction, ainsi nommé par saint Paul, demeurera-t-il sans être béni? Cette bénédiction est-elle quelque chose de permanent , comme l'a cru l'ancienne Eglise , ou quelque chose de passager, comme le croit toute la Réformation prétendue? Quoi qu'il en soit, qui prononcera cette bénédiction? sera-ce celui qui représente Jésus- Christ, et qui préside à l'action, c'est-à-dire, le ministre, ou à son défaut, un prêtre, un ancien? un diacre pourra-t-il être le consécrateur, ou en tout cas le distributeur du sacrement; surtout un diacre le sera-t-il de la coupe selon la pratique de l'ancienne Eglise? Tout cela est indifférent, ditesvous. C'est pourtant Jésus-Christ seul, comme celui qui présidait à l'action , qui a béni , qui a dit : Prenez, mangez et buvez; ceci est mon corps, ceci est mon sang; et nul autre n'en a fait l'offlce et la cérémonie. Si cela est indifférent, il sera donc indifférent de faire ou ne faire pas ce qu'il a fait , et votre règle , qui se proposait pour modèle ce qu'il a fait, ne subsiste plus.

Mais la nôtre est invariable, nous l'avons apprise dès le baptême : sans nous informer si l'on nous plongeait dans l'eau, selon l'exemple de Jésus- Christ et des apôtres, selon la pratique de toute l'Eglise durant treize à quatorze cents ans, selon la force de cette parole : Baptisez , qui constamment veut dire, plongez, selon le mystère marqué par l'Apôtre même , qui est d'être ensevelis avec Jésus- Christ'' par cette immersion, nous recevons le bap-

1. Traité de la comm. sous les deux esp., II. part., chap . 12. — 2. Idem, ch. 6. — 3. /. Cor., x. 16. — 4. Rom., vi. 4; Col. II. 12.

INSTRUCTION PASTORALE

lôinc comme nous le donne l'Eglise , persuadés que celle parole : Allez, enseignez, et baptiaez : et voilà je suis avec vous enseignants el baplisanls, a un elTel élernel. Nous ne nous informons pas non plus, si on sépare l'enseignement d'avec le l)ai)lèino, contre ce qui semblait paraître dans l'instilulion de Jésus-Christ les enseignant et les baptisant. Baptisés petits enfants, sans témoignage de l'Ecriture, nous ne sommes point en peine de notre baptême ; nous ne nous embarrassons pas non plus où nous l'avons reçu , dans l'Eglise ou hors de l'Eglise, par des mains pures ou par des mains infectées de la souillure du schisme et de l'erreur : il nous suffît d'être baptisés, comme nous l'enseigne celle à qui Jésus-Christ a dit ; Je suis avec vous.

Vous répondrez : Nous le recevons aussi de la même sorte , et nous ne sommes non plus en peine de notre baptême que vous. C'est ce qui nous surprend : que vous ayez la même assurance sans en avoir le même fondement. Ou suivez la parole à la rigueur, ou cessez de vous fiera un baptême que vous n'y trouvez pas. Que si vous reconnaissez la foi des promesses et l'autorité de l'Eglise, reconnaissez-la en tout, et suivez-la dans l'Eucharistie, ainsi que dans le baplême. Pourquoi mesurez-vous à deux mesures? pourquoi marchez-vous d'un pas incertain dans les voies de Dieu? Usquequo claudicatis inler duas vias' ?

Jésus-Christ a institué et donné l'Eucharistie à ses disciples assemblés : l'Eglise a-l-elle cru pour cela que cette pratique fût de la substance du sacrement? Point du tout : dès l'origine du christianisme on a porté l'Eucharistie aux absents '■' : on a réservé la communion pour la donner aux malades : après la communion reçue dans les assemblées ecclésiastiques, chacun a eu droit de l'emporter dans sa maison pour communier toute la semaine et tous les jours en particulier : ces communions se sont faites sous l'espèce du pain, et ces communions sous une espèce ont été sans comparaison les plus communes : dans les assemblées ecclésiastiques il était si libre de recevoir une des espèces ou toutes les deux, et on y prenait si peu garde, qu'on ne connut les manichéens, qui répugnaient à celle du vin , qu'après un long temps par l'alTectation de ne le prendre jamais; et quand pour les distinguer des fidèles, avec lesquels ils tâchaient de se mêler, on crut nécessaire d'obliger tous les chrétiens aux deux espèces, on sait qu'il en fallut faire une loi expresse pour un motif particulier^. Qui ne connaît pas le sacrilice des présanctifiés , où l'Orient et l'Occident ne consacrant pas, réservaient l'espèce du pain consacrée dans le sacrilice précédent pour en communier tout le clergé et tout le peuple"? Le mélange des deux espèces, universellement pratiqué depuis quelques siècles par toute l'Eglise d'Orient, se trouve-t-il davantage dans l'institution de Jésus- Christ , (juo la communion sous une espèce? Il est donc plus clair que le jour par tous ces exemples, et par ces divor.ses manières, pratiquées sans hésiter et sans scrupule dans l'Eglise, qu'il n'y a en cette matière que sa pratique et sa tradition qui fasse loi selon l'intention de Jésus-Christ , et cnlin que la substance de ce divin sacrement est d'y re-

I . ///. Reg., xviii, 2X. — 2. Traité de la Comm. sous les deux es/)., I. part., ch. 2. — 3. Idem , ch. 5. — 4. Ibid., cit. 6.

ccvoir Jésus-Christ présent, mais comme une victime immolée; ce qui arrive toujours, soit qu'on prenne le sacré corps comme épuisé de sang , ou le sang sacré comme désuni du corps , ou l'un ou l'autre quoique inséparables dans le fond, mystiquement séparés par la consécration , et comme par l'épée de la parole.

C'est aussi par cette raison que la communion du peuple sous une espèce , s'est introduite sans contradiction et sans répugnance. On n'eut point de peine à changer ce qui avait toujours été réputé libre; et ce fut à peine trois cents ans après que la coutume en fut établie dans tout l'Occident, qu'on s'avisa en Bohême de s'en plaindr.e.

Enlin , mes frères , j'oserai vous dire que pour peu qu'on apportât de bonne foi à cette dispute, et qu'on en ôtàt l'esprit de chicane el de contention tant réprouvé par l'Apôtre, il n'y a point d'article de nos controverses où nous soyons mieux fondés sur l'autorité de l'Eglise, sur sa pratique constante et sur la parole de Jésus-Christ même , comme il a été démontré dans le concile de Trente ' .

XLII. Du service en langue vulgaire. — On ne cherche que des apparences pour vous entretenir dans la division : témoin encore ce qu'on vous met sans cesse à la bouche sur le service en langue vulgaire, qui se fait, dit-on , en langue inconnue. Par ce discours on pourrait croire que la langue latine n'est pas connue du clergé et d'une trèsgrande partie du peuple. Mais ceux qui l'entendent vous l'expliquent; ceux qui sont chargés de votre instruction sont chargés aussi par l'Eglise , dans le concile de Trente^, de vous servir d'interprètes : il ne tient qu'à vous, pendant que l'Eglise chante, d'avoir entre vos mains les Psaumes , les Ecritures, les autres leçons et les autres prières de l'Eglise. Qu'avez-vous donc à vous plaindre? Aime-t-on si peu l'unité du christianisme , qu'on rompe avec l'Eglise pendant qu'elle fait ce qu'elle peut pour édilier tout le monde? Que ne reconnaissez-vous plutôt l'amour de l'antiquité dans le langage dont se sert l'Eglise romaine? Accoutumée au style, aux expressions , à l'esprit des anciens Pères qu'elle reconnaît pour ses maîtres, elle en remplit son office , et se fait , pour ainsi dire , un plaisir d'avoir encore à la bouche , et de conserver en leur entier les prières , les collectes, les liturgies , les messes, comme ils les ont eux-mêmes appelées, que ces grands papes, saint Léon, saint Gélase, saint Grégoire , à qui l'Eglise est si redevable, ont proférées à l'autel il y a mille et douze cents ans. Vos ministres affectent souvent de vous parler avec une espèce de dédain de ces grands papes, qu'ils trouvent contraires à leurs prétentions. Mais en leur cœur, malgré qu'ils en aient, ils ne peuvent leur refuser la vénération qui est due à ceux qu'on a toujours crus, aussi éminents par leur piété et par leur savoir que par la dignité de leur siège. Ainsi nous nous glorilions en Notre Seigneur de dire encore Icsmesses comme ils les ont digérées. Le fondement, la substance, l'ordre même, et en un mot toutes les parties en viennent de plus haut : on les trouve dans saint Ambroise, dans saint Augustin, dans les autres Pères, et entîn dès l'origine du christianisme.

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