‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 78 sur 631 · Cor.^ m, IS. — 2. De don, persev., X, col · texte numérisé non relu

Cor.^ m, IS. — 2. De don, persev., X, col

XX, n. 53, Com.

jours, et jusqu'à la fin du monde, qui ne souffre ni fin ni interruption? Voulez-vous toujours éluder les paroles de Jésus-Christ, les plus claires, et toujours opposer le sens humain à sa puissance? Que craignez-vous donc? Quoi; de trop croire à Jésus- Christ; qu'il ne vous pousse trop loin, et qu'à force de croire à l'Eglise , à qui il promet son assistance, vous ne tombiez dans l'absurdité? Mais au contraire, la foi de l'Eglise en est le remède. Lorsqu'on s'astreint à n'inventer rien, et à suivre ce qu'on a trouvé établi, on n'avance ni absurdité ni rien de nouveau. Consultez l'expérience. D'où sont venues les absurdités? de ceux qui ont suivi la ligne de la succession, ou de ceux qui l'ont rompue? Pour ne point ici parler des marcioniles, des manichéens, des donalistes, des autres anciens hérétiques; qui sont, dans le siècle précédent, ceux qui ont outré la puissance et l'opération de Dieu jusqu'à détruire le libre arbitre par lequel nous diflerona des animaux , introduire une nécessité fatale, et faire Dieu auteur du péché? Ne sont-ce pas les prétendus réformateurs , comme nous l'avons montré ailleurs plus clair que le jour, et de l'aveu de vos ministres ' ? Mais qui sont ceux qui en revenant de ce blasphème sont tombés dans un excès opposé, et sont devenus semi-pélagiens? Ne sontce pas encore les luthériens , c'est-à-dire , de tous les hommes ceux qui ont le plus tâché d'obscurcir l'autorité de l'Eglise catholique? mais encore, d'où nous est venu ce prodige d'ubiquité? N'est-ce pas de la même source? et cette doctrine, qui selon vous-mêmes confond les deux natures de Jésus- Christ, n'est-elle pas aujourd'hui établie dans le plus grand nombre des Eglises luthériennes, sans que les autres l'improuvent en s'en séparant? C'est ce que personne n'ignore, et il ne faut pas se montrer vainement savant, en prouvant des faits constants. Si vous rejetez de bonne foi ces erreurs dans votre religion, pourquoi présenter votre communion aux luthériens qui les défendent, et participer par ce moyen à tous leurs excès ? Mais vous-mêmes considérez où vous jette votre doctrine de l'inamissibililé de la justice, et cette certitude infaillible de votre salut, qu'on vous oblige d'avoir, quelques crimes qu'on puisse commettre. On vous cache le plus qu'on peut ces absurdités qui rendent votre religion si visiblement insoutenable. Plut à Dieu que vous en fussiez bien revenus : mais enfin , bien certainement elles sont reçues parmi vous; on les y a définies de nos jours dans le synode de Dordrecht, et on n'en a révoqué les décisions par aucun acte. Vous avez aussi défini dans ce synode , selon qu'il était porté dans vos catéchismes , et dans la formule d'administrer le baptême , que les enfants des fidèles naissent tous dans l'alliance et dans la grâce chrétienne^. Vous n'y avez pas décidé moins clairement que la grâce chrétienne ne se perd jamais : d'où il résulte que quand cette grâce est une fois entrée dans une famille, elle n'en sort plus; en sorte que ni les pères ni les enfants ne la peuvent perdre jusqu'à la fin du monde, si cette race dure autant. Quelle plus grande absurdité pouvait-on inventer; et à moins que d'être insen-

1. Hist. des Var., tiv. xiv. — 3. Cat., dim. 50. Form. dtt baptême, syn. Dord., sess. 38 , cap. 17; Hist. des Var., l. xit, n. 21 et 37.

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INSTRUCTION PASTOIiALR

sible à la vôritft , peut-on demeurer un seul monienl dans une religion où l'on croit de tels prodiges'?

XXXVIII. Que la doctrine protestante sur la faillihilite' de l'Ècjlise induit à l'indifférence des religions. — Venons néanmoins encore à des dogmes plus populaires : N'est-il pas de pratique parmi vous, que chacun, jusqu'aux plus grossiers et aux plus ignorants, doit savoir former sa foi sur les Ecritures; croire par conséquent qu'il les entend assez pour y voir tous les articles de la foi; ne céder jamais à aucune autorité de l'Eglise, ni à aucun de ses décrets; se croire obligé à les examiner tous, et à les soumettre à sa censure? C'est là sans doute ce qu'il faut croire pour élre bon protestant. Mais que feront ceux qui de bonne foi demeureront convaincus de leur ignorance, et se sentiront incapables de rien prononcer sur des matières si hautes et si disputées? Que feront-ils, dis-je, sinon à la fin de croire bonne toute religion, et se sauver dans l'asile de l'indiirèrence, qui est en effet la disposition où l'expérience fait voir que vous mène votre Réforme?

XXXIX. Si les protestants ont raison de réclamer leurs minisires. — Ces choses sont évidentes, et les plus ignorants les peuvent entendre. Mais, ô malheur pour lequel nous ne répandrons jamais assez de larmes I nos frères ne veulent pas nous écouter : souvent ils sont convaincus; ils sentent bien en leur conscience qu'ils n'ont rien à nous répliquer. Toute leur défense est de dire : Si nous avions nos ministres, ils sauraient bien vous répondre. Vous réclamez vos ministres, nos chers frères? Tous les jours nous vous faisons voir à quoi vos ministres vous ont engagés , même dans les décrets de vos synodes : ce sont eux qui dans ces décrets vous ont fait passer la réalité aux luthériens, et non-seulement la réalité qui nous est commune avec les luthériens, mais encore l'ubiquité : et dans une autre matière aussi importante, leur doctrine demi-pélagienne contre la grâce du Sauveur. Pressés de tels arguments , vous laissez là vos ministres et vos synodes. Que nous importe, dites-vous? nous nous en tenons à la seule parole de Dieu qui nous est très-claire. Vous lit-on dans l'Evangile les promesses de Jésus-Christ, où vous n'avez rien à répondre? vous en appelez à vos ministres que vous veniez de rejeter. Allons plus haut. Quand il a fallu quitter l'Eglise, où vos pères se sont sauvés avec nous, vous n'avez pas consulté vos anciens pasteurs, quoiqu'ils eussent l'autorité de la succession apostolique : l'Ecriture alors vous paraissait claire : vous y trouviez aisément la résolution des plus grandes difficultés : maintenant vous ne savez rien : savants pour se laisser entraîner à l'esprit de division et de schisme , ils n'en savent plus assez pour en revenir : on leur a seulement ajipris, pour toule réponse, à demander la communion sous les deux espèces, comme si toute la religion et toule leur prétendue Réforme aboutissait à ce point.

XL. .S'( les priitetiiants ont raison de réduire toute la dispule à la communion sous les deux espèces. — Mais avant que do dis|)uler sur les deux espèces , ne faudrait-il pas savoir auparavant ce qu'on vous y donne, si c'est le vrai corps et le vrai sang en substance, ou bien le corps et le sang en figure et

en vertu; si on vous les donne réellement séparés ou réellement unis; et si Jésus-Christ est entier sous chaque espèce avec tout le divin et tout l'humain qui se trouve dans sa personne. C'est de quoi on ne veut plus parler : les catholiques sont trop forts dans cet endroit : les paroles de Jésus-Christ leur y sont trop favorables. Mais parce qu'on croit trouver quelque avantage (avantage vain , comme on va voir) dans la communion des deux espèces, on ne veut plus parler (|ue de cela ; cette communion , qui, selon Luther, au commencement qu'il s'érigea en réformateur, était une chose de néant, res nihili, est devenue le seul sujet de la dispute. « Nous la prendrons, disait Luther, si le concile » nous la défend; et nous la refuserons, s'il nous » la commande : » tant la matière lui semblait légère et indifférente. Maintenant on veut tout réduire à ce seul point, et c'est là qu'on met toule la religion.

XLI. Applicatio7i de la foi des promesses à la 7natière des sacrements, et en particulier de la cornmunion. — Nous avons expliqué à fond cette matière dans un traité qui n'est pas long; on n'y a pu opposer que les minuties et les chicanes que tout le monde a pu voir dans les écrits des ministres. Notre réponse est toute prête il y a longtemps : et nous nous sentons en élat (nous le disons avec conllance), quand les sages le jugeront à propos , de pousser la démonstration jusqu'à la dernière évidence. Aujourd'hui, pour nous renfermer dans notre sujet, nous nous contentons d'appliquer à cette matière la foi des promesses et l'autorité de l'Eglise. Allez, enseignez et baptisez : je suis avec vous. On dira de même : Allez, enseignez, célébrez l'Eucharistie, qui doit durer à jamais comme le baptême, puisque, selon la doctrine de l'Apôtre, 071 y doit annoncer la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne* ; par conséquent jusqu'à la fin, ainsi qu'il l'a dit lui-même du baptême. Il la faut donc trouver sans interruption également dans tous les siècles; et l'effet de la promesse de Jésus-Christ n'a point d'autre lin que celle du monde.

Vous-mêmes vous donnez pour marque de la vraie Eglise, avec la pureté de la parole , la droite administration des sacrements. Il la faul donc trouver dans tous 1 3S temps, et dans les derniers comme dans les premiers. Jésus-Christ a également sanctifié tous les siècles, quand il a dit : Je suis avec vous jusqu'à la fin, et il ne peut y en avoir aucun où l'on ne trouve la vérité du baptême et la vérité de l'eucharistie. Voilà notre règle, et c'est Jésus- Christ lui-même qui nous l'a donnée; il l'a luimôme appliciuée à l'administration des saints sacrements. Allez, enseignez et baptisez : je suis avec vous; recevez le baptême que vous donnera l'Eglise, recevez l'eucharistie ((u'elle vous présentera? sans cela il n'y a point de règle certaine; et parce que vous refusez celte règle, mes frères, je vous le dis, vous n'en avez point.

Nous en avons une autre, direz-vous, bien plus assurée, bien plus claire; c'est, pour commencer par l'Eucharistie, d'y faire ce qu'y a fait le Sauveur du monde, selon qu'il l'a ordonné, en disant : Faites ceci. Hé bien t vous voulez dune faire tout ce qu'il a fait : être assis autour d'une table en signe

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