r. Cor., XIV. 5, 13, 27, elc. — 2. Sess. xxii , c. S
3. Bossuet a en vue M. le cardinal de Noailles. archevêque de Paris; M. Colbert, archevé'iue de Rouen; M. de Nesmond, evéque de Montauban , et d'autres évèques qui publièrent des instructions sur des matières de controverses, et qui enrichirent leurs diocèses de plusieurs livres de prières et de piété. Leurs Instructions pastorales leur méritèrent de la part du ministre Basnage dos attaques fort vives. (Note de Le Roi.),
leurs vaines plaintes ne songent qu'à faire à l'Eglise une querelle , pour ainsi parler, de guet-àpens , et contre le précepte du Sage , ne cherchant qu'une occasion de rompre avec leurs amis et avec leurs frères'. La paix et la charité n'est pas en eux. XLIII. Sur l'intelligeyice de l'Ecriture , dont on apprend aux protestants de se glorifier. — Cessez donc dorénavant de vous glorifier de l'inlelligence de l'Ecriture, et ne vous laissez plus fiatter d'une chose qui aussi bien ne vous est pas nécessaire. Soyez de ces petits et de ces huml:>les , que la simplicité de croire met dans vue entière sûreté : Quos credendi simplicilas tulissimos facit. Je parle après saint Augustin , et saint Augustin a parlé après Jésus-Christ même. Il a dit : Ta foi t'a sauvé^ : ta foi, dit TertuUien, et non pas d'être exercé dans les Ecritures. Fides tua te salvum fecit, non exercitatio scripturarum^. Le Saint-Esprit a confirmé cette vérité par une sainte expérience , en donnant la foi comme à nous, à des peuples qui n'avaient pas l'Ecriture sainte. Saint Irénée et les autres Pères en ont fait la remarque dès leurs temps, c'est-àdire, dès les premiers temps du christianisme, et on a suivi cet exemple dans tous les siècles. Car aussi la charité ne permettait pas d'attendre à prêcher la foi , jusqu'à ce qu'on sut assez des langues irréguliéres, ou barbares, ou trop recherchées, pour y faire une traduction aussi diOlcile et aussi importante que celle des livres divins, ou bien d'en faire dépendre le salut des peuples. On leur portait seulement le sommaire de la foi dans le Symbole des apôtres. Ils y apprenaient qu'il y avait une Eglise catholique qui leur envoyait ses prédicateurs, et leur annonçait les promesses dont ils voyaient à leurs yeux l'accomplissement par toute la terre comme parmi eux, à la manière qu'on a expliquée. Ils croyaient, et comme les autres chrétiens, ils étaient justifiés par la foi en Jésus-Christ et en ses promesses sacrées. Au surplus, j'oserai vous dire, nos chers frères, qu'il y a plus d'ostentation que de vérité dans la fréquente allégation de l'Ecriture où vos ministres vous portent. L'expérience fera avouer à tous les hommes de bonne foi , que ce qu'on apprend par cette pratique , c'est le plus souvent de parler en l'air, et de dire à la fois ce qu'on entend comme ce qu'on n'entend pas. Ce n'est pas l'efTet d'une bonne discipline de rendre les ignorants présomptueux, et les femmes mêmes disputeuses. Vos ministres vous font accroire que ce n'est rien attribuer de trop au simple peuple , que de lui présenter l'Ecriture seulement pour y former sa foi. Vous ne songez pas que c'est là précisément la difficulté qu'il lui fallait faire éviter. C'est une ancienne maxime de la religion, que nous trouvons dans Tertullien, dès les premiers temps, qu'il faut savoir ce qu'on croit, et ce qu'on doit observer avant que de l'avoir appris"", par un examen dans les formes. L'autorité de l'Eglise précède toujours , et c'est la seule pratique qui peut assurer notre salut : sans ce guide, on marche à talons dans la profondeur des Ecritures, au hasard de s'égarer à chaque pas. Nous l'avons démontré ailleurs plus amplement pour ceux qui en voudront savoir davantage^; mais
I Prov., XVIII. 1. — 2. Matlh., ix. 22; Marc, x. 52. — 3. De Prcesc, n. 14. — 4. De Coron., n. 2. — 5. Hisc. des Var., liv. xv. Confér. avec M. Claude. Disc, sur t'Hist. Univ., II. part., vers ta fin.
INSTRUCTION PASTORALE
nous on disons assez ici pour convaincre les gens de bonne foi, et qui savent se faire justice sur leur incapacité et leur ignorance. Que ceux-là donc cherchent leur foi dans les Ecritures, (]uo l'Eglise n'a pas instruits et qui ne la connaissent pas encore. Pour ceu.x qu'elle a conçus dans son sein , et nourris dans son école , ils ont le bonheur d'y trouver leur foi toute formée , et ils n'ont rien à chercher davantage.
C'est le moyen, dites-vous, d'inspirer aux hommes un e.xcès de crédulité qui leur fait croire tout ce qu'on veut sur la foi de leur curé ou de leur évoque. Vous ne songez pas , nos chers frères, que la foi de ce curé et de cet évèque , est visiblement la foi qu'enseigne en commun toute l'Eglise : il ne faut rien moins à un catholique. Vous errez donc, en croyant qu'il soit aisé de l'ébranler dans les matières de foi : il n'y a rien au contraire de plus difficile, puisqu'il faut jjouvoir à la fois ébranler toute l'Eglise malgré la promesse de Jésus-Christ. Ainsi quand il s'élève un novateur, de quelque couleur qu'il se pare, et quelque beau tour qu'il sache donner aux passages qu'il allègue , l'expérience de tous les siècles fait voir qu'il est bientôt reconnu, et ensuite bientôt repoussé, malgré ses spécieux raisonnements, par l'esprit d'unité qui est dans tout le corps, et qui no cesse jusqu'à la fin de réclamer contre.
XLIV. Les prolestants trop faciles à se laisser décevoir par de fausses interprétations de l'Ecriture, et en particulier des prophéties. — Mais vous, qui vous glorifiez de ne croire qu'avec connaissance, et nous accusez cependant d'une trop légère créance , souffrez qu'on vous représente comment on vous a conduits depuis les commencements de votre Réforme prétendue. Aux premiers cris de Luther, Rome, comme une nouvelle Jéricho, devait voir tomber ses murailles. Depuis ce temps, combien vous a-t-on prédit la chute de Rabylone? Je ne le dis pas pour vous confondre ; mais enfin rappelez vous-mêmes en votre pensée combien on' vous a déçus, même de nos jours. Toutes les fois que quelque grand prince s'est élevé parmi vous, comme il s'en élève partout , et môme parmi les païens et les infidèles; de quelles vaines espérances ne vous ctesvous pas laissé flatter? Quels traités n'allait-on pas faire en votre faveur? Quelles ligues n'a-t-on pas vues sans pouvoir jamais entamer le défenseur de l'Eglise? Qu'a-t-il réussi de ces projets tant vantés par vos ministres? Ceux qu'on vous faisait regarder comme vos restaurateurs, ont-ils seulement songé à vous dans la conclusion de la paix? Jusqu'à quand vous laisserez-vous tromper? Encore à présent il court parmi vous un Calcul exact-, que nous avons en main, selon lequel Babylone, votre ennemie, devait tomber sans ressource , tout récemment et dans le mois de mai dernier. On donne tels délais qu'on veut aux prophéties qu'on renouvelle sans fin, et cent fois trompés, vous n'en êtes que plus crédules.
XLV. Réponse de M. Basnaije. — Je veux bien rapporter ici la réponse de M. Basnage, dans un ouvrage dont il faudra peut-être vous parler un
1. Ou lo ministre Juriou et les petits prophètes des Cévennes. — 2. Calcul exdcl de la durée de l'Empire papal, etc. il/ai 1699. (11 est de Jurieu.)
jour. « On trouve, dit-il', un livre entier dans » Vllisloire des Variations , où l'on rit de la durée » de nos maux , et de l'illusion de nos peuples , qui » ont été fascinés par de fausses espérances. Mais » en vérité , M. de Meaux devrait craindre la con- » damnation que l'Ecriture prononce contre ceux à » qui la prospérité a fait des entrailles cruelles; car » il faut être barbare pour nous insulter sur les 1 maux que nous souffrons, et que nous n'avons » pas mérités. Une longue misère excite la compas- » sien des âmes les plus dures, et on doit se repro- » cher d'y avoir contribué par ses vœux , par ses » désirs et par les moyens qu'on a employés pour » perdre tant de familles, plutôt que d'en faire le » sujet d'une raillerie. » Et un peu après, sur le même ton* : « Quand il serait vrai qu'on court avec » trop d'ardeur après les objets qui entretiennent » l'espérance, et qu'on se repaît de quelques idées » éblouissantes, dont l'on sentirait fortement la va- » nité, si l'esprit était dans la tranquillité natu- » relie; ce ne serait pas un crime qu'on dut noircir » par un terme emprunté de la magie, » c'est-à-dire, par celui de fascination. M. Basnage voudrait nous l'aire oublier que le sujet de nos reproches n'est |)as que les prétendus réformés conçoivent de fausses espérances : c'est une erreur assez ordinaire dans la vie humaine; mais que leurs pasteurs, que ceux qui leur interprètent l'Ecriture sainte s'en servent pour les tromper; qu'ils prophétisent de leur cœur, et qu'ils disent : Le Seif/neur a dit, quand le Seigneur n'a point parlé" : que l'illusion était si forte, que cent fois déçus, par un abus manifeste des oracles du Saint-Esprit et du nom de Dieu, on ne s'en trouve que plus disposés à se livrera l'erreur : toute l'éloquence de M. Basnage n'empêchera pas que ce ne soit un digne sujet, non pas d'une raillerie, dans une occasion si sérieuse et dans un si grand i)éril des âmes rachetées du sang de Dieu , mais d'un éternel gémissement pour une fascination si manifeste. Ce terme, que saint Paul emploie envers les Calâtes ses enfants* , n'est pas trop fort dans une occasion si déplorable , et nous tâchons de l'employer avec la môme charité qui animait le cœur de l'Apôtre de qui nous l'empruntons.
Malgré tous ces inutiles discours, et sans craindre les vains reproches de M. Basnage , qui visiblement ne nous touchent pas, je ne cesserai, nos chers frères , de vous représenter que c'est là précisément ce qui vous devait arriver par le juste jugement de Dieu. Vous vous faites un vain honneur de ne pas croire à l'Eglise dont Jésus-Christ vous dit , que si vous ne l'écoutez , vous serez semblables aux païens et aux publicains^ . Vous ne croyez pas aux promesses qui la tiennent toujours en état jusqu'à la fin des siècles : il est juste que vous croyiez les prophéties imaginaires; semblables à ceux dont il est écrit, que pour s'être rendus t?isensibles à l'amour d» la vérité, ils sont livrés à l'opération de l'erreur, en sorte qu'ils ajoutent foi au mensonfie ".
XLVI. Usaqn de l'Ecriture parmi les protestants. — Voyons néanmoins encore quel usage de l'Ecriture on vous apprend dans nos controverses. Je
1. Hist. Ecrl., liv. V, rh. 3, «. 9, p. US3. — 2. P. 1-184. — 3. Ezech., XIII, 7. — 4. 0«L, m. 1. —5. Mntih., xviri, 17. — . I. Thcss., 11. 10.
SUR LES PROMESSES DE L'EGLISE
n'en veux point d'autre exemple que l'objeclion que vous ne cessez de nous faire, comme si nous étions de ceux qui disent, Jésus-Christ est ici, ou il est là'. Avouez la vérité , nos chers frères, aussitôt qu'on traite avec vous de la présence réelle , ce passage vous revient sans cesse à la bouche : vous n'en pesez pas la suite : Il s'élècera de faux christs et de faux prophètes. Si l'on vous dit donc : Il est dans le di'sert , ne sortez pas pour le chercher : Il est dans les lieux les plus cachés de la maison, ne le croyez pas- : il est plus clair que le jour qu'il parle de ceux qui viendront à la lin des temps, et dans la grande tentation de la On du monde, s'attribuer le nom de Christ. La même chose est répétée dans saint Marc'. Saint Luc le déclare encore par ces paroles : Donnez-x>ous garde d'être séduits; car plusieurs viendront en mon nom en disant : C'est moi ; et le temps est proche : n'allez donc point après eux^. Ce sens n'a aucun doute, tant il est exprès. Cependant s'il vous en faut croire celui qui dit, c'est moi, et le temps de ma venue approche, c'est le Christ que nous croyons dans l'Eucharistie : c'est celui-là qui se veut faire chercher ou dans les déserts ou dans les maisons. Je crois bien que vos ministres se moquent eux-mêmes dans leur cœur d'une illusion si grossière; mais cependant ils vous la mettent dans la bouche , et pourvu qu'ils vous éblouissent en se jouant du sondes paroles saintes, ils ne vous épargnent aucun abus, aucune profanation du texte sacré.
C'est l'effet d'un pareil dessein qui les oblige à vous proposer, contre la durée éternelle promise à l'Eglise , ces paroles de Jésus-Christ : Lorsque le Fils de l'homme viendra , pensez-vous qu'il trouve de la foi sur la terre^? Mais s'il faut en toute rigueur, qu'en ce temps-là où l'iniquité croîtra, et où la charité se refroidira dans la multitude^ , cette foi qui opère par la charité sera non point offusquée par les scandales, mais entièrement éteinte, à qui est-ce que s'adressera cette parole ; Quand ces choses commenceront, regardez et levez la tète, parce que votre rédemption approche'' ? Où sera ce dispensateur fidèle et prudent, que son maître, quand il viendra, trouvera attentif et vigilant^/ A quelle Eglise accourront les Juifs , si miraculeusement convertis, après que la plénitude de la gentilité y sera entrée? Que si vous dites, qu'aussitôt après, le monde se replongera dans l'incrédulité, et que l'Eglise sera dissipée sans se souvenir d'un événement qu'on verra accompagné de tant de merveilles; comment ne songez-vous pas à ce beau passage d'Isaïe, cité par saint PauP, pour le prédire, et dont voici l'heureuse suite : « Le pacte que je ferai avec » vous, c'est que mon esprit qui sera en vous, et " ma parole que je mettrai dans vctre bouche, y » demeurera, et dans la bouche de vos enfants, et » dans la bouche des enfants de vos enfants, aujour- » d'hui et à jamais, dit le Seigneur? » Ce qui se conservera dans la bouche de tous les fidèles serat-il caché, et ce qui se passera de main en main , souffrira-t-il de l'interruption?
XLVIL Quelle doit être en celte occasion la coopération des peuples fidèles avec ses pasteurs. —
1. Matih., XXIV. 23. — 2. Idem , 24, 26. — 3. Marc, xiii. 21. — 4. Luc, XXI. 8- — 5. Idem, xviii. 8. — 6. Mntth., xxjv. 12. — 7. Luc, XXI. 28. — 8. Idem, xii. 42. — 9. Rom., xi. 27 ; Is., Lix. 21.
Pendant que nous représenterons à nos frères errants ces vérités adorables, joignez-vous à nous, peuple fidèle : aidez à l'Eglise votre mère à les enfanter en Jésus-Christ : vous le pouvez en trois manières, par vos douces invitations, par vos prières et par vos exemples.
Concevez avant toutes choses un désir sincère de leur salut, témoignez-le sans affectation et de plénitude de cœur : tournez-vous en toutes sortes de formes pour les gagner. Reprenez les uns , comme dit saint Jude', en leur remontrant, mais avec douceur, que ceux qui ne sont pas dans l'Eglise sont déjà jugés. Quand vous leur voyez de l'aigreur, sauvez-les en les arrachant du milieu dw feu : ayez pour les autres une tendre compassion avec une crainte de les perdre, ou de manquer à quelque chose pour les attirer ; Parlez-leur, dit saint Augustin^, amanter, dolenter, fralernè, placide : Avec amour, avec douceur, sans dispute , paisiblement comme on fait ci son ami, à son voisin, à son frère. Vous qui avez été de leur religion , racontez-leur, à l'exemple de ce même Père revenu du manichéisme, par quelle trompeuse apparence vous avez été déçus; par où vous avez commencé à vous détromper; par quelle miséricorde Lieu vous a tirés de l'erreur, et la joie que vous ressentez en vous reposant dans l'Eglise, où vos pères ont servi Dieu et se sont sauvés, d'y trouver votre sûreté, comme les petits oiseaux dans leur nid , et sous l'aile de leur mère.
C'est dans cet esprit que saint Augustin racontait au peuple de Carthage les erreurs de sa téméraire et présomptueuse jeunesse : comme il y savait raisonner et disputer, mais non encore s'humilier, et comme enfin il fut pris dans de spécieux raisonnements, auxquels il abandonnait son esprit curieux et vain. C'était pourtant sur l'Ecriture qu'il raisonnait. « Superbe que j'étais, dit-iP, je cherchais » dans les Ecritures ce qu'on n'y pouvait trouver » que lorsqu'on est humble. Ainsi je me fermais à » moi-même la porte que je croyais m'ouvrir. Que » vous êtes heureux, poursuivait-il, peuples catho- » liques, vous qui vous tenez petits et humbles » dans le nid où votre foi se doit former et nourrir; » au lieu que moi malheureux, qui croyais voler de » mes propres ailes, j'ai quitté le nid, et je suis I) tombé avant que de pouvoir prendre mon vol. u Pendant que jeté à terre j'allais être écrasé par les » passants , la main miséricordieuse de mon Dieu » m'a relevé, et m'a remis dans ce nid, » et dans le sein de l'Eglise d'où je m'étais échappé. Que pouvez-vous représenter de plus affectueux et de plus tendre, à ceux, qui prévenus contre l'Eglise craignent l'abri sacré que la foi y trouve contre les tentations et les erreurs ?
XLVIIL Sur les persécutions dont se plaignent les protestants. — Lorsque vous travaillez avec nous à ramener nos frères, le discours le plus ordinaire que vous entendez est, qu'ils souffrent persécution : celte pensée les aigrit et les indispose. La question sera ici de savoir s'ils souffrent pour la justice. S'il y a eu des lois injustes contre les chrétiens , il y en a eu aussi, dit saint Augustin^, de très -justes « contre les païens; il y en a eu contre les Juifs , » enfin il y en a eu contre les hérétiques. » Voulait-
1. Judœ, 22, 23. — 2. Si-rm. ccxciv, n. 20, lom v, col. 1104 — 3. Serm. Li, n. 6, col. 286. — 4. Idem, lxii, n. IS, col. 3o4.
INSTRUCTION PASTORALE
on nue les princes religieux les laissassent p6rir en repos, dans leur erreur, sans les réveiller? El pourquoi donc ont-ils en main la puissance? L'examen de leur doctrine, dit le môme Père', a 6tc fait par l'Eglise : « il a él6 fait et par le Sainl-Siégc » apostoli(]ue, et par le jugement des évoques : » examen factum esl apud apnsloHcam Sedem , fac- » lum esl in Kpiscopali judicio : » ils y ont été condamnés en la même forme que lontcs les ancieimes hérésies. « La leur étant condamnée par n les évoques, il n'y a plus d'examen à faire, et il » ne reste aulre chose, sinon, dit saint Augustin, » qu'ils soient réprimés par les puissances cliré- » tiennes. Damnala ergo hœrcsis ab Episcopis, non » adhuc examinanda sed coercenda est à potesta- » tibus chrislianis. » Vous voyez , selon l'ancien ordre de l'Eglise, ce qui reste à ceux qui ont été condamnés par les évéques. C'est ce que disait ce Père aux pélagiens. Il le disait, il le répétait au dernier ouvrage sur lequel il a fini ses jours; il le disait donc plus que jamais plein d'amour, plein de charité dans le cœur, plein de tendresse pour eux; car c'est là ce qu'on veut porter devant le tribunal de Dieu , lorsqu'on y va comparaître. Revétez-vous donc envers vos frères errants d'entrailles de miséricorde : t;\chez de les faire entrer dans les sentiments et dans le zèle de notre grand roi : la foi où il les presse de retourner, est celle qu'il a trouvée sur le trùne depuis Clovis, depuis douze à treize cents ans; celle que saint Rémi a prèchée aux Français victorieux; celle que saint Denis et les autres hommes apostoliques avaient annoncée aux anciens peuples de la Gaule , où les successeurs de saint Pierre les ont envoyés. Depuis ce temps, a-t-on dressé une nouvelle Eglise, et un nouvel ordre de pasteurs? N'est-on pas toujours demeuré dans l'Eglise qui avait saint Pierre et ses successeurs à sa tète? Les rois et les potentats qui ont innové, qui ont changé la religion qu'ils ont trouvée sur le trône, en peuvent-ils dire autant? Pour nous, nous avons encore les temples et les autels que ces grands rois, saint Louis, Gharlemagne et leurs prédécesseurs ont érigés. Nous avons les volumes qui ont été entre leurs mains : nous y lisons les mêmes prières que nous faisons encore aujourd'hui; et on ne veut pas que leurs successeurs travaillent à ramener leurs sujets égarés, comme leurs enfants, à la religion sous laquelle cette monarchie a mérité de toutes les nalions le glorieux titre de très-chrétienne?
XLIX. Exhortation à la paix , tirée de saint Au- (juslin. — Saint Augustin, que j'aime à ciler, comme celui dont le zèle pour le salut des errants a égalé les lumières qu'il avait reçues pour les combattre; à la veille de celle fameuse conférence de Garlhage, où la charité de l'Eglise triompha des donalistes, plus encore que la vérité et la sainteté de sa doctrine, parlait ainsi aux catholiques- : Que la douceur règne dans tous vos discours et dans toutes vos actions. « Combien sont doux les méde- » cins, pour faire prendre à leurs malades les re- » mèdes qui les guérissent? Dites à nos frères : « Nous avons assez dispulé, assez plaidé : enfants, » par le saint baptême , du môme père de famille, » Unissons enfin nos procès : vous êtes nos frères,
1. Op. imp. cont. Jul., lib. », n. 103, tom x, to(. 993. — 2. Serm. ccolvii, de lawi. pac, n. 4, etc., col. 1393 et seq.
» bons ou mauvais, voulez-le, ne le voulez pas, » vous êtes nos frères. Pourquoi voulez-vous ne le » pas ôlre? Il ne s'agit pas de parlager l'héritage, » il est à vous comme à nous, possédons-le en com- » mun tous deux ensemble. Pourquoi vouloir de- » meurer dans le partage? Le tout est à vous. Si » cependant ils s'emportent contre l'Eglise et contre » vos pasleurs; c'est l'Eglise , ce sont vos pasteurs » qui vous le demandent eux-mêmes : ne vous fA- » chez jamais contre eux : ne provoquez point de » faibles yeux à se troubler eu.x-mêmes? Ils sont » durs, dites-vous, ils ne vous écoutent pas; c'est » un etfet de la maladie. Combien en voyons-nous » tous les jours qui blasphèment contre Dieu même? » Il les soulïre, il les attend avec patience : aUen- » dez aussi de meilleurs moments : hâtez ces heu- » reux moments par vos prières. Je ne vous dis » point : Ne leur parlez plus; mais quand vous ne » pourrez leur parler, parlez à Dieu pour eux, et » parlez-lui du fond d'un cœur où la paix règne. »
L. Suite de l'exhortation. Comment il faut prier pour la conversion des hérétiques. — Mes chers frères les catholiques , continuait saint Augusiin , « quand vous nous voyez disputer pour vous, priez » pour le succès de nos conférences : aidez-nous » par vos jeunes et par vos aumônes : donnez ces » ailes à vos prières, afin qu'elles montent jus- » qu'aux cieux; par ce moyen, vous ferez plus que
» nous ne pouvons faire : vous agirez plus uti-
» lement par vos prières que nous par nos discours » et par nos conférences. » Demandez à Dieu, pour eux, un amour sincère de la vérité : tout dépend de la droite intention : tous s'en vantent, tous s'imaginent l'avoir; mais combien est subtile la séduction qui nous cache nos intentions à nous-mêmes I Dans l'état où ils se trouvent, disent-ils, tout leur est suspect, et s'ils se sentent portés à nous écouter, ils ne peuvent plus discerner si c'est l'inspiration ou l'intérêt qui les pousse. Mais savent-ils bien si leur fermeté n'est pas un attachement à son sens? Nous rendons ce témoignage à plusieurs d'eux , comme saint Paul le voulait bien rendre aux Israélites, qui résistaient à l'Evangile. Ils ont le zèle de Dieu ; mais savent-ils si c'est bien un zèle selon la science' , si ce n'est pas plutôt un zèle amer, comme l'appelle saint Jacques^? Combien en voil-on, qui par un faux zèle, dont on se fait un fantôme de piélé dans le cœur, croient rendre service à Dieu en s'opposant à sa vérité? Venez, venez ;"i l'Eglise, à la promesse , à Jésus-Christ même qui l'a exprimée en termes si clairs : c'est où je vous appelle dans ce doute. 0 Dieu , mettez à nos frères dans le fond du cœur une intention qui plaise à vos yeux, afin qu'ils aiment l'unité, non point en paroles, mais en œuvre et en vérité; leur conversion est à ce prix, et nul de ceux qui vous cherchent avec un cœur droit ne manque de vous trouver.
LI. Comment il les faut presser. — Quand on lâche de les engager à se faire instruire, on trouve dans quelques-uns un langage de docilité, qui leur fera dire (|u'ils sont prêts à tout écouter, et qu'il faut leur donner du leraps pour chercher la vérité. On doit louer ce discours, pourvu qu'il soit sincère et de bonne foi. Mais en môme temps il faut leur représenter, selon la parole de Jésus-l'brisl^, que