CHAPITRE XIII
De l'argument hypothétique , ou par supposition. Il y a une manière de syllogisme qu'on appelle
t. Voj/. Sénèquc , SlàcUe , ad. m . v. 497-501 .
Iiypotiiétique ou par supposition ; c'est celui qui se fait par si. Par exemple : « Si la lune était plus » grande que la terre, elle ne pourrait pas être » cachée et enveloppée dans son ombre ; or est-il » que la lune est enveloppée dans les ombres de » la terre; donc elle n'est pas plus grande.
La majeure de cet argument enferme toujours une hypothèse ou une supposition, d'où on prétend qu'il s'ensuive une certaine chose. C'est ce qui fait que celte majeure a deux parties : l'une qui comprend la supposition, et s'appelle V antécédent; l'autre qui comprend ce qui suit, et s'appelle la conséquence .
Cet argument se peut faire en deux manières, sur la même majeure; la première procède simplement de l'antécédent au conséquent; par exemple : « Si vous êtes vertueux , vous aurez du 1) pouvoir sur vous-même ; or est-il que vous êtes » vertueux; donc vous avez du pouvoir sur vous- » même. »
On peut aussi tourner l'argument en négative sur la même majeure, et renverser l'antécédent par le conséquent, de cette façon : << Si vous êtes » vertueux , vous avez du pouvoir sur vous- » même : or vous n'avez point du pouvoir sur » vous-même; donc vous n'êtes pas vertueux. »
La raison est que la proposition hypothétique ou conditionnelle se peut réduire en proposition simple. Par exemple, cette proposition ; Si vous êtes vertueux , vous avez du pouvoir sur vousmême, se réduit à celle-ci : Tout vertueux a du pouvoir sur lui-même. D'où s'ensuit également, et que vous , qui êtes vertueux , avez du pouvoir sur vous-même ; et que , n'ayant point de pouvoir sur vous-même, vous n'êtes pas vertueux.
Par ce moyen, il paraît que le syllogisme par supposition se peut aisément réduire à la forme du syllogisme catégorique.
Mais , quand il est fait par supposition , il a ordinairement plus de force, parce qu'en disant si, et en faisant semblant de douter, on paraît plus rechercher la vérité, et on prépare l'esprit à s'y affermir.