‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 124 sur 609 · CHAPITRE XV. Du dilemme, ou syllogisme disjonctif · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. Du dilemme, ou syllogisme disjonctif

Il y en a qui séparent ces deux arguments , mais sans nécessité.

Dilemme signifie double proposition , et cet argument se fait par ou : c'est-à-dire en proposant quelque alternative , comme quand on dit : On ne peut gouverner les hommes que par la raison ou par force.

Cet argument se fait en deux manières ; car ou l'on oblige à choisir Tune des deux alternatives , ou on les exclut toutes deux.

En voici un où l'on oblige à choisir : « Les » hommes sont gouvernés ou par la raison , ou » par la force ; or est-il qu'il ne faut pas gouver- » ner par la force, ce moyen est trop violent et » trop peu durable ; donc il faut gouverner par la » raison. »

Celui-ci exclut les deux alternatives : <( Si vous » gouvernez par la force, ou vous la mettez entre » les mains des étrangers , ou entre les mains des " citoyens : l'un et l'autre est dangereux, parce » que les étrangers ruineront l'Etat, et les citoyens i> se tourneront contre vous ; donc il ne faut pas » gouverner par la force. »

Dans ce dernier genre de dilemme, oii il faut exclure les deux , la preuve de la mineure se fait par deux arguments , comme nous venons de faire.

Ces deux sortes de dilemmes , sont fondées sur deux propositions : l'une que « deux choses oppo- » sées , oîi il n'y a point de milieu , s'excluent mu- » tuellement; » l'autre, « qu'on exclut la chose » universellement en elle-même, quand on dé- " truit to\is les moyens de la faire et de l'en- » tendre. »

Ces fondements posés , on réduira aisément les dilemmes en un ou plusieurs syllogismes ; mais , sans cette formalité , on en découvre bien tout le fort ou le faible ; il n'y a qu'à observer si , entre les deux extrêmes qu'on propose il n'y a point de milieu ; et si , outre les choses dénombrées , il n'y en a pas encore une troisième ou une quatrième.

Par exemple, dans un de nos arguments, en examinant la majeure : « Il faut gouverner ou par » force ou par raison , » quelqu'un répondra qu'il y a un milieu entre les deux, qui est de mêler l'une à l'autre , c'est-à-dire de gouverner moitié par raison et moitié par force : ce qui est vrai en un sens, car il faut avou- la force en main pour gouverner; mais il faut que la force même soit menée par la raison, et soit employée avec retenue.

Ainsi , dans ce célèbre dilemme par lequel Bias conclut qu'il ne faut pas se marier, le défaut se

trouve aisément : « Ou, » dit-il, «vous épouserez » une belle femme ou une laide ; si elle est belle , " elle sera à tout le monde ; si elle est laide , vous » ne la pourrez pas souffrir : donc il ne faut pas » se marier. »

Outre les autres défauts de cet argument, A. Gellius remarque' qu'il y a un milieu entre beau et laid , et veut que cette beauté convienne proprement à une femme qu'on veut épouser, qui ne doit être , dit-il , ni trop belle ni trop laide , ce qu'il appelle forma uxoria.

Au reste , le dilemme ne se fait pas toujours par deux membres; mais on en peut mettre autant qu'une division en peut avoir : il faut pourtant avouer que les, dilemmes qui se font par deux sont les plus clairs.

Outre ces arguments qui se font par ou, qu'on appelle disjonctifs, il s'en fait d'autres par et, que, par raison contraire, on appelle conjonctifs; par exemple : « Pour que vous fussiez en état de faire » la guerre , il faudrait que vous fussiez vaillant ; » et avisé : vous n'êtes ni avisé ni vaillant; vous » ne devez donc pas faire la guerre. »

Il est clair que , pour prouver chacune des deux prémisses, il faut faire deux arguments, dont la force , toutefois , se réduit à celui que nous avons proposé.

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