‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 157 sur 609 · VI. Le cerveau et les organes des setis · texte numérisé non relu

VI. Le cerveau et les organes des setis

Au-dessus, et dans la partie la plus haute de tout le corps , c'est-à-dire dans la tête , est le cerveau, destiné à recevoir les impressions des objets , et tout ensemble à donner au corps les mouvements nécessaires pour les suivre ou les fuir.

Par la liaison qui se trouve entre les objets et le mouvement progressif, jl a fallu qu'où se termine l'impression des objets, là se trouvât le principe et la cause de ce mouvement.

Le cerveau a été formé pour réunir ensemble ces deux fonctions.

L'impression des objets se fait par les nerfs qui servent aux sentiments, et il se trouve que ces nerfs aboutissent tous au cerveau.

Les esprits, coulés dans les muscles par les nerfs répandus dans tous les membres , font le mouvement progressif; et on sait, premièrement, que les esprits sont portés d'abord du cœur au cerveau, où ils prennent leur dernière forme; et secondement, que les nerfs par où s'en fait la conduite , ont leur origine dans le cerveau comme les autres.

Il ne faut donc point douter que la direction des esprits, et par là tout le mouvement progressif, n'ait sa cause dans le cerveau. Et en effet, il est constant que le cerveau est directement attaqué dans les maladies où le corps est entrepris, telles que sont Y apoplexie et la paralysie; et dans celles qui causent ces mouvements irréguliers qu'on appelle convulsions.

DE LA CONNAISSANCE DE DIEU ET DE SOI-MÊME

Comme l'action des objels sur les organes des sens , et l'impression qu'ils font, devait être continuée jusqu'au cerveau, il a fallu que la substance en fût tout ensemble assez molle pour recevoir les impressions , et assez ferme pour les conserver. El en effet, elle a tout ensemble ces deux qualités.

Le cerveau a divers sinus et anfractuosités; outre cela, diverses cavités, qu'on appelle ventricules, choses que les médecins et anatomistes démontrent plus aisément, qu'ils n'en expliquent les usages.

Il est divisé en grand et petit, appelé aussi, cervelet. Le premier vers la partie antérieure et l'autre vers la partie postérieure de la tète.

La communication de ces deux parties du cerveau est visible par leur structure ; mais les dernières observations semblent faire voir que la partie antérieure du cerveau est destinée aux opérations des sens ; et c'est aussi là que se trouvent les nerfs qui servent à la vue, à l'ouïe, au goût et à l'odorat; au lieu que du cervelet naissent les nerfs qui servent au toucher et aux mouvements , principalement à celui du cœur. Aussi les blessures et les autres maux qui attaquent cette partie, sont-ils plus mortels, parce qu'ils vont directement au principe de la vie.

Le cerveau , dans toute sa masse, est enveloppé de deux tuniques déliées et transparentes, dont l'une, appelée pie-mère, est l'enveloppe immédiate qui s'insinue aussi dans tous les détours du cerveau; et l'autre est nommée dure-mère, à cause de la fermeté de sa consistance.

La dure-mère, par les artères dont elle est remplie, est en battement continuel, et bat aussi sans cesse le cerveau, dont les parties étant fort pressées , il s'ensuit que le sang et les esprits qui y sont contenus sont aussi fort pressés et fort battus : ce qui est une des causes de l'agitation , et aussi du raffinement des esprits.

C'est ce battement de la dure-mère, qu'on ressent si fort dans les maux de tète, et qui cause des douleurs si violentes.

L'artifice de la nature est inexplicable, à faire que le cerveau reçoive tant d'impressions, sans en être trop ébranlé. La disposition de cette partie y contribue , parce que par sa mollesse il ralentit le coup , et s'en laisse imprimer fort doucement.

La délicatesse extrême des organes des sens aide aussi à produire un si bon etfet, parce qu'ils ne pèsent point sur le cerveau , et y font une impression fort tendre et fort douce.

Cela veut dire que le cerveau n'en est point blessé. Car, au reste , cette impression ne laisse pas d'être forte à sa manière, et de causer des mouvements assez grands, mais tellement proportionnés à la nature du cerveau, qu'il n'en est point offensé.

Ce serait ici le lieu de considérer les parties qui composent l'œil : ses pellicules, appelées tuniques; ses humeurs de différente nature , par lesquelles se font diverses réfractions de rayons ; les muscles qui tournent l'œil, et le présentent diversement aux objets comme un miroir; les nerfs optiques, qui se terminent en cette membrane déliée qu'on nomme rétine, qui est tendue sur le fond de l'œil.

comme un velouté délicat et mince, et qui embrasse la partie de l'œil qu'on nomme le cristallin, à cause qu'elle ressemble à un beau cristal.

Il faudrait aussi remarquer la construction tant extérieure qu'intérieure de l'oreille, et entre autres choses, le petit tambour appelé tympan, c'està-dire cette pellicule si mince et si bien tendue , qui, par un petit marteau d'une fabrique extraordinairement délicate , reçoit le battement de l'air et le fait passer par, ses nerfs jusqu'au dedans du cerveau. Mais cette description, aussi bien que celle des autres organes des sens, serait trop longue, et n'est pas nécessaire pour notre sujet.

VIT. Li'S parties qui régnent par tout le corps, et premièrement les os.

Outre ces parties, qui ont leur région séparée, il y en a d'autres qui s'étendent et régnent par tout le corps , comme sont les os , les artères , les veines et les nerfs.

Les os sont d'une substance sèche et dure incapable de se courber, et qui peut être cassée plutôt que fléchie. Mais quand ils sont cassés, ils peuvent être facilement remis , et la nature y jette une glaire , comme une espèce de soudure , qui fait qu'ils se reprennent plus solidement que jamais. Ce qu'il y a de plus remarquable dans les os , c'est leurs jointures, leurs ligaments, et les divers emboîtements des uns dans les autres , par le moyen desquels ils jouent et se meuvent.

Les emboîtements les plus remarquables sont ceux de l'épine du dos , qui règne depuis le chignon du cou jusqu'au croupion. C'est un composé de petits os en forme d'anneaux enlacés merveilleusement les uns dans les autres, et ouverts au milieu pour donner entrée aux vaisseaux qui doivent y avoir leur passage. Il a fallu faire l'épine du dos de plusieurs pièces, afin qu'on pût courber et dresser le corps , qui serait trop raide si l'épine était d'un seul os.

Le propre des os est de tenir le corps en état, de lui servir d'appui. Ils font, dans le corps humain, ce que font les pièces de bois dans un bâtiment de plâtre. Sans les os, tout le corps s'abattrait, et on verrait tomber par pièces toutes les parties. Ils en renferment les unes ; comme le crâne, c'est-à-dire, l'os de la tète, renferme le cerveau; et les côtes, le poumon et le cœur. Ils en soutiennent les autres; comme les os des bras et des cuisses soutiennent les chairs qui y sont attachées.

Le cerveau est contenu dans un seul os. Mais s'il en eût été de même du poumon , cet os aurait été trop grand , par conséquent ou trop fragile ou trop solide pour se remuer au mouvement des muscles qui devaient dilater ou resserrer la poitrine. C'est pourquoi il a fallu faire ce coffre de la poitrine, de plusieurs pièces qu'on appelle cô^e^. Elles tiennent ensemble par les peaux qui leur sont communes, et sont plus pliantes que les autres os , pour être capables d'obéir au mouvement que leurs muscles leur devaient donner.

Le crâne a beaucoup de choses qui lui sont particulières. Il a en haut ses sutures où il est un peu entr'ouverl, pour laisser évaporer les fumées du cerveau , et servir à l'insertion de l'une de ses

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