CHAPITRE II
DU CORPS HUMAIN
Au milieu du mésentère est une glande assez petite; les veines lactées sortent toutes des intestins , et aboutissent à cette glande comme à leur centre.
Il paraît, parla seule situation, que la liqueur dont ces veines sont remplies leur doit venir des entrailles, et qu'elle est portée à cette glande, d'où elle est conduite eu d'autres parties, qui seront marquées dans la suite.
Tous les intestins ont leur pellicule commune qu'on appelle le péritoine , qui les enveloppe , et qui contient divers vaisseaux ; entre autres , les ombilicaux , appelés ainsi parce qu'ils se terminent au nombril. Ce sont ceux par où le sang et la nourriture sont portés au cœur de l'enfant, tant qu'il est dans le ventre de sa mère. Ensuite ils n'ont plus d'usages, aussi se resserrent-ils tellement, qu'à peine les peut-on apercevoir dans la dissection.
Toute cette basse région, qui commence à l'estomac, est séparée de la poitrine par une grande membrane musculeuse , ou , pour mieux dire , un muscle qui s'appelle \e diaphragme. Il s'étend d'un côté à l'autre dans toute la circonférence des côtés, et semble ainsi étendu pour empêcher que les fumées qui sortent de l'estomac et du bas-ventre , à cause des aliments et des excréments , n'offusquent le cœur.
Mais son principal usage est de servir à la respiration. Pour l'aider, il se hausse et se baisse par un mouvement continuel , qui peut être hâté ou ralenti par diverses causes.
En se baissant, il appuie sur les intestins, et les presse ; ce qui a de grands usages , qu'il faudra considérer en leur lieu.
Le diaphragme est percé , pour donner passage aux vaisseaux qui doivent s'étendre dans les parties inférieures.
Le foie et la rate y sont attachés. Quand il est secoué violemment, ce qui arrive quand nous rions ' avec éclat , la rate , secouée en même temps , se purge des humeurs qui la surchargent. D'où vient qu'en certains états on se sent beaucoup soulagé par un ris éclatant.
Voilà les parties principales qui sont renfermées dans la capacité de la poitrine et dans le basventre. Outre cela , il y en a d'autres qui servent de passage pour conduire à celles-là.
V. Les passages qui conduisent aux parties ci-dessus décrites, c'est à-dire l'œsophage et la trachée-artère.
A l'entrée de la gorge sont attachés l'œsophage, autrement le gosier, et la trachée-artère. OEsophage signifie en grec ce qui porte la nourriture. Trachée -artère, et âpre-artère, c'est la même chose. Elle est ainsi appelée, à cause qu'étant composée de divers anneaux , le passage n'en est pas uni.
L'œsophage, selon son nom, est le conduit par où les viandes sont portées à l'estomac, qui n'est qu'un allong:ement, ou, comme parle la médecine, une production de l'œsophage. La situation et l'usage de ce conduit font voir qu'il doit traverser le diaphragme.
La trachée-artère est le conduit par où l'air qu'on respire est porté dans le poumon, où elle se ré-
B. — T. VUI
pand en une infinité de petites branches , qui à la fin deviennent imperceptibles , ce qui fait que le poumon s'enfie tout entier par là respiration.
Le poumon , repoussant l'air par la trachée-artère avec effort , forme la voix , de la même sorte qu'il se forme un son par un tuyau d'orgue. Avec l'air sont aussi poussées au dehors les humidités superflues qui s'engendrent dans le poumon , et que nous crachons.
La trachée-artère a dans son entrée une petite languette qui s'ouvre pour donner passage aux choses qui doivent sortir par cet endroit-là. Elle s'ouvre plus ou moins; ce qui sert à former la voix et à diversifier les tons.
La même languette se ferme exactement quand on avale ; de sorte que les viandes passent pardessus, pour aller dans l'œsophage, sans entrer dans la trachée-artère , qu'il faut laisser libre à la respiration. Car si l'aliment passait de ce côté-là, on étoufferait : ce qui paraît par la violence qu'on souffre, et par l'effort qu'on fait, lorsque la trachée-artère étant un peu entr'ouverte , il y entre quelque goutte d'eau qu'on veut repousser.
La disposition de cette languette étant telle qu'on la vient de voir, il s'ensuit qu'on ne peut jamais parler et avaler tout ensemble.
Au bas de l'estomac , et à l'ouverture qui est dans son fond, il y a une languette à peu près semblable, qui ne s'ouvre qu'en dehors. Pressée par l'aliment qui sort de l'estomac , elle s'ouvre , mais en sorte qu'elle empêche le retour aux viandes, qui continuent leur chemin le long d'un gros boyau , où commence à se faire la séparation des excréments d'avec la bonne nourriture.