‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 203 sur 609 · X. Combien la sagesse de Dieu parait dans les animaux · texte numérisé non relu

X. Combien la sagesse de Dieu parait dans les animaux

Par les choses qui ont été dites, il paraît mani-festement qu'il n'y a dans les animaux ni art , ni réflexion , ni invention , ni liberté. Mais moins il y a de raison en eux, plus il y en a dans celui qui les a faits.

Et certainement, c'est l'effet d'un art admirable, d'avoir si induslrieusement travaillé la matière,

DE LA CONNAISSANCE DE DIEU ET DE SOI-MÊME

qu'on soil tenté de croire qu'elle agit par ellemême, cl par une industrie qui lui est propre.

Les sculpteurs et les peintres semblent animer les pierres , et faire parler les couleurs ; tant ils y représentent vivement les actions extérieures qui marquent la vie. On peut dire, à peu près dans le même sens , que Dieu fait raisonner les animaux , parce qu'il imprime dans leurs actions une image si vive de raison , qu'ils semblent d'abord qu'ils raisonnent.

Il semble, en effet, que Dieu ait voulu nous donner, dans les animaux , une image de raisonnement, une image de fniesse; bien plus, une image de vertu , et une image de vice ; une image de piété dans le soin qu'ils montrent tous pour leurs petits , et quelques-uns pour leurs pères ; une image de prévoyance , une image do fidélité , une image de flatterie, une image de jalousie et d'orgueil , une image de cruauté , une image de fierté et de courage. Ainsi les animaux nous sont un spectacle , oii nous voyons nos devoirs et nos manquements dépeints. Chaque animal est chargé de sa représentation : il étale, comme un tableau, la ressemblance qu'on lui a donnée ; mais il n'ajoute, non plus qu'un tableau, rien à ses traits. Il ne montre d'autre invention que celle de son Auteur ; et il est fait, non pour être ce qu'il nous paraît , mais pour nous en rappeler le souvenir.

Admirons donc, dans les animaux, non point leur finesse et leur industrie : car il n'y a point d'industrie où il n'y a point d'invention; mais la sagesse de Celui qui les a construits avec tant d'art, qu'ils semblent même agir avec art.

XI. Les animaux sont soumis à l'homme, et n'ont pas même le dernier degré de raisonnement.

Il n'a pas voulu toutefois que nous fussions déçus par cette apparence de raisonnement que nous voyons dans les animaux. Il a voulu, au contraire, que les animaux fussent des instruments dont nous nous servons , et que cela même fût un jeu pour nous.

Nous domptons les animaux les plus forts, et venons à bout de ceux qu'on imagine les plus rusés. Et il est bon de remarquer que les hommes les plus grossiers sont ceux que nous employons à conduire les animaux : ce qui montre combien ils sont au-dessous du raisonnement , puisque le dernier degré de raisonnement suffit pour les conduire comme on veut.

Une autre chose nous fait voir encore combien les bêtes sont loin de raisonner. Car on n'en a jamais vu qui fussent touchées de la beauté des objets qui se présentent à leurs yeux , ni de la douceur des accords , ni des autres choses semblables , qui consistent en proportion et en mesure; c'est-àdire, qu'elles n'ont pas même cette espèce de raisonnement qui accompagne toujours en nous la sensation , et qui est le premier effet de la réflexion.

Qui considérera toutes ces choses, s'apercevra aisément que c'est l'effet d'une ignorance grossière , ou de peu de réflexion , de confondre les animaux avec l'homme, ou de croire qu'ils ne diffèrent que du plus au moins; car on doit avoir aperçu combien il y a d'objets dont les animaux

ne peuvent être touchés , et qu'il n'y en a aucun dont on puisse juger vraisemblablement qu'ils entendent la nature et les convenances.

XII. Réponse à l'objection tirée de la ressemblance des organes.

Et quand on croit pouvoir prouver la ressemblance du principe intérieur parcelle des organes, on se trompe doublement : premièrement, en ce qu'on croit fintelligence absolument attachée aux organes corporels ; ce que nous avons vu être trèsfaux'. Et le principe dont se servent les défenseurs des animaux , devrait leur faire tirer une conséquence opposée à celle qu'ils tirent. Car s'ils soutiennent, d'un côté, que les organes sont communs entre les hommes et les bêtes ; comme d'ailleurs il est clair que les hommes entendent des objets dont on ne peut pas même soupçonner que les animaux aient la moindre lumière, il faudrait conclure nécessairement que l'intelligence de ces objets n'est point attachée aux organes, et qu'elle dépend d'un autre principe.

Mais, secondement, on se trompe quand on assure qu'il n'y a point de différence d'organes entre les hommes et les animaux ; car les organes ne consistent pas dans cette masse grossière que nous voyons et que nous touchons. Elle dépend de l'arrangement des parties délicates et imperceptibles, dont on aperçoit quelque chose en y regardant de près, mais dont toute la finesse ne peut être sentie que par l'esprit.

Or personne ne peut savoir jusqu'où va dans le cerveau cette délicatesse d'organes. On dit seulement que l'homme, à proportion de sa grandeur, contient dans sa tète, sans comparaison, plus de cervelle qu'aucun animal, quel qu'il soit.

Et nous pouvons juger de la délicatesse des parties de notre cerveau , par celle de notre langue. Car la langue de la plupart des animaux, quelque semblable qu'elle paraisse à la nôtre dans sa masse extérieure , est incapable d'articulation. Et pour faire que la nôtre puisse articuler distinctement tant de sons divers , il est aisé de juger de combien de muscles délicats elle a dû être composée.

Maintenant , il est certain que l'organisation du cerveau doit être autant plus délicate , qu'il y a, sans comparaison, plus d'objets dont il peut recevoir les impressions, qu'il n'y a de sons que la langue puisse articuler.

Mais , au fond , c'est une méchante preuve de raisonnement que celle qu'on tire des organes, puisque nous avons vu si clairement combien il est impossible que le raisonnement y soit attaché et assujetti de lui-même.

Ce qui fait raisonner l'homme, n'est pas l'arrangement des organes , c'est un rayon et une image de l'Esprit divin; c'est une impression, non point des objets, mais des vérités éternelles qui résident en Dieu comme dans leur source ; de sorte que , vouloir les marques du raisonnement dans les organes, c'est chercher à mettre tout l'esprit dans le corps.

Et il n'y a rien assurément de plus mauvais sens, que de conclure qu'à cause que Dieu nous a donné

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