‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 206 sur 609 · Virg., Gcorg., iv · texte numérisé non relu

Virg., Gcorg., iv

DE LA CONNAISSANCE DE DIEU ET DE SOI-MEME

Cette âme n'a point d'étendue; autrement elle ne pourrait pas pénéti'er tout le corps , ni lui être unie , comme l'Ecole le suppose.

Cette âme est indivisible, selon saint Thomas', toute dans le tout, et toute dans chaque partie. Toute l'Ecole le suit en cela , du moins à l'égard des animaux parfaits; car à l'égard des reptiles et des insectes , dont les parties séparées ne laissent pas de vivre, c'est une difficulté à part, sur laquelle l'Ecole même est fort partagée , et qu'il ne s'agit pas ici de traiter.

Que si l'âme qu'on donne aux bêtes est distincte du corps; si elle est sans étendue et indivisible, il semble qu'on ne peut pas s'empêcher de la reconnaître pour spirituelle.

Et de là nait un autre inconvénient. Car si cette âme est distincte du corps, si elle a son être â part, la dissolution du corps ne doit point la faire périr; et nous retombons par là dans l'erreur des Platoniciens , qui uietlaient toutes les âmes immortelles , tant celles des hommes que celles des animaux.

Voilà deux grands inconvénients ; et voici par où on en sort.

Et premièrement , saint Thomas et les autres docteurs de l'Ecole ne croient pas que 1 ame soit spirituelle , précisément pour être distincte du corps, ou pour être indivisible.

Pour cela , il faut entendre ce qu'on appelle proprement spirituel.

Spirituel, c'est immatériel; et saint Thomas^ appelle immatériel , ce qui non-seulement n'est pas matière, mais qui de soi est indépendant de la matière.

Cela même, selon lui, est intellectuel ; il n'y a que l'intelligence, qui d'elle-même soit indépendante de la matière , et qui ne tienne à aucun organe corporel.

Il n'y a donc proprement en nous d'opération spirituelle, que l'opération intellectuelle. Les opérations sensilives ne s'appellent point de ce nom , parce qu'en effet nous les avons vues tout à fait assujetties à la matière et au corps. Elles servent à la partie spirituelle, mais elles ne sont pas spirituelles; et aucun auteur, que je sache, ne leur a donné ce nom.

Tous les philosophes, même les païens, ont distingué en l'homme deux parties : l'une raisonnable , qu'ils appellent voîj;, mens : en notre langue, esprit, intelligence : l'autre qu'ils appellent sensitive et irraisonnable.

Ce que les philosophes pa'ïens ont appelé voûç, mens, partie raisonnable et intelligente, c'est à quoi les saints Pères ont donné le nom de spirituel : en sorte que, dans leur langage, nature spirituelle et nature intellectuelle, c'est la même chose.

Ainsi, le premier de tous les esprits, c'est Dieu, souverainement intelligent.

La créature spirituelle est celle qui est faite à son image, qui est née pour entendre, et encore pour entendre Dieu selon sa portée.

Tout ce qui n'est point intellectuel , n'est ni l'image de Dieu , ni capable de Dieu : dès là il n'est pas spirituel.

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